Gagne qui gagne, rien ne change !
Et revoilà le cirque électoral !


Le 2 juillet avaient lieu les élections mexicaines, qui ont vu la victoire du candidat conservateur (avec des fraudes, et alors ?), au grand dam d’Obrador, le candidat de gauche du PRD, qui a demandé un recomptage des voix. Rappelons que c’est son parti qui est bien malgré lui à l’origine de la révolte d’Atenco. Les zapatistes, quant à eux, en ont profité pour lancer leur cirque alternatif de l’Autre Campagne, revendiquant à travers des marches une autre Constitution. Le texte mexicain ci-dessous invite à la fois à rompre avec les slogans creux d’abstention déconnectés de toute perspective de lutte et avec le réformiste (même parfois armé) des zapatistes.

“Mal répandu console les abrutis”
(refrain populaire mexicain invitant au conformisme)

A la lecture des publications anarchistes –imprimées ou électroniques– parues au Mexique ces derniers jours, nous retrouvons une constante : l’appel à l’unisson à NE PAS VOTER. Quel que soit le courant représenté, le cri unanime reste le même : NE VAS PAS VOTER ! Il y a certes quelques rares exceptions (de taille, avec les anarco-PRDistes qui nous parlent des bontés de la “ville de l’espérance” et osent encore indiquer le spectacle électoral comme “voie de transformation” !). Mais même à l’intérieur de la bande d’opportunistes composant l’”anarco-PRDisme et l’”Autonomie” aux mains de l’Institut de la Jeunesse du District Fédéral –toujours sous des sigles pompeux et enflés qui jouent avec les mêmes lettres et gardent les mêmes objectifs–, la consigne reste en général de ne pas voter. Et ils mènent le double jeu du “soutenons plutôt l’Autre Campagne” dans les mots et dans les thunes –pardon, dans les faits et “continuons à flirter avec le Soleil Aztèque” [emblème de la coalition du PRD].

Mais laissons de côté ces bobards d’”autonomes”, “antiautoritaires”, “résistants” et toute la merde opportuniste qu’ils représentent, pour parler de personnes plus proches qui, adhérant ou pas à l’”Autre” (campagne) ou à la recherche d’une autre “Autre” encore plus libertaire et anti-autoritaire, relaient l’appel à ne pas voter.

Evidemment, nous sommes d’accord avec cet appel et nous partageons les principes qui nous amènent à ne pas participer à ce cirque et à ne pas nous faire écho de toute l’illusion que contient le spectacle démocratique garant de la paix sociale sous couvert d”opportunité de changement” [slogan du PRD].

Nous connaissons le discours mensonger de l’Etat-Capital pour continuer à changer de masque tout en maintenant intactes ses bases : l’exploitation et l’oppression.

Nous savons que quel que soit le vainqueur de cette dispute, tout continuera de la même manière. Les oppriméEs et exploitéEs continueront à survivre et à résister aux rugissements de l’hydre, peut être en gagnant quelques échelons ou en rallongeant de quelques centimètres la chaîne qui les rive à leurs fers, mais en restant soumis à leur condition d’esclaves, dans l’illusoire attente de la venue de quelque nouveau prophète, de quelque Messie révolutionnaire qui les conduise au paradis, à la “société sans classe”, au “socialisme”, au “communisme”, à l’”anarchie”.

Aussi disons-nous “APPELER A NE PAS VOTER NE CHANGE RIEN NON PLUS”.

Si notre appel reste lettre morte, sur du papier imprimé, sur nos tracts et journaux, sur internet où il prend virtuellement “vie” sur nos sites, nos blogs ou nos forums de discussion ; si notre appel ne frappe pas là où ça fait mal ; si notre message n’est pas un point de départ pour empêcher le retour de cette société ; si notre appel ne vise pas à abandonner la mort pour permettre à la joie, au plaisir de vivre l’anarchie de débuter, alors nous sommes complices du spectacle et participons au maintien de cette société mortifère qui perpétue les bases de l’Etat-Capital, comme le policier, le bourreau, le bureaucrate ou le leader syndical.

La critique de cette société doit s’accompagner de l’attaque implacable de ses institutions et gardiens, le feu destructeur, la mitraille libératrice doivent sortir de nos mains comme de nos mots pour alimenter la théorie de la pratique et la pratique avec la théorie. Faute de quoi nous nous transformerons en vains critiques, en obstacles à la liberté reproduisant ce système de mort, d’exploitation et d’oppression que nous disions vouloir détruire. C’est l’éternel débat ou l’éternel retour au Capital.

“Ceux qui réclament le possible, n’obtiendront jamais rien. Mais ceux qui réclament l’impossible, obtiendront au moins le possible” (Bakounine).

(...)

Le contenu des luttes spécifiques n’est pas dissocié de l’objectif qui nous motive : la destruction de l’Etat-Capital. Pourtant, cette perspective qui invite les anarchistes à l’insurrection, n’est pas la perspective assumée par touTEs les exploitéEs et oppriméEs. Souvent, ces luttes spécifiques se focalisent sur les éternelles revendications dégueulasses et restent dans le cadre du “droit”. Et ceci ne concerne pas seulement celles qui naissent dans les limites du cirque électoral, mais aussi le discours qui émane de “l’autre cirque”, c’est à dire de l’”Autre Campagne”.

Cela nous invite à devenir les “compagnons de route”des luttes dans lesquelles nous trouvons un minimum d’intérêt et pour lesquelles nous sommes donc prêtEs à donner de l’énergie. Une des composantes indispensables est de concevoir la lutte comme attaque. En tant qu’insurrectionnalistes, nous ne concevons pas l’attaque uniquement comme une pratique qui se traduit immédiatement par la destruction ou des dommages matériels quantifiables, ou comme des actions “spectaculaires” contre les institutions ou laquais, mais comme n’importe quelle manifestation concrète de rejet et/ou de rupture avec le pouvoir que l’on combat.

Dans une optique de lutte, ceci est très important, dans la mesure où cela démontre que le fait d’agir en perspective connecte toute une série de pratiques, actions et manifestations et que la logique de l’attaque est évidente dans l’ensemble de l’intervention, même si certains de ses aspects particuliers ne semblent pas être des attaques immédiates.

(...)

L’extension de la lutte entendue comme telle, nous donne une perspective bien différente de celle développée actuellement dans l’”autre cirque”, la farce anti-électorale du Sous Commandant Marcos qui nous invite à tourner en rond pour revenir au point de départ. C’est à dire pour continuer à l’intérieur de l’Etat-Capital, mais avec une nouvelle constitution qui le maquille et nous le présente avec un visage plus “humain”.

Anarchistes, nous savons que nous devons détruire toutes velléités capitalistes d’exploitation. C’en est fini de l’”action” à la marge qui nous obligeait à nous comporter en “observateurs”. Faire face à la stagnation manifeste de la lutte, aux limites du mouvement et aux problèmes que pose la guerre sociale est notre principale tâche.

En ces temps d’élections, élisons notre propre voie. Redevenons leur pire cauchemar !

Coordinadora Informal Anarquista (CIA)
insurreccion_acrata@yahoo.com.mx


[Traduit de l’espagnol. Extrait d’un texte beaucoup plus long et général intitulé : Contre le cirque électoral et pour l’extension de la lutte au delà de l’abstentionnisme. Publié le 17 mai 2006 sur Klinamen.org]


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, p.36]