Dans la nuit du 27 au 28 juin, quatre anarchistes sont arrêtés à Rovereto. Ils sont inculpés de “résistance, violence, menaces, insultes aux forces armées, dégâts sérieux et blessures”. Les compagnons ont en effet refusé de présenter leurs papiers d’identité lors d’un énième contrôle des carabiniers. On connaît leur procédé : d’abord ils t’appellent par ton nom, ensuite ils te demandent tes papiers. Lorsque les carabiniers ont tenté d’emmener les compagnons au commissariat, ils ont résisté, ce qui a nécessité l’arrivée de neuf patrouilles. Les carabiniers ont frappé un compagnon au visage avec sa torche et se sont lâchés à coups de poings et pieds. Dans la bagarre qui a explosé alors, six policiers ont fini aux urgences et un de leur véhicule a été endommagé.

Le 30 juin en comparution immédiate, Mike a été condamné à 10 mois de prison, Juan à 9 mois, Evelin à 5 mois et Daniela à 4 mois, tous pour “résistance, violence à personne assermentée et blessures graves” (Mike en plus pour dégâts). Daniela et Evelin ont été relâchées, bénéficiant de la conditionnelle, tandis que Mike et Juan purgent leurs peines à Vicenza, puis Udine depuis fin août.


Déclaration de Mike et Juan

Nous n’avons pas transgressé vos lois par hasard mais par choix, un choix qui reflète notre cœur et la conscience que nous avons tatouée dessus. Répondre spontanément “ non ” à la demande de montrer nos papiers est pour nous un moyen de reconfirmer notre refus de toute autorité, et de rappeler toutes ces personnes qui n’ont pas, contrairement à nous, la possibilité de choisir, mais qui doivent fuir sans cesse pour échapper à l’emprisonnement.

Nous voulons rappeler :

- Patrick, contraint de falsifier ses propres papiers pour pouvoir rester près de sa mère

- Ali, contraint de quitter l’Italie ces jours-ci suite à un décret d’expulsion

- Ali, qui a subi l’infâme chantage de devoir choisir entre quitter l’Italie ou rester en prison

- le jeune homme qui s’est jeté dans les eaux glacées du fleuve Adige en janvier pour fuir un contrôle des carabiniers de Trento, et dont on n’a plus rien su

- ceux qui, fuyant un contrôle, meurent en tombant d’un train ou d’un balcon comme c’est arrivé à Gênes et à Turin

- toutes les personnes enfermées, affamées et torturées dans les centres de rétention en Italie et dans tous les lagers du monde

- toutes les personnes jugées dans ces tribunaux parce qu’ils n’ont pas un morceau de papier, qui pour nous ne vaut certainement pas une vie

- nous voulons enfin rappeler tous les morts sans nom pour lesquels nous accusons le racisme et l’indifférence de cette société.

Nous sommes convaincus qu’un élargissement de cette pratique (de refuser de montrer ses papiers) peut aider ceux qui n’ont pas de papiers, ceux qui sont frappés par un décret d’expulsion ou ceux qui ont reçu une interdiction de séjour dans une ville à se sentir moins seuls. Et pour cela, nous demeurons “ incapables de tout repentir ”* face à vos accusations, vos peines et vos prisons.

prison de Rovereto, 30 juin 2006
Mike et Juan

* Insuscettibili di ravvedimento (incapables de tout repentir) : formule utilisée par les services de renseignement fascistes pour signifier que les suspects étaient définitivement “ irrécupérables ” pour eux.


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Encore une fois…

«J’ai essayé de ne pas faire de calculs d’étudiant en commerce, de comptable, à l’intérieur desquels enfermer ou diminuer les élans généreux de mon cœur, mes affects, les sentiments, les tensions. Je les ai au contraire laissés se manifester comme je le désirais et le sentais à ce moment-là»
Un compagnon enfermé à Sollicciano

… les anarchistes sont accusés de “ terrorisme ”. Cette fois, le procureur s’appelle Storari, cette fois, après Rome, Cagliari, Lecce et Pise, ils essaient aussi à Rovereto. Cette fois encore, des actions visant des symboles précis qui maintiennent en vie ce système sont marquées par l’infamie du mot “ terroriste ”. Cette fois encore nous ne les condamnons pas, au contraire. Nous saluons une fois de plus avec joie des attaques portées là où se perpétue une logique d’exploitation de l’homme sur l’homme, de l’homme sur les animaux et de destruction de la Terre.

Chaque jour, des millions de personnes sont enfermées, torturées et massacrées dans les prisons, les lagers et les centres de rétention. Tous les jours, nombre de personnes tombent malade à cause de la pollution, qu’elle soit causée par les usines, les centrales nucléaires, les antennes ou les expérimentations génétiques. Tous les jours, des hommes, des femmes et des enfants meurent sous les bombardements des “ missions de paix ”. Tous les jours des fleuves, des vallées, des mers et des montagnes sont détruits au nom du profit. Chaque jour, toujours plus de personnes sont espionnées jusque dans leurs moments les plus intimes au nom d’un contrôle social toujours plus absolu. Chaque jour, dans l’obscurité des casernes et des prisons, ils tentent de faire plier en les frappant ceux qui refusent de courber l’échine face à tout cela.

ça c’est l’Etat, ça c’est le terrorisme

Les différents politiciens, les divers Storari, soutenus par les patrons, les forces de l’ordre et la presse avec tous ses vautours, défendent et perpétuent cet état de fait.

Pour nous, toute personne qui fait des dégâts à ceux qui déportent, attaque les prisons, s’en prend aux casernes, met le doigt sur les partis responsables des différentes lois infâmes, détruit les banques et l’argent, fait tomber un relais, construit des barricades pour empêcher le saccage de l’environnement, résiste avec tous les moyens qu’il pense nécessaire, accomplit un ACTE de LIBERTé.

Chassant à coups de pied toute forme de victimisme, nous refusons de nous dire coupables, et encore moins innocents, et nous laissons aux merdes qui siègent dans les palais de celle qui se fait appeler “ Justice ” le fait de se creuser le ciboulot sur de fantomatiques associations plus ou moins visibles.

Encore une fois, nous hurlons :
les terroristes ce sont les Etats

Encore une fois :
Solidarité avec tous les prisonniers

Encore une fois :
Action directe


prison de Vicenza,
18 juillet 2006
deux canailles punk-hc, Juan et Mike

Pour leur écrire :

Daniele (Mike) Benedetti/Juan Antonio Sorroche Fernandez — via Paluzza 77 — 33028 Tolmezzo-Udine


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, p.17]