Sur le “prisonnierisme”


Le texte ci-contre est sorti en décembre 2002, au moment où la lutte espagnole contre les FIES trouvait sa résonnance maximale hors des murs, surtout dans les cercles militants.
Les compagnons y dénoncent et analysent les travers du «prisonnierisme» (presismo en espagnol) : la mythification du prisonnier en tant que tel ou pour ses illégalismes qui l’ont conduit dedans, la légèreté à qualifier les prisonniers de compagnons et d’anarchistes pour à la fois gonfler la lutte et son propre rôle à l’extérieur, le développement d’une démarche de soutien/assistanat et non complicité/affinité, le sens de la solidarité qui signifie beaucoup de papier et peu d’attaques.

Bien entendu, ces critiques parleront plus aux quelques compagnons anarchistes qu’aux divers militants et camarades généralement investis sur ce thème en France, et plus généralement à tous ceux/celles qui ont affronté la question anticarcérale comme lutte parcellaire qu’aux autres.
Enfin, il ne faut pas oublier non plus le contexte espagnol de l’époque qui a vu se multiplier les groupes anarchistes ou libertaires (et les publications) appuyant la lutte interne contre les FIES, développant un milieu spécifique qui n’a pas existé ici ces dernières années (y compris lors de la tentative avortée autour du réseau de l’Envolée), milieu qui concentre les critiques.
Nous avons jugé utile de le publier malgré ces limites parce que les questions qui y sont posées concernent plus largement toute lutte parcellaire et le milieu qui se crée autour, parce que certaines de ses réflexions correspondent à des discussions/débats que nous avons pu avoir (sur l’illégalisme, sur les façons d’affronter la taule), et enfin parce qu’ayant participé ici à la lutte contre les FIES et suivi régulièrement dans cette publication la situation des compagnons incarcérés, il nous semblait intéressant de publier cette fois un bilan qui a pu être tiré de l’intérieur du mouvement contre ces «prisons dans la prison».

Ces dernières années, dans nos milieux, nous n’avons pas arrêté de parler de prisonniers en lutte, de grève de la faim, de rebelles sociaux, de revendications (l’abolition du FIES et les trois autres, que vous ne connaissez que trop bien)…

Partant du fait qu’il y a eu une réelle lutte dans tout ça, nous voudrions faire une critique (plus corrosive que constructive) de ce que nous appelons le “ phénomène prisonnieriste ”. Cela, afin d’essayer de discerner le peu de lutte et de communication réelle du folklore et du “ simulacre de lutte ”. Et surtout, nous voudrions décerner une mention spéciale à cette lutte qui aujourd’hui s’est transformée en grande partie en phénomène prisonnieriste.

Qu’entendons-nous par “ phénomène prisonnieriste ” ?

Pour remettre en contexte, bien que celui-ci soit probablement plus que connu, nous allons faire un bref résumé de ce qu’il s’est passé. Avant 1999, il n’y avait que quelques personnes et/ou groupes qui maintenaient un contact (à travers des correspondances et des visites) avec des prisonniers, et ce fut partir de la première grève de la faim indéfinie (et collective) que le milieu libertaire (anti-autoritaire et anti-répressif) découvrit la situation dans les prisons.

Il est clair qu’à partir de ce moment, les groupes de soutien aux prisonniers, les publications pleines de communiqués et d’adresses de “compagnons prisonniers”,… ont poussé comme des champignons. Dans bien des villes, des actions en soutien aux prisonniers et en solidarité avec leurs revendications se sont mises sur pied. La devise était : leur lutte est notre lutte ! Et c’était bien,… tant qu’il y avait de la lutte, évidemment.

Il y eut aussi différentes rencontres “anticarcérales” au cours desquelles on a pu divaguer à loisir sur notre rôle dans cette lutte ainsi que sur le comment pouvoir l’étendre. Tout cela en restait à une déclaration de principes bien intentionnée, mais abstraite : diffusion, coordination et futures caisses de résistance.

La coordination obtenue a toujours été minimale, le stricte nécessaire pour que toute cette histoire ne tombe pas à l’eau. Et ce que nous avons appelé coordination s’est avéré, au final, n’être rien d’autre que l’effort d’un nombre limité de personnes qui, curieusement, sont celles qui se sont le moins mises en avant dans ce grand cirque de la reconnaissance tellement présent dans cette lutte.

Et pour ce qui est de ces fameuses “ caisses de résistance ”… Le thème a été discuté, spéculé, insinué, mais nous aurions du garder en tête que ce genre de choses ne doit pas se discuter, mais se FAIRE.

Ce qui a été obtenu par contre, c’est l’extension-diffusion de la pseudo-lutte, mais tout cela ne fut que quantitatif (nous n’avons pu apprécier aucune avancée qualitative). Il y eut beaucoup de gens qui ont commencé à entretenir une correspondance avec les compagnons (et les “moins compagnons”) prisonniers de l’Etat oppresseur et capitaliste tant haï. Et nombreux furent aussi les prisonniers qui firent de même avec les “nouveaux compagnons de la rue”. Ils se transformèrent tous en “chèrEs amiEs” et se dirent “Salut compagnonNE”… et ensuite ?

Nous disons “pseudo-lutte”, parce que nous pensons qu’écrire deux douzaines de cartes par mois et aller en taule pour rendre visite à untel ne peut être considéré comme une lutte ou un affrontement (nous ne disons pas qu’il faut cesser de le faire, mais juste qu’il ne faut pas prétendre que cela est le plus subversif ou le plus révolutionnaire que nous puissions faire).

Au-delà de ça, beaucoup semblent oublier qu’il s’agit ici d’une “lutte” parcellaire. Ce n’est pas pour autant qu’il faudrait la reléguer au second plan, mais nous voudrions juste rappeler que tant qu’il y aura un Etat-capital, il y aura des prisons (même si elles varient ou se transforment), tant qu’il y aura de l’obsession-aliénation, il y aura des prisonnierEs (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs).

Dans les années 80 il y eut l’insoumission, au cours des années 90 ce fut le mouvement squat, et à présent c’est le prisonnierisme. On dirait qu’à chaque moment nous nous laissons attraper par “la lutte en cours” comme s’il s’agissait d’une mode. Comme si nous n’étions pas capables de pratiquer notre résistance-attaque sur tous les fronts.

A ce moment, les collectifs, groupes et individuEs anarchistes n’ont pas su élaborer une stratégie de lutte anti-carcérale correspondant aux pratiques anarchistes. Nous nous sommes laissés porter par les formes qui plus tard laisseront place au phénomène prisonnieriste.

Quand nous parlons du prisonnierisme, nous ne nous référons pas à la lutte anti-carcérale portant une optique révolutionnaire et s’articulant sur une pratique tant réelle que radicale, mais plutôt à toutes ces pratiques —qui sont déjà des habitudes pour beaucoup— et qui consistent à “soutenir les prisonnierEs” en les considérant de façon abstraite. C’est-à-dire que le prisonnierisme est cette chose dans laquelle la lutte contre les prisons s’est retrouvée réduite et dénuée de toute vertu.

Quelques unes des caractéristiques de ce soutien prisonnieriste qui attirent le plus notre attention sont les suivantes :

Idéalisation, quasi mythification, des “ compagnonNEs prisonnierEs ”

Outre le fait que nous n’utilisons que peu de critères pour considérer quelqu’unE comme unE compagnonNE sans même la-le connaître (serait-ce que les compagnonNEs ne représentent pas grand-chose à nos yeux ou que nous ayons déjà vidé ce terme de sa substance ?), nous avons observé une idéalisation progressive de ceux qui dans prisons protestent contre les conditions imposées par l’Institution Exterminatrice. Toute personne dont le nom se trouve en fin d’un communiqué est déjà en lutte. Toute personne qui passe un jour sans manger ou sans sortir en promenade l’est aussi. De cette manière, avec nos envies imparables de nous élargir, nous avons confectionné des listes extensives de “prisonnierEs en lutte”. Listes relevant plus de la fiction que de l’extension, car lorsque nous avons tenté de les vérifier, nous avons découvert plus de ratures que de noms.

Cette attitude de recruter des adeptes à notre cause et à les idéaliser est l’héritage de la séduisante loi du nombre et de la culture de masse. Pour les marxistes classiques et les néo-marxistes (mais aussi pour bien des anarchistes), la classe ouvrière ou le prolétariat était cette entité presque mystique qui, indépendamment de ce qu’elle faisait ou de comment elle le faisait, était révolutionnaire en soi et par essence. De la même manière pour les prisonnieristes, le-la prisonnierE —et les “compagnonNEs prisonnierEs” en particulier— sont sinon révolutionnaires, pour le moins rebelles par définition.

Evidemment, en prison il y a quelques compagnons anarchistes (et autres révolutionnaires). Il y a aussi des rebelles, des personnes en lutte, des braqueurs… mais ceux qui y sont ne le sont pas tous, et ceux qui le sont n’y sont pas tous.

Ces confusions nous ont mené jusqu’à gonfler impudemment (que l’intention fusse des meilleures ou la pire, ce fut fait) les chiffres des grévistes participant à la dernière grève de la faim collective. Et, si nous poussons le bouchon un peu plus loin : où sont ces “irréductibles combattantEs” une fois misEs en “ liberté ” ? Que font-ils-elles ? De quelle manière poursuivent-elles-ils la lutte et comment se solidarisent-ils-elles avec leurs “frères et sœurs prionnierEs” ? Tant de beaux mots qui s’envolent à la première brise…

Jusqu’à quel point est-ce rebelle ou révolutionnaire de braquer-voler-exproprier pour “vivre” à toute vitesse (c’est cela qu’on appelle tous la Vie) ? OK, d’accord, ils-elles ne se vendent pas pour un sale travail, elles-ils ne se prostituent pas huit heures par jour, ni même quatre. Ils-elles peuvent même conserver la haine envers l’Etat (parce qu’associée à la prison), mais… la haine envers le capital, ça c’est déjà autre chose. Parlez leur d’abolir ce maudit argent, mais alors tâchez aussi de leur expliquer comment ils pourront toujours avoir cette belle voiture, ces beaux vêtements et ces bonnes fêtes si vous ne voulez pas qu’ils vous envoient rapidement chier.

Le fait d’attaquer à la propriété privée peut vouloir dire, de manière consciente ou inconsciente, que l’on est contre l’inégalité sociale, mais nous ne pouvons nous réfugier dans l’illusion et croire que c’est toujours le cas. Il peut aussi s’agir d’attaquer la propriété privée parce qu’on n’est pas d’accord avec sa distribution actuelle (on voudrait donc une plus grande part du gâteau), et non pour chasser la propriété, ni même l’inégalité.

Penser à obtenir l’argent nécessaire pour “monter sa petite affaire et vivre de ses bénéfices” ne veut rien dire d’autre que l’acceptation ou la soumission aux idées capitalistes. En ce qui nous concerne, il est clair que nos compagnonNES, prisonnierEs ou pas, sont rebelles et anticapitalistes, de fait ou en puissance, et non des bourgeois en puissance (même s’ils braquent à la place de travailler). Ceux-là, nous les considérons sans aucun doute comme nos ennemis, aussi tristes et pénibles qu’aient pu être leurs vies avant et après leur passage en prison.

Nous avons tellement envie d’être plus nombreux, que nous voyons des anarchistes là où il n’y en a pas. On est anarchiste ou révolutionnaire par conviction, non par convenance. Aussi simple et évident que cela puisse paraître, des amiEs et compagnonNEs se trouvant à l’intérieur des prisons ont du nous le rappeler des dizaines de fois. Nous nous sommes équipés d’une baguette magique trompeuse qui, par simple proximité ou contact, distribue l’étiquette “anarchiste” comme s’il s’agissait d’un simple adjectif. Comme l’on vit que l’appellation était légère et que les “masses anarchistes à l’intérieur des taules” n’étaient soutenues de nulle part, on décida d’utiliser un nouveau terme plus générique et facile à octroyer. C’est ainsi qu’apparurent les “masses de rebelles sociaux” qui peuplent aujourd’hui les prisons...

Idéalisation, quasi mythification, de ceux qui soutiennent les “compagnonNEs prisonnierEs”

Nous n’avons pas seulement placé ces prisonnierEs sur un piédestal, mais nous nous y sommes aussi réservé une place. Aujourd’hui, pour être quelque chose ou quelqu’un dans le mouvement prisonnieriste, tu dois être en correspondance avec au moins 3 des prisonnierEs les plus connuEs et admiréEs (et pouvoir être ou devenir leur copain-copine), être à l’affût de toujours plus d’information et ne pas envoyer moins de X cartes par semaine (nous ne mettons pas de chiffres parce que celui-ci dépend de la renommée du ou de la destinataire en question, certaines cartes peuvent compter pour deux, voire pour trois).

De cette manière, tu pourras participer sans problèmes au petit jeu prisonnieriste (que ce soit à travers des réunions ou des lettres avec d’autres “points de soutien”) et surfer sur les pages prisonnieristes sans avoir à craindre de ne pas comprendre de quoi ils parlent. Tout le monde sait qui est unEtelLE, dans quel prison il-elle se trouve et de quelle prison elle-il vient. Petit à petit nous découvrirons qui a une correspondance avec qui, qui peut se blairer et qui ne peut pas, et par la sorte, “en tissant des liens de solidarité”, la grande et heureuse famille prisonnieriste se construit. Si nous ne sommes pas frères ou sœurs, nous serons cousins-cousines, même de manière éloignée s’il le faut.

Et donc, les individus “solidaires avec les prisonnierEs” se constituent en une catégorie différenciée (voire même supérieure pour certains) de révolutionnaires. Il n’est pas difficile de rencontrer des personnes affirmant que “la lutte anti-carcérale” est la lutte principale et indispensable parce que la prison est la forme la plus claire d’oppression de la part de l’Etat. Nous nous refusons à établir toute hiérarchie entre les luttes parce que le système de domination ne repose pas sur un seul pilier. Ce n’est qu’à travers un affrontement global-intégral que nous aurons des possibilités d’en finir avec ce qui nous prive de la liberté que nous désirons.

En fragmentant les luttes, en nous spécialisant dans une de celles-ci et en perdant de vue notre propre nombril, nous n’arriverons pas très loin. Ils ne sont pas rare ceux et celles qui ont totalement oublié les autres fronts, les ignorant de manière consciente ou inconsciente. Il y a ceux et celles qui n’attendent plus la révolution parce qu’ils la FONT, et puis celles et ceux qui ne l’attendent plus ni ne la font parce qu’ils ne savent plus ce qu’ils veulent au-delà de l’abolition du FIES, la libération des malades en phase terminale, la fin de la dispersion… Que feront-ils-elles si un jour les murs tombent parce que l’Etat n’a plus besoin de prisons pour maintenir le contrôle ?

Il n’y a pas de liberté en prison, mais il n’y en a pas non plus dehors, de telle sorte que nous la conquiererons entièrement ou nous n’aurons même pas fait tomber un seul mur.

Groupes – anarchistes ?- de soutien aux prisonniers
Anarchie ou, plutôt, assistanat ?

C’est certainement le point le plus sérieux et le plus triste à la fois parce qu’il met en évidence le manque de critère des anarchistes pour mener jusqu’au bout une lutte cohérente avec une théorie, mais surtout avec une pratique qui nous soit propre et réelle.

Vous connaissez l’histoire de quelques anarchistes qui commencèrent en pensant qu’elles-ils pourraient lutter pour la LIBERTE coude à coude avec leurs “frères et sœurs prisonnierEs” et qui se retrouvèrent à envoyer des courses, des cartes de téléphone, des mandats et à diffuser des communiqués ? Cela fut leur lutte et continue à être celle de beaucoup.

Nous nous sommes consacrés à l’édition de bulletins, de revues… qui, bien loin d’être des moyens de communication entre des personnes et d’être utilisés au moins comme une arme qui attaque et transgresse les murs (peu importe lesquels), n’ont su être que des récits personnels qui n’apportent rien et ne nuisent que très peu. Et dans le pire des cas, ils ont servi comme pages de contact entre les gens de l’intérieur vers l’extérieur et de l’extérieur vers l’intérieur.

La prison est une institution, et en tant que telle a des figures publiques qui la représentent et des visages moins publics qui la soutiennent. Elle a des édifices et des infrastructures. Elle a tellement de facettes sur lesquelles les anarchistes pourraient faire sentir leur rage.

Nous ne sommes ni chrétiens, ni bouddhistes, ni prisonnieristes. Nous ne voulons pas soutenir ni assister les prisonnierEs, nous voulons simplement qu’ils-elles cessent d’exister tant en dehors qu’à l’intérieur des prisons.

A propos des cercles familiaux et des amiEs...

Nous avons déjà dit que nous nous opposions aux prisons depuis une perspective qui nous est propre. Celle-ci n’est pas la même que celle des associations pour les Droits de l’Homme ni que celle des diverses coordinations ou autres ONGs.

CertainEs affirment que ce que nous devrions faire serait de nous réunir avec les familles des prisonnierEs et de créer un “réseau social” peut-être similaire à ce qui a pu exister au temps de la COPEL. On dit aussi que nous pourrions recueillir des fonds pour aider les familles des prisonnierEs qui en ont besoin.

Et pourtant non, nous ne ferons rien de tout cela, parce que nous sommes inévitablement du côté de ceux qui affrontent cet état des choses (prison incluse), qu’ils soient amiEs ou pas avec prisonnierEs, qu’ils aient de la famille à l’intérieur ou non. Notre cercle, notre groupe, nos gens sont ceux qui désirent faire la route avec nous depuis le début jusqu’à la fin, et non ceux qui resteront à la moitié du chemin lorsqu’ils seront parvenus à adoucir et à démocratiser la prison, ou quand leur enfant-frère-sœur-amiE sera sortiE du régime d’isolement, qu’il-elle sera dans une prison plus proche ou encore libéréE.

Nous ne voulons pas non plus à nos côtés ceux et celles qui ne désirent pas la prison pour les leurs, mais qui ne se posent pas de questions pour les autres (ou qui considèrent que ceux qui devraient être à l’intérieur sont les terroristes, sans même faire référence précisément à l’Etat-capital).

Et à propos des “ familles ”, en tant qu’anarchistes, n’étions-nous pas pour la destruction de la famille comme institution oppressive, limitante et imposée ? Ou remettons-nous cela comme une étape suivant la fin de la prison ?

Communication réelle ou fictive ?

Un autre aspect curieux du prisonnierisme est son concept de la communication. Pour les prisonnieristes, connaître ou être en contact avec quelqu’unE équivaudrait à s’écrire de temps en temps une page avec quatre (ou quatre cents) lignes pour ne rien se dire du tout, sans partager autre chose que les phrases typiques provenant probablement de lettres type qui ont du être distribuées au début de cette “lutte”. Ecrire par obligation n’apporte rien du tout, ni à celle-celui qui écrit ni à celui-celle qui reçoit. Ce qu’il faudrait renforcer, ce sont les rapports réels, ceux qui au-delà des présentations et de l’échange d’idées pourraient se transformer en complicité, compagnonnage et/ou amitié. Il y a tant de choses que nous pouvons nous apporter les unEs aux autres et desquelles notre lutte pourrait sortir plus forte.

Au-delà de ça, se trouve ce qui n’appartient déjà plus à la communication : le commérage généralisé. Il n’y a pas grand-chose à dire qui ne soit déjà connu. Ces ragots n’ont rien à envier aux séries télévisées à l’eau de rose. Comme nous l’avons déjà dit, nous finissons toutes et tous par savoir qui est amiE avec qui, qui ne peut se supporter, qui est le-la copain-copine de qui,… Est-ce que cela fait aussi partie de la “lutte prisonnieriste” ?

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Démythifions le-la prisonnierE dans sa condition de recluE, parce que cette condition n’est rien d’autre qu’une imposition de l’Etat. Avant d’être unE prisonnierE, c’est justement un INDIVIDU qui aura en tant que tel ses idées et ses inquiétudes, sur la base desquelles nous établirons ou pas nos affinités et nos complicités.

Démythifions la “lutte anti-carcérale ”. La plupart du temps, elle ne dépasse pas le simple soutien et elle répond plus à un sentiment caritatif envers celui-celle qu’elle considère comme faible ou sans défense, qu’à un désir réel d’en terminer avec l’institution pénitentiaire et avec l’état des choses qui la rend nécessaire.

Vive l’anarchie !!!

Quelques ex-prisonnieristes (des deux côtés du mur),
décembre 2002


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, pp.26-29]