Les manœuvres évidentes et occultes de la répression
(Les mille et une tentatives de Storari)


(Le 10 juin 2006, le procureur de Trento, Storari, a demandé l’arrestation de Juan, un compagnon anarchiste de Rovereto. Il est accusé de l’incendie du 26 février 2005 contre l’entreprise Trentino Servizi, revendiquée alors en solidarité avec un prisonnier mapuche chilien. Pour l’occasion, le parquet développe la thèse d’une association subversive à Rovereto contre Juan et divers inconnus (opération nommée “ 1001 ”), qui seraient responsables de diverses attaques contre des banques, des motos de carabiniers, des relais de téléphones portables, etc. accomplis ces dernières années à Rovereto.

Un juge ayant repoussé sa demande, l’appel avait lieu le 7 juillet. Entre temps, la nuit du 27 au 28 juin, Juan était arrêté en compagnie de trois autres personnes suite à un contrôle d’identité mouvementé (voir ci-contre). Le 1er juillet, il a pris 9 mois de prison et été incarcéré (avec Mike qui a pris 10 mois).

Le 7 juillet, le tribunal de réexamen a levé l’accusation d’association subversive (270bis) pour l’incendie de février 2005, et a maintenu contre le seul Juan celle de “ dégâts à finalité de terrorisme ”, délit qui prévoit jusqu’à 4 années de prison. Mike et Juan ont été transférés ce jour-là de la prison de Rovereto à celle de Vicenza. Par ailleurs, les éléments du dossier 1001 ont fait apparaître un énorme déploiement de moyens contre les anarchistes de Rovereto dans toute la ville : filatures, micros dans les véhicules et les maisons, caméras miniatures cachées dans les cabines téléphoniques ou près d’objectifs “ sensibles ”, voires cachées en face des domiciles dans des boîtiers Italia Telecom, etc.


Le duo ROS [service d’investigation des carabiniers]-Storari nous la refait. Le 10 juin dernier, le procureur de Trento a demandé l’incarcération d’un anarchiste de Rovereto, l’accusant d’avoir accompli une action incendiaire et de faire partie, avec divers inconnus, d’une “ association subversive à finalité terroriste et de subversion de l’ordre démocratique ” (l’immanquable article 270bis). Comme le juge des libertés a repoussé sa demande, une audience suite à l’appel du procureur se déroulera vendredi 7 juillet auprès du tribunal de réexamen de Trento.

La base de cette nouvelle opération –nommée “ Mille un ”- est le théorème habituel que le ROS cherche à construire depuis des années. Réchauffant la vieille soupe du procureur romain Marini, ce que ces serviteurs zélés de l’Etat voudraient démontrer est que la réalité anarchiste –roveretaine dans ce cas- “ est structurée de manière composite et compartimentée, selon le schéma du double niveau (l’un évident, et l’autre occulte et pratiquement illégal) ”. Avec l’habituel et maladroit copier-coller sur les “ groupes d’affinité ”, les “ noyaux de base ”, l’ “ organisation informelle ”, etc., et après avoir cité de nombreuses initiatives publiques (assemblées, rassemblements, manifestations, etc.) et quelques dizaines d’actions incendiaires et autres attaques (contre des banques, des relais, des multinationales, des véhicules de carabiniers, etc.), voici l’amère conclusion du duo : “ Alors que les personnes qui participent au niveau public sont connues, celles qui se sont rendues responsables des activités violentes nous sont restés inconnues ”. Et ceci malgré les moyens employés (filatures, micros dans les voitures et les maisons, caméras cachées, etc.).

Donc ? C’est simple : vu qu’on ne réussit pas à individualiser les auteurs de pratiques déterminées, on cherche à frapper ceux qui les défendent publiquement. Alors voilà que rapporter les actions directes sur des tracts et des journaux, ou à en affirmer le sens et la justesse, revient à “ les revendiquer ”, c’est-à-dire à les avoir commises en tant qu’ “ organisation ”. Voici alors que les “ anarchistes roveretains ” deviennent un “ sigle, presque une raison sociale ”. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut préparer une “ association subversive ” pour chacun.

En même temps, les ROS et le procureur cherchent à attribuer une action à un compagnon mais, ne pouvant soutenir qu’il ait accompli seul toutes les actions citées dans l’ordonnance, ils souhaitent aussi lui faire endosser un 270bis “ avec des personnes pour le moment non identifiées ”.

C’est avec de telles méthodes inquisitoriales que de nombreux compagnons ont été et sont encore attaqués dans la moitié de l’Italie.

Face à ces tentatives répressives, nous rappelons comme toujours notre solidarité à tous ceux qui attaquent le pouvoir sous tous ses aspects ainsi que notre désir –oh oui, si évident- de subvertir un monde qui est en train de nous porter au collapsus écologique et social.

Anarchistes de Rovereto et Trento
6 juillet 2006


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, p.16]