COMMUNIQUE DES COMPAGNES ET COMPAGNONS DETENUES LE 26 SEPTEMBRE

De la Prison de Sécurité Maximale et du COF

Nous voici donc, sept jours après la descente brutale qui a eu lieu dans l’espace libéré de San Ignacio 165, connu comme “la maison sinistre” [ou gauchiste, jeu de mot sur siniestra]. Au cours de cette descente, pas moins de 50 agents répressifs du GOPE (Groupe d’opérations spéciales des carabiniers), et des compagnies OS-7, OS-9, SIP, Dipolcar, Labocar sont intervenus, faisant irruption vers 5 heures du matin, nous tirant de nos lits en nous pointant avec des fusils d’assaut et nous maintenant ensuite à plat ventre au sol, pratiquement nus pendant une heure et demie. Nous dénonçons la manière dont se sont déroulés ces faits. Etant donné le peu de preuves exposées par ceux qui nous ont appréhendéEs, nous considérons qu’il s’agit ni plus ni moins qu’une persécution idéologique effectuée par le juge, à l’instigation du Ministre de l’Intérieur et de l’Intendance de Santiago, soutenue par les moyens serviles de désinformation qui, à l’envie et sans aucun fondement, ont rendu publics des termes tels qu’ “usine à molotovs”, “organisation criminelle”, “vandales”, “narcotraficants”, “leaders de mouvements fictifs”, etc.

Nous ne voulons pas laisser passer la déclaration qui nous paraît grave et provient du Ministre de l’Intérieur, le shériff Belisario Velasco, selon lequel nous aurions été arrêtés en flagrant délit de fabrication de bombes. C’est absolument et définitivement faux.

Il est clair que nous représentons un danger pour le modèle de vie dominant. Nous rejetons l’obligation de travailler pour que quelqu’un se remplisse les poches du fruit de notre labeur et de recevoir l’aumône à la fin du mois. Nous ne croyons pas en l’argent comme moyen de nous rapporter avec les personnes et notre environnement. Nous ne croyons pas en leurs formes de représentativité. Nous refusons la consommation comme unique forme de liberté que nous offre le système. Nous ne sommes pas liés à leurs symboles patriotiques et aux absurdes frontières qu’ils prétendent nous imposer. Et, par-dessus tout, nous revendiquons la lutte de celles et ceux qui se sentent oppriméEs. Nous savons que nous avons choisi le chemin correct et la situation dans laquelle nous nous trouvons ne fait que confirmer nos idéaux et convictions.

C’est pour tout cela que, de la Prison de sécurité Maximale et du centre d’Orientation Féminine (COF), nous lançons un cri d’espoir, de soutien et de solidarité aux compagnes et compagnons qui ont pris ce même chemin. Nous lançons un appel à ne pas avoir peur et à partager le sentiment que nous éprouvons ; à ne pas tergiverser, à ne pas reculer, à partager ce qui est le plus difficile : affronter ce système.

Nous remercions les manifestations de solidarité et d’amour, particulièrement de nos familles et de nos compagnes et compagnons de cette longue route.

NON AUX PRISONS ET A TOUS LES ETATS !!
SALUT ET LIBERTE

Jorge, Alvaro, Victor, Miquel, Carla et Danae.
Santiago du Chili, le 3 octobre 2006

[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.34]