Au Chili, ça continue!


Le 11 septembre 2006, la nouvelle présidente socialiste Michelle Bachelet a tenté l’Union Sacrée avec la commémoration du coup d’Etat militaire de Pinochet, le 11 septembre 1973. Elle pensait le recueillement de mise, mais malgré les appels au calme et au pacifisme des associations des droits de l’Homme, des partis et syndicats, les grandes manifestations des 10 et 11 septembre ont connu de nombreux débordements. A Santiago le 10, une centaine de manifestants masqués lancent plusieurs bouteilles de peinture contre le palais de la Moneda (palais présidentiel) et un molotov qui parvient à provoquer un incendie qui dévorera une de ses salles. Les jeunes rebelles continuent ensuite en s’attaquant à une banque, un Burger King et du mobilier urbain. Arrivés près du cimetière général, ils feront face aux forces de l’ordre. Les affrontements se sont étendus sur presque trois jours dans plusieurs villes (Arica, Temuco, Valparaíso et Concepción), neuf policiers ont été blessés, tout comme une quarantaine de manifestants - dont deux mineurs par balles - et il y a eu sur l’ensemble du pays plus de 300 arrestations.

Par ailleurs, le mouvement dans l’éducation a repris de plus belle, continuant de réclamer des réformes structurelles que ne satisfait pas le Conseil Présidentiel d’Education mis en place par la présidente comme seule réponse au mouvement de protestation de mai-juin derniers. Les lycéenNes ont donc entamé un mouvement d’occupation de leurs établissements. Les carabiniers sont intervenus très brutalement pour évacuer les lieux, mais se sont parfois heurtés à une forte résistance, notamment au lycée d’Application où les étudiants leur ont balancé des pierres et toutes sortes de pièces de mobilier depuis la terrasse. Elles et ils ont dégagé de la même manière le traître président du conseil de professeurs venu parlementer avec eux.

En septembre et en octobre, les manifestations non autorisées de lycéens se sont multipliées, donnant lieu à de nombreux affrontements avec les forces de l’ordre.

C’est dans ce climat tendu qu’a eu lieu, le 26 septembre, une manifestation de 3000 personnes rassemblant divers secteurs, notamment de fonctionnaires, appelant à paralyser le pays contre le chômage et la politique d’austérité du gouvernement de Gôche. Ce dernier a pour l’occasion pondu un nouveau plan de sécurité pour lutter contre les “vandales et les troubles”. Un millier de carabiniers se sont déployés contre les manifestantEs, les consignes de fermeté étant d’arrêter et de réprimer toute forme de débordement.

Plusieurs molotovs ont été trouvés près du siège du Parti Socialiste et, juste avant la manif, la police spéciale a fait une descente dans un squat d’activités du centre de Santiago où vivaient six personnes, La Mansión. Lors de la perquisition, toutes sont arrêtées, dont un anarchopunk barcelonais, Miquel Balaguer Yus, aussitôt accusé de faire le lien entre la subversion anarchiste espagnole et chilienne avant d’être menacé d’expulsion. Pour justifier leur incarcération, les keufs et les médias parlent d’une «usine à molotov» en se basant sur la découverte... de pauvres bouteilles vides et de littérature anti-autoritaire du collectif Corriente Anarquista Revolucionaria (CRA), accusé par les inquisiteurs démocrates d’être à l’origine de l’attaque incendiaire du 10 contre le palais de la Moneda. Les six compagnons (Alvaro Pinto, Jorge Fernández, Victor Núñez, Carla Monsálvez et Miquel) sont inculpés d’ “association illicite”, “possession d’armes illicites” et de “vol”.

[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.32]