Prison et répression des anarchistes au Chili


A l’aube du 26 septembre à Santiago du Chili, le OS-9 et la LABOCAR des Carabiniers ont fait une descente dans une maison occupée située au numéro 165 de la rue San Ignacio, suite à quoi 6 compagnons ont été arrêtés.

Cette opération de police politique, dirigée conjointement par le Ministre de l’Intérieur, l’A.N.I. (Agence Nationale de Renseignement) et les forces armées, n’est rien d’autre que la manière qu’utilise l’Etat pour freiner l’offensive des luttes qui se manifestent au Chili. D’un côté, il impose la peur et la terreur à ceux qui veulent rompre avec l’ordre dominant de manière violente, tandis que d’un autre il sème la panique et répand une paranoïa collective, stigmatisant et réduisant tout ce qui relève de la violence révolutionnaire, afin d’isoler, de séparer et de faire oublier toute lutte à l’intérieur de notre classe.

Depuis que les luttes sont allées croissant, se sont articulées et se sont montrées telles qu’elles sont, l’Etat et ses organes de répression (syndicats, partis, medias) ont préparé le terrain pour cette action répressive.

Il suffit de se rappeler qu’après l’explosion contre l’A.N.I en janvier dernier [revendiquée par un groupe anarchiste], les médias ont fait leurs choux gras de l’existence d’organisations anarchistes à caractère violent et destructeur, banalisant ainsi leur lutte et la réduisant uniquement et exclusivement au fétichisme du feu, c’est à dire au côté purement spectaculaire, sans même évoquer l’organisation qui, à la base, croît et progresse dans le déroulement sans fin des luttes nées du quotidien.

Ce premier mai, les journaux comme le quotidien sensationnaliste et bourgeois La Nacion qui titrait sur “les drapeaux anarchistes rouges et noirs qui resurgissent” ont fait mention d’organisations, de collectifs anti-capitalistes et ont dénoncé ce qui dans leur pratique relève de ce ce sujet actuellement si médiatique : LA VIOLENCE. Pourtant, ce premier mai n’a pas été le plus violent, ou bien ne se rappellent-ils pas 2003, lorsque le vice-président du CUT a perdu un œil et quand plusieurs locaux commerciaux ont été pillés et complètement détruits dans la gare centrale ?

Nous arrivons ainsi en septembre, mois typique de lutte et, pourquoi pas, d’hommage à celles et ceux qui sont tombéEs, donnant leur vie pour changer l’ordre imposé. Ce qui aurait pu se passer ne s’est pas produit : voir le palais de la MONEDA de nouveau en flammes.

Face à ce climat tendu créé par la criminalisation de la lutte par l’Etat, la gauche réformiste, le bloc progressiste du centre et les bourgeois pour la conciliation entre les classes, nous ne pouvons qu’appeler à la SOLIDARITE DE CLASSE ET REVOLUTIONNAIRE avec les compagnons réprimés au cours de cette action.

Chaque fois que la lutte de classes s’accentue ou chaque fois qu’elle se montre sous son vrai visage, devient plus évident qui sont ceux qui défendent ce monde et, à l’inverse, ceux qui veulent réduire en cendres la réalité qu’ils subissent. A ce point, les forces antagonistes doivent être capables d’identifier clairement leurs ennemis de classe, car la réaction la plus dommageable est dans “nos propres rangs”, se donnant des airs antagonistes au capitalisme mais coexistant librement et démocratiquement avec les riches et les puissants.

Les séquelles de notre histoire en tant que classe sont présentes et nous pouvons reproduire à l’infini ce passé dans les escarmouches qui ont lieu aujourd’hui. Mais il suffit de se souvenir et de regarder en arrière. Nous arrivons en un temps où la polarisation devient évidente lors de ces moments de clair antagonisme. La position prolétaire ne se réduit ainsi pas à un mythe antagonique, ni même à un discours préfabriqué. Au contraire, la position du prolétariat contre la bourgeoisie est matérielle, pas idéale, car elle fait partie d’un projet historique qui vise à la destruction de la société de classes et de la propriété privée, démasquant les faux critiques et ses défenseurs.

Nous savons qu’il n’y a pas de hasards ; quand ils se répètent encore et encore, c’est que quelque chose est en train de bouger. Nous savons que l’Etat utilise ses forces de l’ordre pour assassiner et emprisonner ceux qui ne se soumettent pas au joug bourgeois et pour implanter son projet macabre.

Nous appelons par conséquent à se solidariser activement et de manière révolutionnaire avec les compagnons incarcérés au Chili et partout dans le monde en étendant le réseau de complicité avec les exploités qui se rebellent. En avançant, en nous unissant [sic] et en détruisant tout ordre imposé.

PARCE QUE LA HAINE DE CLASSE N’EST PAS UN MOT D’ORDRE NI UNE FARCE, C’EST UNE REALITE EN ACCROISSEMENT ET DEVELOPPEMENT CONSTANT.

FACE A L’ETAT POLICIER, GUERRE SOCIALE !!

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Les jeunes accusés dans le montage du Gouvernement et des médias sont sortis, ce qui n’empêche pas les descentes et les détentions arbitraires de continuer.

Il ne pouvait en être autrement. Les jeunes squatteureuses accuséEs le 26 septembre dans un grossier montage médiatique d’avoir monté une “usine à cocktails molotov” ont été remis en liberté conditionnelle le 7 octobre. Les 4 hommes et 2 femmes qui, il y a deux semaines, ont été arrêtéEs pour «possession d’armes incendiaires» et «association illicite» ont été détenus sept jours dans l’attente d’une enquête destinée à prouver leur culpabilité sur les charges qui leur étaient imputées. Les explications ridicules de monsieur Velasco et des carabiniers qui se basaient sur les recherches des services de “renseignement” pour mettre en échec “les violents” indiquant rien de moins qu’on avait affaire à une cellule terroriste clef, se sont avérées totalement absurdes. La justice, pourtant sous l’influence du “señor” Intendant de Santiago, Victor Barrueto et du Gouvernement, n’a finalement pas décrété que ces jeunes constituaient un danger pour la société (par deux votes contre un) et les six compagnons sont sortis.

Comme l’enquête est en cours, le ministère public (dont est en charge Leonardo de La Prida, “expert en groupes anarchistes” 1) devra faire preuve d’imagination pour prouver aux “citoyens” qu’il “garde effectivement le contrôle de la situation”. Bien sûr, ils comprennent que les conflits se déroulent sur un plan structurel et que les expressions plus radicales des exploités cessent peu à peu d’être des événements isolés. C’est pourquoi, ils ont besoin de “boucs émissaires” pour mettre fin par la peur et les poursuites au mouvement populaire qui, petit à petit, commence à se réarticuler.

Mais on peut apprécier la blague que se sont avérés être le gouvernement et la “main de fer” médiatique du sinistre Ministre de l’Intérieur de gauche Belisario Velasco, puisque leur propre justice ne légitime même pas leur discours pathétique d’”éradication de l’ennemi intérieur”. Pendant ce temps, le Sous-secrétaire de l’Intérieur et d’autres personnages du “gouvernement citoyen” continuent d’assurer que les six jeunes anarchistes sont un danger pour la société et qu’ils finiront bien en prison. Ca fait rire de penser que, malgré une réunion de plus d’une heure entre monsieur Barrueto et le juge en charge du dossier, ils ne sont pas parvenus à rendre ce montage crédible.

Les médias, étonnement, se sont tus. Aujourd’hui, nous n’avons pas vu les gros titres en lettres rouges des quotidiens. Les médias serviles, à quatre pattes et le pantalon baissé devant les entrepreneurs, ne reconnaîtront pas leur participation à ce grossier montage. Mais nous le leur rappellerons promptement, nous leur rappellerons les gros titres et leurs articles. Aujourd’hui la “fabrique de molotov” n’existe pas, car elle n’a jamais existé. La criminalisation du mouvement anarchiste est une création des médias, du gouvernement et en dernier lieu du capital. Mais au moins cette fois, le résultat en a été pathétique. Personne n’y a cru et pas même leur justice. Les jeunes ont été emprisonnéEs sur ordre du gouvernement, dans la chasse aux sorcières qu’ils ont déclenchée. C’est une preuve de plus que les capitalistes, ceux qui maintiennent ce système d’exploitation, considèrent les anti-capitalistes qui s’expriment au-delà de leurs paramètres comme leurs ennemis, et historiquement ils ont démontré qu’ils feront tout leur possible pour les exterminer.

Collectif de Contre-information Hommodolars


Ndt :

1. Leonardo de La Prida est chargé d’enquêter sur les délits de cette année et particulièrement sur les incidents au cocktail molotov contre le Palais de la Moneda, le 10 septembre dernier.

[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, pp.33-34]