Dehors, mais d’où ?

Novembre 2005, Mar del Plata (Argentine) : IVe Sommet des Amériques. La gauche du Capital invente une nouvelle stupidité effective : une sorte de contre-sommet qui rassemblait de Chavez à Maradona, en passant par bien d’autres bourgeois de la même pointure du monde du commerce musical, politique et sportif. Je suppose qu’il n’est pas nécessaire de rentrer dans les détails des analyses qui se demandent comment humaniser le capitalisme et renforcer la démocratie. En revanche, je le ferai au sujet d’un pauvre cliché que l’on a vu se répéter au gré des tags, polycopiés, pancartes et autres refrains : “Bush, dehors!” (sous ses différentes variantes). Cette phrase est d’un simplisme stupéfiant. C’est réduire la lutte anti-capitaliste à un visage, un nom, un pays et c’est d’autant plus dangereux que l’objet de notre lutte est lointain. Quoi de plus utile pour que tout continue à l’identique que de nous présenter le capitalisme comme un monstre qui vit au loin, nous attaque de là-bas mais nous toucherait de plus près lorsqu’il met le pied sur “notre terre” ? Au contraire, le monstre nous entoure, il est partout et on le trouve aussi dans “notre” propre pays. Mais il est tellement plus facile d’avoir un ennemi éloigné et de protester seulement quand il vient sur le sol légalement argentin. Venant de la gauche de l’Etat et du Capital, cela n’a rien d’étonnant, mais nous, anarchistes, sommes aussi tombés plusieurs fois sur le terrain de la protestation légaliste, patriotique et démocrate faute d’une analyse autonome.

Pour ce qui est de l’opinion publique, ne soyons pas naïfs, la critique du président des Etats-Unis ne signifie pas une opposition réelle au capitalisme, pas plus qu’aux hiérarchies et à l’oppression. Cela revient juste à concentrer le rejet sur l’image d’un lointain inconnu. C’est une fois de plus penser le monde de manière bipolaire : soit on est avec les Etats-Unis, soit on est contre. Et le fait d’être contre conduit à soutenir les gouvernements de pays moins développés économiquement.

Réfléchissons : en quoi le fait que Bush mette un pied (ou les deux) en Argentine influe-t’il sur notre oppression au quotidien ?

L’oppression que nous subissons peut revêtir le costume de démocrates, de dictateurs, de sportifs, d’artistes et plus encore ...

Il faut garder les yeux ouverts et les poings serrés.


NI LA GUERRE DE BUSH, NI LA PAIX DE KIRCHNER !
LA SEULE ALTERNATIVE, C’EST LA REVOLTE MONDIALE !

[Traduit de l’espagnol de Disarmo n° 11 (Rosario, Argentine), janvier 2006, p.8]

[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.38]