Brèves du désordre allemandes

Les brèves suivantes sont toutes tirées du journal berlinois Interim (numéros 641 à 644), qui publie à peu près tous les textes de la «mouvance anarco-autonome» qui lui sont envoyés. Nous avons fait le choix de rendre compte des actions qui, à divers titres, nous paraissaient intéressantes, mais de raccourcir certains communiqués, parce que nous en trouvions le ton soit trop indigeste, très militant ou tout simplement gauchiste.

Plusieurs de ces actions se dirigent contre la politique d’immigration allemande. Elle n’a en effet rien à envier à celle de l’Italie ou de la France, avec ses camps de rétention (que l’on appelle là au choix Office d’accueil, Centres de réception et de transit, Centres de départ...) et ses expulsions musclées. Les différents rouages habituels interviennent aussi dans cette machine bien huilée : les représentants de tous les partis en place appliquent avec zèle les directives nationales ou européennes dans le cadre du système Schengen, les élus implantent les camps, les associations caritatives cogèrent ou exploitent directement certains centres, les Etats coopèrent par le biais de leurs ambassades au gré d’accords passés sur le dos des individus, les compagnies d’aviation expulsent.

Depuis des années, des luttes se déroulent à l’intérieur comme à l’extérieur des camps et ont pris différentes formes. Les dernières portent principalement sur la fermeture des centres.



Dans la nuit du 9 au 10 septembre 2006, plusieurs engins incendiaires ont été placés sous plusieurs camions de transport de l’entreprise de maïs transgénique Märka à Eberswalde. Les engins artisanaux ont été allumés, mais n’ont pas explosé.

«Nous voulons par cette intervention pousser fermement cette entreprise à réfléchir à sortir du commerce génétique. Märka travaille activement et agressivement dans le négoce de ce qu’on appelle “la génétique verte”. Märka est le partenaire économique allemand du trust Monsanto, l’un des premiers au niveau international dans le commerce de l’agriculture génétiquement modifiée. Märka ne se contente pas de vendre des semences de maïs transgénique, elle achète aussi toutes les récoltes des champs qui se trouvent à proximité afin de prévenir les plaintes que pourraient déposer les paysans dont les champs sont contaminés. Märka veut en outre élargir ainsi le “modèle” d’acceptation sociale de culture de maïs transgénique.

La majeure partie du maïs transgénique arrive en effet sur le marché par des chemins détournés. Il est par exemple utilisé pour l’alimentation des vaches sans laisser de traces.
(...)
Nous montrons à notre manière ce que nous pensons de tout cela.

Groupes autonomes»

NB : Michael Grolm [une sorte de Bové local], du réseau Gen-Dreck weg qui avait organisé en 2005 et 2006 des fauchages volontaires dans le land de Brandenbourg, a aussitôt réagi : “Nous condamnons ces attentats. Ce n’est absolument pas notre style, ni notre manière de protester. Nous annonçons toujours à l’avance nos actions.” Réaction identique de la part d’Alexander Hissing, de Greenpeace : “Nous agissons de manière visible, nous sommes non-violents et ne soutenons aucune action susceptible de causer des dommages humains. Les attentats discréditent le sérieux de notre protestation.”

• Fin septembre : Feu et couleur pour les envoyés des dieux

«C’est avec ce slogan que nous avons rendu visite, fin septembre, à Gerd-Uwe Baden, PDG de la société d’assurances Euler Hermes, résidant Süllbergterstrasse 10 à Blankenese, et à Stefan Schiebeler, gérant de Hermes à Hambourg, résidant Renettenweg 19 dans le quartier de Sasel. Nous avons changé la couleur de la maison du n°10 de la rue Süllbergter et mis le feu à la Mercedes de Stefan Schiebeler pour les raisons suivantes : dans les semaines qui viennent, le gouvernement allemand dira s’il autorise Hermes à financer la construction du barrage d’Ilisu en Turquie. Par notre action, nous voulons soutenir pratiquement la résistance à ce projet de barrage d’Ilisu. Mais nous voulons aussi, de manière plus générale, parler du rôle que jouent les financements des société d’export dans le processus d’exploitation général et montrer leur importance comme instruments de la politique impérialiste allemande. Enfin, nous souhaitons apporter notre participation à la mobilisation contre le sommet du G8 2007 à Heiligendamm.

(...)

Groupe “Alliance Pas Sainte pour la Rupture des Digues»,

septembre 2006

• 3 octobre 2006 : une antenne radio de la police s’écrase

Un pylône de radio-diffusion du BGS (Bundesgrenzschutz, équivalent de la police des frontières, des transports et composée d’unités d’intervention) permettant la communication entre les forces de police durant les transports Castor (nom des containers utilisés pour le transport et le stockage des déchets nucléaires) a été abattu sur la commune de Göhrde (Basse-Saxe), près de la gare de Leitstade. Il se trouvait à 300 m environ des rails, notamment utilisés pour le transport des déchets vers le centre d’enfouissement de Gorleben. Les 11 et 14 novembre prochains doivent passer deux nouveaux convois.

Selon les experts, les vis de l’antenne ont été déboulonnées à la base, ce qui a probablement provoqué la chute de l’ensemble.

• Au 3 octobre 2006, soixante limousines de luxe auront déjà été incendiées cette année. La nuit dernière, il y en a eu onze de plus, dans quatre endroits différents de Berlin

«Le 3 octobre, jour de l’unité allemande (journée du sport automobile), nous avons mis le feu sous de nobles carosses et des véhicules de l’industrie nucléaire dans des quartiers en pleine restructuration. Des voitures de luxe brûlent parce que les propriétaires chassent ceux qu’on appelle la classe inférieure à travers l’augmentation des loyers et avec leur monoculture coûteuse. Des véhicules Vettenfall ou Siemens brûlent à cause des Castortransporte. Le bilan que nous tirons du débat militant, ce sont des actions par rapport aux rares mobilisations qui restent. Les Castor, la loi Hartz 4 (1), les organes répressifs et le G8 ont, en tant qu’objectifs, une importance sociale. (...) Que crève l’Allemagne ! Faisons couler Mediaspree (2) ! Stopper les transports de déchets !

Des vandales sans nom»

Ndt :

1. Ces mesures promulguées par le gouvernement Schröder s’appuyant sur Hartz, ancien chef du personnel de Volkswagen, s’attaquent aux chômeurs avec des radiations au moindre prétexte, des réductions d’allocations, l’obligation d’accepter n’importe quelle offre d’emploi, même si cela nécessite de déménager, un encadrement social approfondi. Malgré une forte contestation, des manifestation d’importance et des actes suicidaires (en novembre 2004, un chômeur s’est fait exploser dans sa bagnole avec une bonbonne de gaz devant l’ANPE de Bietigheim-Bissingen), on a notamment vu se mettre en place les jobs à un euro de l’heure (indemnité sociale plus un euro de l’heure travaillée pour l’employeur) ou la perte de tous les droits.

2. Sur les bords de la Spree, des investisseurs ont décidé de développer le futur quartier des médias et des prestations de services à Berlin. Bureaux, lofts et nouveaux bâtiments high tech viennent côtoyer les quartiers anciennement populaires mais largement boboïsés depuis la réunification de Friedrichshain et de Kreuzberg. C’est ça le Berlin du futur !

• Octobre, Lichtenberg : Des voyous ont incendié deux voitures de patrouille de police

Vers 3 heures du matin, ces deux véhicules, garés dans la rue Weitling à Lichtenberg (Berlin), ont entièrement cramé. Les deux voitures ont été complètement détruites, les dommages s’élèvent à des dizaines de milliers d’euros. L’attaque n’a pas été revendiquée.

Attaquer le sommet du G8 à Heiligendamm !

• Le 28 août 2006, des pierres et de la peinture ont été lancées sur la maison du Ministre-Président du Land de Mecklemburg-Vorpommern. Les gens qui mettent d’autres personnes dans des camps dans des conditions de merde et les expulsent brutalement ne doivent pas non plus pouvoir dormir tranquilles. C’est la raison pour laquelle nous avons caillassé et peinturluré la maison de Harald Ringstorff à Weisse Krug, Am See Straße 1.

En tant que Ministre-Président durant deux législatures, Ringstorff est responsable de la création de camps pour réfugiés dans le Land de Mecklemburg-Vorpommern. En particulier de ce qu’on appelle les “foyers de la jungle” comme Parchim-Tramm qui ont fait la une des journaux nationaux à cause des conditions inhumaines qui y règnent. La plupart de ces camps n’ont été fermés qu’à la suite d’une longue et intense lutte des réfugiéEs. Mais, contrairement aux accords et promesses de la coalition SPD/PDS [Parti communiste d’ex-Allemagne de l’Est reconverti] au pouvoir dans la région, tous ces camps n’ont pas encore disparu. Comme avant, on oblige les réfugiés à vivre de manière isolée et très réglementée dans des conditions dégradantes. Aujourd’hui, la lutte se concentre sur deux points : le Zentrale Erstaufnahmeeinrichtung (office central de premier accueil) et le Ausreisezentrum (centre de départ) de Horst. Au cours de l’été 2005, le gouvernement de région s’est entendu sur le fait que devaient y être concentrées toutes les personnes expulsables à moyen terme. Il s’agit donc de centres d’expulsions comme il en existe à Bramsche/Niedersachsen. A partir de l’automne 2006, Horst doit en outre servir de “Zast” et de camp de départ au Land de Hambourg. (...)

Nous tenons à saluer l’initiative des camarades de Berlin qui, en avril, ont attaqué la centrale allemande de l’OMI (Office International des Migrations). Dans leur déclaration, ils évoquaient le régime meurtrier des frontières de l’Union Européenne et les liens étroits entre la guerre, l’oppression impérialiste [sic] et des organisations comme l’OMI. (...) Il y aura d’autres actions contre les responsables et les lieux de l’oppression impérialiste, raciste et capitaliste. Les hôtels, les restaurants et les organismes de tourisme de Mecklemburg-Vorpommern devraient y réfléchir à deux fois avant de participer au spectacle de la domination du G8 en juin 2007, car cette région ne fait pas du bien à tout le monde.

Fermeture du camp de Horst et de tous les autres !

Pour une journée d’action globale fermement anti-raciste [et re-sic], le 7 octobre 2006 et une grosse action de lutte un jour avant le début du sommet en juin 2007 !!

PDS “Peuple de Seattle”, participantEs à la campagne militante contre le G8 à Heiligendamm

[Traduit de l’allemand. Tiré d’Interim n° 641, 14 septembre 2006]

Attaquer celles et ceux qui profitent du système des camps

• « Les raisons d’attaquer la AWO [Arbeiter Wohlfahrt, Aide sociale aux travailleurs] sont nombreuses, et différents groupes l’ont déjà fait.

Le 5 octobre 2006, nous avons lancé de la peinture contre son siège berlinois. Nous voulons ainsi attirer l’attention sur la journée d’action internationale du 7 octobre contre le système de camps racistes et nous solidariser avec les luttes contre les camps de réfugiés ici et avec les luttes pour la liberté de circulation en Europe et dans le monde entier.

L’AWO est une association caritative qui a inscrit la justice sociale sur son fronton mais qui ne tire pas moins profit, comme d’autres associations telles que Caritas ou la Diakonie, de la suppression des acquis sociaux et de l’aggravation de la situation des salariés (avec les jobs à 1 euro par exemple) ou de la mise en place répressive de la politique de droit d’asile raciste en Allemagne. En effet, l’AWO est en charge d’installations comme les foyers ou ce qu’on appelle les “centres de départ”. Elle est ainsi une prestataire de services du secteur social organisée de manière capitaliste. Ses orientations ne sont donc pas fixées selon les besoins humains, mais pour optimiser ses profits.

Ici, à Berlin, l’AWO gère non seulement des foyers dans les pires conditions mais aussi, en partenariat avec l’office régional de la Santé et des affaires sociales, un soi-disant “centre de départ” sur le terrain de la Zast [centre de réception et de transit] dans la Motardstraße 101 à Berlin Spandau.

C’est ce qui a motivé notre action. “Centre de départ” est pour nous un euphémisme pour une installation où des demandeurs d’asile et des personnes tolérées sont obligées d’aller. C’est pourquoi nous emploierons désormais le terme de camps de rétention. En réalité, séjourner dans un camp de rétention signifie attendre l’expulsion et, pour les personnes qui vivent en RFA depuis des années, être jetées de chez elles hors de leur environnement pour être placées dans des logements dignes de camps.

Là, on tente d’obtenir d’elles le “départ volontaire” en les privant de toute intimité, de toute auto-détermination, ainsi que par des interrogatoires incessants, des contrôles effectués par le personnel du camp, une pression psychique continuelle et le manque de soins médicaux. A cet effet, il y a aussi souvent à l’intérieur du camp un poste de l’office des étrangers ou d’une autre administration chargée de conseiller sur le “départ volontaire”.

Le “départ volontaire” est un pan du contrôle de l’immigration qu’ont développé l’OMI (Office des Migrations Internationales) et la SWP (Stiftung für Wirtschaft und Politik : Fondation pour l’Economie et la Politique, think thank du gouvernement allemand) et mis en place avec la coopération des ambassades et des associations caritatives. Ainsi, les expulsions relativement coûteuses doivent-elles être remplacées par une incitation au départ imposée dans les camps ou tout du moins facilitées par la concentration des personnes à expulser. (...)»

• «Dans la nuit du 22 au 23 octobre 2006, nous avons mis le feu au siège de la DAL (Deutsche Africa-Linie) située an der Palmaille à Hambourg. Nous voulons par cette action rappeler les racines coloniales de la domination et de l’exploitation actuelles et rappeler que l’histoire coloniale allemande se retrouve aujourd’hui dans le racisme social quotidien.

La DAL, anciennement Woerman-Linie, s’est enrichie au XIXe et au début du XXe siècle en pillant les colonies allemandes d’Afrique et en participant à la guerre et au génocide en Namibie. (...)»

[Traduit de l’allemand. Tiré d’Interim n°644, 9 novembre 2006]


[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, pp.22-23]