A propos des compagnons
et amis de l’Athénée Anarchiste Angela Fortunato


Le 23 janvier 2006 à l’aube, l’Athénée Anarchiste “Angela Fortunato” de Buenos Aires a été investi par la DDI de Avellaneda, au cours d’une opération conjointe avec la division de vols et délits de la police fédérale. D’autres perquisitions ont également eu lieu aux domiciles de quatre compagnons. C’est donc à cela qu’a abouti la dénonciation faite à la police par une personne un moment proche d’un des compagnons et ainsi que s’est conclue une spirale répressive qui s’intensifiait depuis déjà quelques temps.

Suite à cette opération, deux compagnons ont été incarcérés dans un camp de concentration de sécurité maximale de la Province de Buenos Aires et un troisième compagnon est recherché, car il ne se trouvait dans aucun des domiciles perquisitionnés.

Sur l’athénée, on peut dire qu’il comprenait un centre de documentation, une bibliothèque, des archives, et que tout au long de ces trois ans d’existence s’y sont déroulées diverses activités et initiatives, généralement en rapport avec la répression sur toute la planète et pouvant aller de projections de vidéos à des débats et discussions, jusqu’à des manifestations et autres activités pratiques.

Tout ceci a attiré l’attention des forces de l’ordre qui ont commencé, d’abord timidement puis ostensiblement, à harceler les personnes qui s’y trouvaient, en les observant depuis les célèbres Ford Falcon (typiques de la dictature) garées pendant des heures devant le local, en les filmant des mêmes voitures, en suivant les compagnonNEs jusqu’à faire des irruptions nocturnes sous n’importe quel prétexte, et en mettant leur téléphone sur écoute. Tout ceci a généré un climat d’inquiétude et de persécution. Ce contexte n’était pas facile pour les compagnonNEs qui ont décidé de continuer.

Finalement, la plainte de la personne mentionnée implique directement trois compagnons pour leur participation supposée à un braquage, et au cours de la série de perquisitions, l’argent dont nous disposions pour le local a été “saisi”. Les arrestations, la large répercussion médiatique, la confusion initiale et les craintes logiques ont déterminé la fermeture du local ainsi que le silence que nous avons gardé jusqu’à aujourd’hui, mis à part le communiqué dans lequel nous annoncions la fermeture du local.

Pour ce qui est des compagnons incarcérés, ils viennent d’être jugés en première instance et condamnés à 10 et 11 ans de prison. Le troisième compagnon, qui à ce moment là s’occupait de la Cruz Negra Anarquista (ABC), est toujours en fuite et recherché. Les perquisitions n’ont pas apporté de preuves concrètes liées à ce qui leur est reproché, mais on a saisi chez lui un important matériel de propagande et des photos, ainsi que le disque dur de son ordinateur.

Si aujourd’hui nous rendons tout cela public, c’est pour étendre la solidarité avec les compagnons et amis emprisonnés à la suite de cette manœuvre policière, notamment parce que, n’étant pas détachés de la réalité, leurs maigres ressources économiques ne leur permettent pas de faire face à la situation.

Par ailleurs, il est très important pour tous et toutes que s’ouvre un débat sur la solidarité, ici et maintenant, avec ceux qui subissent les coups de la répression.

Nous terminons pour le moment en exprimant notre solidarité aux compagnes et compagnons réprimés et poursuivis, et en saluant celles et ceux avec qui nous partageons le chemin.

Le 30 septembre 2006,

Quelques compagnes et compagnons anarchistes de l’Athénée “Angela Fortunato”

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En 1922, les troupes du colonel Varela vont au bordel après avoir fusillé près de 1500 ouvriers au cours des conflits agitant la Patagonie subversive d’alors. En ces terres marquées par l’horreur, alors que le vent porte encore l’odeur du sang, les cinq femmes travaillant dans le bordel la Catalana de San Julian reçoivent les soldats à coups de balais et de bâtons, au cri de «jamais nous ne coucherons avec vous, bande de lâches et d’assassins!». Bien sûr, on les arrête et les enferme, mais l’anecdote raconte qu’elles seront finalement libérées, de peur que cet épisode ne se diffuse. Angela Fortunato fut l’une d’elles.

«Présentation de l’Athénée A. Fortunato», extrait de Recueil de textes argentins (2001-2003), ed. Mutines Séditions, novembre 2003, p.36

[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.37]