Oaxaca, la révolte, ses souteneurs et ses récupérateurs

Nous avons commencé à nous intéresser à cette révolte le lendemain du 14 juin, lorsque les habitants de cette ville venaient de se solidariser avec la grève des instituteurs en repoussant victorieusement les assauts des 3000 flics contre le Zocalo, la place centrale de Oaxaca. Les événements se sont ensuite enchaînés, de manifestations en prises des médias locaux, de barricades en incendies, de blocages des bâtiments officiels en fêtes de rues (cf. CS 90, pp.37-38). Les rares autres attentions qui s’exprimaient alors au cours de ces mois d’été où les militants prennent leurs vacances se réduisaient surtout à la grève des instits et à leurs revendications (comme «des chaussures pour tous les enfants»), ou aux nombreux assassinats, disparitions et incarcérations. La plupart des tracts appelant à des rassemblements oscillaient entre le misérabilisme syndical et la mise en avant de victimes innocentes (par définition).

Peu surpris par le peu de considération du caractère parfois pré-insurrectionnel de la révolte de Oaxaca de la part des souteneurs professionnels des luttes (surtout lorsqu’elles sont loin), c’était sans compter la nuée de vautours qui s’est ensuite emparée du sujet. Des adeptes du clown masqué Marcos aux gauchistes de tout poil, chacun y est allé de son communiqué. Mais si on a alors pu assister (comme dans d’autres pays) à plusieurs rassemblements et occupations de solidarité, ce fut bien souvent en appuyant les récupérateurs de la révolte : plutôt que la solidarité avec les insurgés de Oaxaca, c’est le soutien à l’APPO qui a fleuri. Plutôt que de chercher à créer des liens avec les révoltes de ce côté-ci, c’est au contraire la longue litanie des victimes de l’Etat mexicain et le silence des médias (comme si ce n’était pas leur travail que de braquer leurs projecteurs en fonction des seuls intérêts de leurs maîtres !) qui ont été mis en avant.

Nous avons donc choisi de publier d’une part le texte de compagnons mexicains et de Lapierre (malgré nos réserves sur certains de ses propos) à propos de l’APPO, et d’autre part deux témoignages sur place, pour à la fois prendre en compte la complexité de ce qui se passe à Oaxaca et lancer les éléments d’une complicité avec ses mutinés.


[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.26]