Après que l’enquête d’utilité publique ait été bouclée, les travaux préparatoires à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires EPR ont commencé à Flamanville (Manche). Parallèlement à ce nouveau monstre, est en route un projet de ligne à très haute tension (THT) qui doit acheminer l’électricité de ce futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville vers le sud pour la raccorder au réseau. Il s’agit de construire une ligne double à 400 000 volts sur environ 150 kilomètres, entre Périers dans la Manche jusqu’à la ligne Rennes/Le Mans.

Si le tracé définitif n’est pas encore décidé, RTE (le gestionnaire de la ligne) commence déjà à draguer les élus, tandis que des géomètres devraient pointer leur nez. Bien entendu, les partis de gôche (Verts en tête qui par leur absention ont pourtant permis au conseil régional de Basse-Normandie de voter une motion favorable à l’EPR, tout comme ils soutiennent le TGV Lyon-Turin) et les citoyennistes comme le Réseau Sortir du Nucléaire ou la Confédération Paysanne basent tout sur les recours juridiques et les prochaines échéances électorales.

Plusieurs manifestations locales anti-THT ont déjà eu lieu, fin juin à Laval (2000 personnes), le 29 juillet à St Lô (300 personnes) et le 28 octobre à St Hilaire du Harcouët (3500 personnes). A cette occasion, les compagnons du CRAN nouvellement créé à Caen ont distribué le tract ci-contre, proposant une autre approche de la lutte dans le coin.


Contre la société nucléaire, contre les T.H.T.

Prenons nos luttes en mains


Suite à l’annonce de la construction de nouveaux réacteurs EPR à Flamanville, de nouvelles li­gnes EDF « très haute tension » (THT) vont être construites dans le bocage normand et mayennais pour joindre la centrale nucléaire de Flamanville au réseau national et breton. Ces lignes nous semblent à plus d’un titre dangereuses, mais au delà c’est bien la relance du pro­gramme nucléaire qui est néfaste, ainsi que le monde et la société qui l’accompagnent.

Les T.H.T. sont dangereuses. Les effets des champs électroma­gnétiques sur notre santé et celles des animaux sont aujourd’hui largement connus. Notamment avec les leucémies infantiles. El­les sont destructrices de la faune et plus particulièrement du bé­tail. Ce n’est pas pour rien que RTE et EDF proposent des dé­dommagements. C’est là le prix du silence. Le même prix qui fait taire les nord-cotentinois achetés à coup d’argent atomique.

Lutter contre les T.H.T., c’est lutter contre l’EPR à Flaman­ville et ailleurs, et contre la société nucléaire en général. Le nucléaire et le monde dans lequel il prolifère est dangereux. Dangereux par les désastres environnementaux et sanitaires qu’il génère, de Tchernobyl à Cherbourg. Dangereux par la proliféra­tion de l’arme atomique qu’il abrite. Dangereux par l’exploita­tion de l’Afrique Noire (comme l’exploitation des mines d’ura­nium au Nigéria) et de ses dictatures qu’il entretient et par la so­ciété policière de contrôle qu’il participe à développer. Ainsi de­puis quelques années, un certain nombre de simulations d’acci­dents nucléaires ont servi de laboratoire aux gestions autoritaires des foules qui ne manqueront pas de s’imposer en temps de catastrophes écologiques majeures ou de crises sociales importan­tes.

Le nucléaire passe toujours en force, et ce depuis sa création parce qu’il est l’une des faces des sociétés capitalistes contem­poraines. C’est ainsi qu’il s’est développé au cours des années 70 en France. A coup de CRS contre les populations locales. Et le voile démocratique dont les nucléocrates d’EDF, AREVA ou RTE se parent ne doit pas nous illusionner. Il n’y a pas de nu­cléaire citoyen, pas plus que de nucléaire durable. Ils ont déjà décidé pour nous et ne plieront que devant notre propre détermination.

C’est pour cette raison que nous ne pouvons laisser la lutte entre les mains des marchands de rêves qui nous promettent que 2007 et les présidentielles arrêteront le programme nu­cléaire, ou ceux qui, comme entre autres les Verts, jouent double jeu comme au Conseil Régional de Basse-Normandie, où leur abstention a permis à une motion pro-EPR de passer... ce n’est pas en négociant que l’on obtiendra quoi que ce soit, mais en s’organisant pour inverser le rapport de force par la lutte et l’ac­tion directe : la manifestation, les occupations de sites, les sabo­tages, les perturbations de réunions...

CRAN@no-log.org

[Tract distribué le 28 octobre 2006 à la manifestation de St Hilaire du Harcouët (Manche)]

Le Collectif Radicalement Anti­-Nucléaire (CRAN)

Nous nous sommes organisé-e-s en collectif depuis peu. Nous sommes principalement caennai-se-s. Pour certain-e-s d’entre-nous la lutte anti-nucléaire n’est pas nouvelle. Nous étions un certain nombre par exemple à orga­niser un espace autonome avec la coordina­tion contre la société nucléaire au sein du Vil­lage Alternatif Autogéré et Anti-Nucléaire d’avril dernier à Cherbourg.

Nous nous sommes réuni-e-s autour d’un pro­jet commun contre le nucléaire et la société dans laquelle il se développe. Pour affirmer notre refus du nucléaire et de ses désastres quotidiens de la Biélorussie à Cherbourg. Pour dénoncer la prolifération de l’armement nucléaire et le développement de la société de contrôle social et policier qui lui sont intime­ment liés. Pour s’opposer à la dictature de son armada d’experts et l’expropriation de nos propres vies qui s’y déploient. Egalement pour remettre en lumière le lien entre nucléaire et capitalisme et insister sur la nécessi­té de rompre avec la notion de développement fut-il durable...

Nous nous sommes réuni-e-s également au­tour de pratiques communes :1’action directe contre les nucléocrates et leurs entreprises de destruction du vivant, le refus des logiques électoralistes et du fétichisme organisationnel (politique ou syndical), la réappropriation de l’histoire de la lutte antinucléaire, à travers la réédition de textes anciens ou plus récents, l’échange d’infos et d’analyses sur la question du nucléaire.

Toute notre énergie sera pour vous !


[Extrait de "Cette Semaine" n°91, décembre 2006, p.5]