Chili :
Jours de furie, nuits de rage


Le 29 mars, “Día del Joven Combatente” *, est un jour traditionnel d’affrontements dans la capitale depuis de nombreuses années. En 2007, il fut plus intense que d’habitude, conduisant à 294 personnes arrêtées (quasi toutes mineures), mais aussi à 38 flics anti-émeutes blessés, dont deux gravement.

On a compté de grandes barricades dans la capitale, des destructions, et comme souvent des molotovs et des pierres face aux keufs dans la zone Alemada, entre Plaza Italia et Ruta 5 Sur, la station de métro Los Héroes et le quartier du Cerro Santa Lucía.

A noter la juge Gloria Ana Chevesich, qui s’est fait caillassée dans sa luxueuse caisse et en est restée traumatisée, l’attaque de la gare Mapocho et du commissariat de Cerro Navia par cinquante enragés.

* Le 29 mars 1985 lors de manifestations contre Pinochet, les frères Vergada Toledo furent arrêtés puis exécutés. Depuis, cette date est le Jour du jeune combattant, occasion chaque année de durs d’affrontements dans la rue et même de tirs contre les keufs en périphérie de Santiago.


Les rues du centre de Santiago et de tant d’autres villes ont été perturbées par le combat de rue de centaines de jeunes et par la destruction intempestive de la propriété privée, le saccage et le vandalisme, tandis que la périphérie s’est montrée rebelle et furieuse, déchargeant sa haine contre les flics et les journalistes répugnants. Tous sont des prolétaires dégoûtés de leurs vies routinières. Que nombre de ces rebelles n’interrogent pas le petit confort de ce monde et son existence inutile est parfois vu comme un mauvais présage pour la lutte de classe.

Et pourtant, les choses sont comme cela pour le moment, et de toute manière on a vu un accroissement des conflits sociaux et des actions d’une plus grande radicalité, dont l’exemple le plus récent fut tous les combats de rue qui avaient pour racine le mécontentement et la rage face au dénommé “Transantiago”. Une preuve de plus de la tentative de la bourgeoisie de capter la totalité du temps des exploités et d’imposer de façon violente l’usage de la voiture et l’individualisation du transport. Mais ce n’est pas passé, et ça ne passera pas tant que les prolétaires descendront dans la rue pour exprimer en actes leurs vies de merde et leur rage, avec leurs corps, leurs pierres et leurs balles.

Que pouvons nous espérer de cette révolte ? Tout. Parce que si nous n’en pouvons rien espérer, autant se contenter des revendications de salaires dignes, d’une éducation publique de qualité ou du transport gratuit [allusion aux revendications réformistes des gauchistes des derniers mouvements sociaux], le tout géré par l’Etat, et retourner s’asseoir à la maison pour regarder tranquillement la télévision.

Si les caillassages, les pillages, les coups de feu et les affrontements à base de molotovs et de pierres ne sont pas étrangers à ce jour-là, ni à la révolte, ils sont aussi après des siècles d’exploitation et de lutte des actes qui montrent la rage de tous les exploités en furie. La réalité n’est pas la réalité des médias, qui nomment lumpen, vandales ou délinquants les protagonistes de ces conflits, les excluant ainsi de cette réalité de combat de classe, disant qu’elle ne leur appartient pas. Ils oublient que l’intensification des conflits et la création de ces combattants, c’est la classe elle-même qui les produit, et que ceux-là mêmes qu’ils appellent lumpen, vandales ou infiltrés [dans les manifestations encadrées] et ces actes qu’ils nomment destruction, pillage ou violence sont une conséquence de la situation sociale.

Les médias de non-communication, idiotiseurs mentaux des personnes, créateurs de la soi-disant opinion publique, génèrent une pensée conformiste sur les émeutes et leurs conséquences, afin d’appeler à une condamnation hystérique de chaque acte de violence contre la police et ses blindés, ceux-là mêmes qui peuvent faire éclater et détruire un corps rien qu’en le touchant. Et pourtant ils s’horrifient d’un jet de pierres !

Ces mêmes médias qui ne se gênent pas pour tendre la main aux curés pédophiles et aux militaires assassins, sont les premiers à montrer du doigt et de la caméra tout ce qui brise l’ordre social, parlant de la délinquance comme d’un phénomène séparé des conflits sociaux, créant cette fausse dichotomie délinquance/société. Ce mensonge est une falsification typique de la société du spectacle, car les effets de la dite délinquance ne sont qu’une contradiction de plus de cette société malade qui voudrait justifier chaque chose à partir des seuls paradigmes de ses responsables ou de ses pompiers moralistes.

(...)

Parce que chaque jour est un jour de combat contre l’Etat et le Capital,

Contre l’existant, ses défenseurs et ses faux critiques,

Guerre sociale !

[Traduit de l’espagnol. Extrait d’un texte reçu du Chili le 10 avril 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.40]