Argentine :
Cinq ans après... vengeurs et vigilants

Le 20 décembre dernier, fut le 5e anniversaire de la révolte populaire qui ce mois-là, bien au-delà des appareils politiciens et des intérêts égoïstes de la classe moyenne supérieure, a créé pour les gens une nouvelle manière de comprendre leurs propres affaires. Ainsi, se produisirent un peu partout des assemblées de quartier, des blocages de route, des saccages de supermarchés, des occupations d’usines, des barricades coupant la route, des occupations d’immeubles et de terrains et un rejet de la classe politique dominante.

Le temps, l’intromission des partis, l’ingénuité de croire en la rénovation d’une classe politique auparavant houspillée et les limites de ses consignes réformistes ont fait que tout continue comme avant, ou pire encore, que l’Etat encourage l’idée de libre participation citoyenne et d’espaces soi-disant autonomes.

Comprenant cela et loin de toute interprétation folklorique de cette date, pas non plus prêts à se joindre à la procession menée par les partis de gauche dont le degré de responsabilité dans notre misère quotidienne est égal à celui des autres, un bloc anarchiste a décidé de mettre en pratique ce qui se clame tant dans certains périodiques et qu’on ne voit jamais : l’action directe.

Pas moins de 40 compagnons (anarchistes ou non) ont attaqué divers symboles du capitalisme et de la démocratie pacificatrice avec lesquels ils prétendent nous tenir en respect (Banco Provincia, Banco Francés, Banco HSBC, les magasins McDonald’s et El Cabildo, une antenne de la chaîne de télévision TELEFE, l’assurance Franco-Argentina, etc...), produisant également des affrontements avec les forces de police, et cinq de ces serfs du pouvoir ont fini à l’hôpital.

Comme d’habitude sont apparus les «flics du mouvement». Cette fois ceux qui se sont chargés de cette tâche navrante furent les militants de la CCC [maoïstes du PCR-PTP], mais on ne peut pas dire qu’ils ont réussi à accomplir leur devoir. La détermination et le courage des compagnons leur a fait savoir que nous ne sommes pas tous prêts à nous vendre pour les miettes du pouvoir en place.

La révolte qui a explosé en décembre 2001 signifie pour beaucoup d’entre nous un avant et un après, une réaffirmation de nos valeurs et nos pratiques anarchistes.

A présent, qu’ils ferment leur gueule ceux dont les partis ne cherchent que des militants, faire de la propagande, des votes, etc. et qu’ils cessent de diffamer les compagnons qui ont agi avec leurs principes. Des compagnons qui ont compris qu’il ne peut y avoir de différence entre théorie et pratique, que le reste n’est que pur cynisme de libre-penseurs, pure pose «libertairement correcte», des compagnons qui ont compris qu’on peut agir, que cela dépend de nous, et que les morts, nos morts, seront vengés.

Pour que la prochaine fois les entreprises capitalistes soient rasées par centaine, de même que les antennes de la presse bourgeoise (cette presse qui manipule en fonction des intérêts de ses patrons et qui se permet de pester contre ceux qui décident reprendre ce qui leur appartient, de toutes les manières, en les appelant dégénérés, fous, malades, etc.), pour que les policiers soient envoyés à l’hôpital par centaine (et qu’ils n’en sortent qu’en cercueil) et pour que cette fois oui, ils s’en aillent tous et qu’il n’en reste pas un (mais après nous avoir rendu des comptes, à nous l’ensemble des exploités de son ordre économico-politique).

Pour les morts, pour nous et ceux qui viendront, nous sommes là...

Pour l’anarchie !

[Traduit de l’espagnol. Tiré de Motin n°5, bulletin de la CNA de Buenos Aires, novembre/décembre 2006, p.2]


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.32]