Notre colère est trop sérieuse pour leur bulletin de vote

La croyance selon laquelle les élections peuvent changer la vie est morte depuis bien longtemps. Pour beaucoup de ceux qui participent encore, le vote s’apparente au rituel annuel de la déclaration d’impôt : on voudrait pouvoir payer le moins cher possible. D’où vient alors que ce résultat du premier tour une nouvelle fois nous plombe ? Un quelconque journaliste d’un non moins quelconque journal nous donne la réponse : «Ce fut une double victoire : celle de la démocratie sur elle-même ; et contre ses extrêmes. Donnant l’image d’un pays serein, citoyen, qui redécouvre la politique, qui se réapproprie l’élection présidentielle et montre, par là même, sa volonté de se réapproprier son destin».

Les politiciens et les médias se gargarisent : la “victoire” de la démocratie, c’est la restauration de leur pouvoir. Ne nous y trompons pas : la bourgeoisie n’a jamais eu besoin d’être légitimée pour enfoncer nos têtes sous l’eau. Mais, ces dernières années, l’abstention, les scores ridicules des partis de gouvernement, les voitures et les permanences qui flambent, ça commençait à la foutre mal. Alors, rien de mieux qu’un taux de participation bien fort pour occulter la guerre contre les pauvres, les Rmistes, les squatteurs, les sans-papiers et contre tous les réfractaires bat son plein.

Quant à la chute du FN, on voudrait presque nous faire croire que le racisme et la haine se sont évaporés comme par magie. Ceux qui professent des leçons de civisme sont bien souvent ceux qui votent par procuration pour profiter du week-end dans leurs résidences secondaires en Sologne. Pour notre part, si nous savons que les mots ne tuent pas, nous avons par contre appris que pour un mot de trop face aux flics, on mange des coups, de la gardav’ et une condamnation pour outrage et rébellion.

Quand, dans nos quartiers, les voisins sont raflés ; quand des camarades se retrouvent en procès pour avoir refusé le fichage ADN suite à une “banale” arrestation ; quand des manifestants arrêtés au cours d’un rassemblement contre un meeting de Le Pen prennent du ferme, nous n’oublions pas.

Nous n’oublions pas que l’Etat tente d’instaurer un climat de terreur autour de tous ceux qui, délibérément ou sous la contrainte, mènent leur existence dans les marges de la légalité. Nous n’oublions pas que le terrain du fascisme rampant a été préparé par des années d’une politique désastreuse pour les classes populaires [sic].

Mais, des émeutes de novembre 2005 au mouvement contre le CPE, de Gare du Nord à Rouen, un vent de fronde s’est levé. Selon un pertinent expert, «le recours à la rébellion se révèle de plus en plus fréquent. Par ailleurs, on constate également que, en cas de révolte, des réflexes de solidarité se mettent en place.»

Quand l’ennemi nous donne la marche à suivre...

[Affiche trouvée tout début mai 2007 en banlieue parisienne]


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.2]