Fin de campagne

Samedi 5 mai

Paris. Dans la nuit, 34 voitures sont incendiées dans les 3e, 5e, 10e, 13e et 18e arrondissements. Dans le 5e, c’est notamment un véhicule des keufs qui a cramé rue Vauquelin. Ca avait déjà été le cas la veille du premier tour.

Dimanche 6 mai

730 voitures incendiées, 78 policiers et gendarmes blessés et 592 manifestants interpellés dans tout le pays.

Lyon. 500 manifestants partent en manif sauvage dans le centre-ville puis se rassemblent place Bellecourt. Ils se dirigent ensuite vers le pont Wilson qui surplombe le QBoat, bateau où les militants UMP font la fête. Il se prend bouteilles, pierres et barrières, tandis qu’au cours qu’une brève échauffourée sur les quais, un militant UMP est balancé dans le Rhône. Une vingtaine de magasins pillés et ravagés, 54 voitures cramées, 10 flics blessés et 34 interpellations. Le lendemain, deux manifestants se prennent 6 et 3 mois fermes.

Toulouse. 2500 manifestants se retrouvent place du Capitole, où les drapeaux tricolores sont décrochés de la mairie pour être brûlés. C’est ensuite le siège de l’UMP qui est caillassé. Des groupes mobiles dressent des barricades, notamment celle de l’avenue Alsace-Lorraine qui est enflammée. Plusieurs vitrines tombent aussi avant que les affrontements ne prennent fin vers 1h30 du matin. Une cinquantaine de voitures sont incendiées dans les quartiers de La Reynerie et Bellefontaine, en périphérie, et dans celui d’Empalot, proche du centre. Une école à Bellefontaine, à Toulouse, et une autre à En-Jacca, à Colomiers ont subi des dégradations liées à des incendies de voitures et de poubelles. A quoi il faut ajouter l’incendie d’une maison de quartier à Colomiers, et d’une pièce d’un centre social à Empalot. 31 interpellations.

Lille. Affrontements sur la Grand-Place et à Lille-Sud. Une soixantaine de feux de mobilier urbain et véhicules. 70 interpellations.

Clermont-Ferrand. 200 manifestants. Jets de bouteilles et pierres en direction de la terrasse de la Taverne Kanterbrau, une brasserie de la place de la Victoire où des militants de l’UMP fêtaient l’élection de Sarkozy. Un jeune homme a été légèrement blessé à la tête. Par ailleurs, un molotov a endommagé le commissariat. 8 véhicules ont brûlé dans le Puy-de-Dôme.

Montpellier. Légers heurts entre des forces de police et les 200 manifestants anti-Sarkozy rassemblés devant le siège de l’UMP où une fête était organisée pour célébrer l’élection de Nicolas Sarkozy.

Dijon. 300 manifestants se rassemblent place de la Liberté, en face de la mairie, puis partent en manif sauvage vers la place Wilson et bifurquent avant vers le local de l’UMP. Peu après c’est la charge des CRS, les barricades et le centre-ville. La vitrine d’un Hugo Boss tombe, puis c’est une banque et le McDo qui sont attaqués, un drapeau tricolore est en flamme. 3 interpellés.

Nantes. 700 manifestants se rassemblent, qui finissent cours des 50 otages et à Bellamy. Place Viarme, les chapiteaux de la brocante sont incendiés et les banques attaquées. Au cours de cette soirée, des véhicules, vitrines de magasins, du mobilier urbain ou encore des poubelles ont été brûlés ou saccagés par les manifestants. 37 voitures ont été incendiées dans toute l’agglomération, deux flics ont été blessés par des jets d’acide et 26 manifestants interpellés.

Caen. 1000 manifestants se réunissent place du Théâtre. La manif sauvage se rend près du Port vers le siège de l’UMP. Jets de canettes et d’objets divers contre lacrymos et coups de matraques en règle. Du mobilier urbain est démonté à l’arrache pour servir de projectiles. De petits groupes mobiles et inventifs passent à l’offensive. Un bilan fera état de dégradations, bris de vitrines, voitures endommagées et d’une tentative d’incendie de la permanence UMP. 4 flics blessés.

Grenoble. La manif se forme place Félix Poulat et se dirige vers la préfecture. Bloquée, ce sont jets de pierre contre flash-ball et la manif repart vers le centre-ville, où des poubelles sont renversées, des vitres de banques, des panneaux de pub, des guichets sont fracassés. Vers 23h, la manif repars vers Gambetta : vitres de banques brisées, voitures retournées, feu de poubelles, bouteilles, pavés contre les flics... et molotovs. 91 voitures incendiées en Isère et 14 interpellés.

Bordeaux. 2000 personnes se rassemblent place de l’Hôtel-de-Ville, partent en manif sauvage dans le centre-ville et terminent place de la Victoire. Pavés contre flash-ball et lacrymogènes. 18 interpellations, plusieurs flics blessés (dont un suite à un pavé dans la gueule).

Rennes. Manifestation qui fait un tour dans le Blosne, au sud, et repart vers la place de Bretagne. Sur le quai Lamennais, au cœur de la ville, toutes les vitrines sont méthodiquement fracassées, les manifestants démontent des bancs d’arrêts de bus pour s’en servir comme projectiles. Vitrines défoncées jusqu’au boulevard de la Liberté et au quai Lamartine. Les derniers affrontements finissent place Ste Anne à 3h30 du matin. 12 voitures incendiées, 9 interpellations. Deux personnes condamnées à 2 mois ferme le lendemain.

Tours. 500 manifestants, des abribus endommagés.

Passy. Dans cette petite commune de Haute-Savoie, plusieurs voitures brûlent, tandis que les vestiaires et une partie du club de football sont incendiés. Le lendemain, c’est la salle des fêtes qui brûlera, et le 11 mai une partie de l’école primaire.

Marseille. 400 manifestants sur le Vieux-Port, qui tentent d’aller vers la mairie. Bloqués sur les quais, ils sont repoussés versle bas de la Canebière et c’est lacrymos contre jets de pierres et de bouteilles. Deux keufs blessés, 29 interpellations.

Brest. Occupation de la salle de la maison des syndicats, où les partisans de Sarkozy devaient fêter la victoire. Les 200 manifestants sont délogés par les forces de l’ordre et sillonnent alors la ville : les deux permanences de l’UMP, celle de Fortuné Pellicano et celle de Brest Renouveau, sont saccagées. Le mobilier urbain est détruit, des poubelles incendiées, deux vitrines du McDo de la rue Jean-Jaurès sautent.

Orléans. Manifestation de 250 personnes. Dans le quartier de La Source, affrontements avec les keufs qui se mangent notamment des molotovs. Le trafic du tram est interrompu par mesure de « sécurité ».

Paris. 2000 manifestants se retrouvent place de la Bastille. Rue de Charenton, c’est projectiles contre lacrymogènes. Des centaines de pavés volent depuis Bastille. Un photographe est gravement blessé dans la face. Boulevard Richard-Lenoir, une fourgonnette RATP est incendiée. Près du Port de l’Arsenal, les vitres de la brocante sont brisées, comme le matériel urbain. Après l’évacuation de Bastille, plusieurs centaines de manifestants se rendent vers la gare de Lyon, où plusieurs vitrines de magasins sont cassées (dont une compagnie d’assurances AMF et un coiffeur Franck Provost saccagé), des voitures renversées et une barricade enflammée. Les derniers abandonnent le combat vers 3h du matin par petits groupes mobiles. 33 flics et gendarmes blessés (trente gardes mobiles et trois civils), 35 voitures cramées et 79 interpellations.

Seine-Saint-Denis. A Pantin, un bus incendié au molotov et un véhicule de gendarmes attaqué de toutes parts. A Pierrefitte, la N1 est coupée 20 minutes, à Dugny tentative d’incendie de la cuisine centrale des écoles avec des voitures.

Essonne. L’école de La Lanterne et le centre d’action sociale incendiés à Evry, tout comme le complexe sportif à Gif/Yvette. 66 véhicules incendiés.

Val-de-Marne. Le local de l’UMP est saccagé à Champigny.

Lundi 7 mai

365 voitures incendiées et 160 manifestants interpellés dans tout le pays.

Caen. 800 manifestants. 17 interpellations.

Nantes. 400 manifestants bloquent les trois places de la ville (Commerce, Royale et Graslin). Sur la Quai de la Fosse mangent les premières vitrines, le tram est bloqué avec des barrières. Plus tard, allée Baco c’est un molotov qui vole contre une voiture de police et la manque. A Dervallières, une des vitres de la mairie annexe est brisée et un incendie commence. Les vitres du tribunal administratif sont brisées lors des affrontements. 23 voitures incendiées, 11 interpellations.

Toulouse. Une centaine de manifestants se réunit place du Capitole, mettant le feu à des poubelles, notamment contre la porte en bois de l’Hôtel-de-ville. Ailleurs dans la ville et les quartiers, 66 véhicules sont incendiés. Deux écoles sont visées par des tentatives d’incendie et de dégradations : Gallia, à Reynerie, et Daste, à Empalot. Trois keufs blessés par des jets de projectiles et 22 personne interpellées.

Tours. 300 manifestants.

Moselle. Un incendie criminel endommage un gymnase à Behren-les-Forbach. Un centre social de Forbach même avait subi un sort identique 24 heures tôt.

Lille. 250 personnes s’affrontent avec la police en centre-ville puis à Wazemmes, se monte une barricade rue des Postes avant de finir place de la Nouvelle-Aventure. De nombreuses vitrines mangent bien, des dizaines de véhicules sont incendiés (89 en tout avec l’agglomération). 14 bâtiments ont flambé dans la métropole lilloise, ici un garage (Faches-Thumesnil), là une maison désaffectée (Lille), et même un foyer social (Emmerin). 41 interpellations en tout (18 à Lille). Une crèche part en fumée à Wattrelos.

Rennes. Manifestation de 300 personnes, affrontements jusqu’à 3h du matin, vitrines brisées et neuf voitures incendiées. 10 interpellations.

Lyon. 200 lycéens improvisent une manif dans le centre-ville l’après-midi. 500 manifestants place des Terreaux le soir avant les affrontements. 98 voitures brûlées dans le Rhône.

Paris. Dès le matin, tentative de bloquer plusieurs lycées (Voltaire, Arago, Balzac, Rabelais, Paul-Bert) par certains des intéressés. 300 improvisent une manif sauvage entre Bastille, Nation et porte Dorée. Le soir, 500 manifestants se retrouvent place de la Bastille à partir de 20 heures. Deux heures après éclatent les premiers affrontements (des molotovs font partie du lot). Rue de la Roquette, du Chemin-Vert et avenue Parmentier, ce sont deux magasins pillés (dont un supermarché place Léon Blum) et 17 vitrines défoncées, sans compter le matériel urbain. Un scooter et quatre voitures sont aussi enflammés. Le gros de la manif sauvage se disperse avenue de la République où l’attend un fort dispositif policier, d’autres continuent, une partie finit à Bastille. 40 vitrines défoncées, 218 interpellations.

Mardi 8 mai

292 véhicules incendiés, 86 interpellés.

Lyon. L’après-midi, 500 personnes vont faire un sitting devant le Palais de Justice en solidarité avec les jugés des jours précédents. Vers 22h, un second cortège, sauvage, de 200 personnes part de la place des Terreaux vers Bellecour et ravage tout sur son passage (vitrines, mobilier urbain,...). Bloqué place de la République, c’est l’affrontement avec les forces de l’ordre. Plusieurs interpellations.

Villeurbanne. La permanence de l’UMP est incendiée par deux molotovs.

Lille. 200 manifestants.

Toulouse. Une soixantaine de manifestants se rassemblent dans la soirée place du Capitole. La concession Renault située au bout de la rue de Kiev dans le quartier du Mirail est incendiée. Une quarantaine de jeunes ont défoncé la cloture avec une voiture bélier avant de jeter des molotovs dans le hall d’exposition. 5 voitures et des bureaux ont été entiérement détruits.Plusieurs voitures ont été incendiées dans les quartiers périphériques de la ville.

Paris. 150 manifestants tentent de bloquer la place de la Bastille. Jets de pierres et de canettes.

Essonne. Affrontements à Grigny dans la cité de la Grande-Borne dès l’après midi. Petits groupes mobiles et molotovs. Un CRS blessé, deux interpellations. Le soir, un garage est incendié. A Montgeron, c’est l’école Hélène-Boucher qui crame.

Cette chronologie s’arrête-là pour des raisons de bouclage du journal.

[Pour la banlieue parisienne, nous n’avons pas précisé les « incidents » dans toutes les villes ni tous les incendies de voitures. Comme ces faits sont tirés des journaux et des agences de presse, elles sont à lires avec les précautions usuelles, comme les autres brèves du désordre].


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, pp.4-6]