Fins de manif’ agitées

TOULOUSE — heurts et lourdes condamnations

Dimanche 25 mars, face au meeting de Le Pen une manifestation donne au centre ville des airs d’insurrection. Les poubelles brûlent, des barricades bloquent les charges, ça canarde dans tous les coins, lacrymaux et flashball dans un sens, canettes et caillasses de l’autre, presque 4 heures durant.

Douze personnes sont interpellées le dimanche, raflées au hasard. Cinq seront relâchées le lundi, sept envoyées en cabane en attendant une comparution immédiate mercredi. En toute logique, elles auraient du être déférées le lundi mais les autorités ont préféré attendre la fin du délai légal de garde à vue et les mettre en dépôt à la prison de Seysses, histoire qu’elles passent au tribunal déjà détenues.

Mercredi 28, 14 h, l’entrée du palais de justice est filtrée par un cordon de gros flics. Quiconque a la gueule d’un manifestant ne passe pas le premier barrage et reste dehors sous la pluie, les caméras, les voitures. Dans le palais ça grouille de flicaille, ceux en uniforme et ceux informes de la BAC. Deuxième barrage, la salle est soi-disant pleine, ne passent que les journalistes, les flics et certains avocats. Le procès commence avec ¾ d’heure de retard.

Première charrette : deux femmes, un homme. Il passe en premier, un jeune prof de philo. On lui reproche des insultes du genre : « C.R.S. fils de bourgeois, enculés». Verdict : Trois mois avec sursis pour le jeune prof de philo. Deux filles passent ensemble, pourtant elles n’ont en commun que l’avocat commis d’office. L’arrestation musclée de la première a été diffusée sur les ondes. Elle reconnaît le fait d’avoir lancé une canette. Son casier n’est pas vierge, cinq condamnations en son absence. Verdict : Trois mois fermes avec 2 ou 3 mois de sursis en plus. La deuxième est très jeune, ses propos sont totalement incohérents. Elle savait même pas qu’il y avait une manif. Elle est accusée d’injures, de coups de pieds dans les boucliers et d’avoir jeté ses chaussures sur les flics. Ca, elle le reconnaît. Elle parle beaucoup, de tout et de n’importe quoi. Elle ne tient pas en place. Elle est évacuée de la salle à la demande du juge après avoir coupé la plaidoirie de la procureur, une petite nana hautaine, tranchante qui réclame à corps et à cris des peines de prison ferme. Verdict : trois mois avec sursis.

Deuxième charrette : l’ouvrier militant (CNT), le punk des rues, le vieil arabe, le jeune étudiant. Deux sont installés face au juge. Le premier est accusé de violence à agents, aggravées par des jets de bouteilles. Le deuxième vient d’avoir 20 ans, il vit depuis 5 ans à la rue. Il a une béquille suite à des problèmes de ligaments arrachés. Il est rasé sur les côtés donc petite crête, capuche noire, blouson sans manche de camouflage, jeans. Il est accusé comme tous les autres de violences contre les forces de l’ordre. Verdict : Trois mois fermes pour le futur ex-ouvrier avec quelques mois de sursis en plus. Six mois fermes pour le jeune punk des rues !

Viens le tour de l’arabe, il passe tout seul. On lui donnerai facilement la soixantaine mais non il n’a que 44 ans. Lui, son histoire est simple. C’est un alcoolique. Il revenait d’un café de Saint-Aubin, il était complètement torché. Il a croisé la manif. Il s’est mis en avant, il a insulté les flics. Il a fini sa canette et l’a jeté au milieu. Pour la proc, c’est clair, il a eu 25 condamnations (bien sûr pour des délits mineurs : saoulerie, bagarres, petits vols.), il est au chômage, elle demande un an. Verdict : neuf mois fermes.

Au tour du jeune étudiant. Avec sa tête très juvénile de grand duduche, il est accusé de caillassage. Il reconnaît avoir tellement bu la vielle qu’il était encore bourré le dimanche. Alors oui, il a jeté des choses mais non, pas des cailloux, des mottes de terre un peu dures qu’il a pris au pied des arbres. Verdict trois mois avec sursis pour l’étudiant, il pourra continuer à étudier en paix mais pas participer à d’autre manif signale le juge.

Une nouvelle charrette de trois détenus arrive, un seul est accusé d’avoir participé à la manif. La procureur jubile, c’est grâce à des films et des photos qu’il a été reconnu et arrêté le lendemain. Il est sdf, cela a été facile de le retrouver vu qu’il passe sa vie dans la rue. Verdict : quatre mois fermes avec mandat de dépôt.

Ils ont tous acceptés d’être jugés immédiatement. Sur les huit, cinq dorment ce soir en taule. Personne n’a été relaxé.

[A partir d’Indymedia Paris, 29 mars 2007]

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ROUEN — Ce qu’il s’est vraiment passé

A la suite du tabassage filmé de deux jeunes pas loin du campus de Mont Saint Aignan le 3 avril, une mobilisation à l’université s’est mise en place.

Jeudi 12 avril, un appel à une manifestation contre la police pour certains, contre la répression pour d’autres, a été largement diffusé.

500 à 600 personnes selon la police, se sont retrouvées en centre ville. Principalement des lycéens et des étudiants. Le cortège a pris la direction de la préfecture jusqu’à ce qu’il se scinde à une intersection. Environ 150 militants de gauche et d’extrême gauche continuent jusqu’à la prefecture, le reste bloque le boulevard. Après dix minutes de stagnation, le cortège repart avec en tête une banderole : BOUTONS LA POLICE HORS DE FRANCE. Probablement une boutade à propos de Jeanne D’arc. D’autres pancartes disaient : LES BACS AU RMI, BATARDS DE FLICS, TOURNEZ MANEGE - FORAINS DE FRANCE UNISSEZ VOUS, LA PEUR DOIT CHANGER DE CAMP. J’en passe et des meilleures.

Quinze minutes plus tard, trois policiers de la BAC sont signalés par les manifestants. Ils se font alors agresser et insulter et doivent fuir la manifestation. Toujours plus loin, une assurance est attaquée. Le cortège reprend en chœur NIQUE LA POLICE, SARKOZY ENCULE ou encore PLUS DE FLICS DANS NOS VILLES ou VIES je ne sais pas.

Ensuite, la manifestation bifurque et se dirige vers la permanence de l’UMP. Elle est alors sauvagement attaquée et certaines personnes tentent d’y mettre le feu. A partir de là, un important dispositif policier apparait et attaque le cortège qui se dispèrse dans tous les sens.

Dans les heures qui ont suivi, des CRS chassaient les étudiants et lycéens dans les rues. Des regroupements sporadiques semblaient se reformer systématiquement. Apparemment 5 jeunes seraient en garde. à vue.

Selon la presse locale, l’UNSA-POLICE aurait porté plainte à l’encontre d’affiches qui inciteraient à la haine de la police.

A dix jours des élections, la situation paraît extrêmement tendue entre jeunes et forces de l’ordre.

[Indymedia Lille, 13 avril 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.14]