Grèce :

Chronique d’un montage raté et d’une offensive solidaire

Le 7 juillet 2005, alors que Giorgos Kalaitzidis, accompagné de Petros Karasarinis, allait jeter dans les poubelles des sachets contenant des morceaux de boucliers de CRS, ils ont tous deux été arrêtés. Le matériel des porcs en uniforme (boucliers, masques à gaz, casque) avait été exproprié lors d’attaques dans le centre d’Athènes. A leur domicile, les flics ont retrouvé du «matériel intéressant» et les chacals des médias ont hurlé leur joie à propos de «l’arrestation de terroristes».

Quelques jours après, Panagiotis Aspiotis (anarchiste ami des deux premiers) est arrêté à son tour parce que propriétaire d’un compte bancaire qui serait utilisé pour l’«association subversive». Petros et Panagiotis nient toutes les accusations, tandis que Giorgos a déclaré que son acte avait été en solidarité avec les compagnons ayant accompli les attaques contre les escadrons de CRS.

[Extrait d’un texte de janvier 2006 signé à Athènes par des Individualités anarchistes et publié dans Cette Semaine n°88, mars 2006, p.38. Ce même numéro contient également une lettre de prison de Giorgos Kalaitzidis.]


TOUT A COMMENCÉ le 7 juillet 2005, quand G. Kalaitzidis et P. Karasarinis ont été arrêtés en transportant des boucliers policiers brisés. Les boucliers ont été pris lors des attaques d’un groupe d’individus qui s’intitulait Mouvement pour la Diffusion du Chaos (en grec, ça fait les mêmes sigles que les CRS grecs : MAT) contre des brigades de MAT. Dans le premier cas, l’attaque a été effectuée en réponse aux tir et blessure du garde du corps d’un ex-Ministre dans l’Université Polytechnique contre un antiautoritaire 1 ; dans le deuxième cas, pour exprimer de la solidarité aux habitants de Ano Liosia (Athènes) qui ont subi des tabassages par les MAT pendant leur mobilisations contre la boue d’eaux résiduelles.

Deux jours après, P. Aspiotis a aussi été arrêté sur la base de son lien personnel avec Kalaitzidis et après que la police ait découvert une consigne avec des balles (jamais utilisées) louée par les deux. Alors que l’inculpation de la police se référait initialement à des délits spécifiques, par la suite tout l’arsenal procédural a été employé contre les trois : les autorités judiciaires poursuivent ces délits dans le contexte de la loi antiterroriste. La loi 187 sur l’association et la constitution de groupe terroriste est mise en application et ils sont inculpés de toutes les attaques avec des cocktails molotov effectuées à Athènes à partir de 1998 (date de location de la consigne)! En l’absence des éléments de preuve, la poursuite a été fondée sur leurs relations politiques et personnelles. Elle constitue une conséquence naturelle des déclarations de l’ex-Ministre de l’Ordre Publique qui s’est lancé sans réserve à une chasse aux sorcières afin de « supprimer l’Association de Exarchia, tous ceux qui provoquent de l’agitation » 2.

L’acharnement à leur encontre s’est notamment manifesté par leur dispersion dans des prisons différentes. Cette pratique a été cassée en janvier avec le transfert de P. Aspiotis a Korydallos, suite à une dure lutte (grève de la faim et de la soif). En été 2006, après un an d’emprisonnement, Aspiotis et Karasarinis ont été remis en liberté provisoire. Mi-novembre, Kalaitzidis a été transféré de Korydallos (Athènes) à la prison de Ioannina (petite ville au nord-ouest de la Grèce). Début décembre, leur procès a été fixé au 20 décembre par procédure d’urgence (l’urgence est due au fait que le 7 janvier expiraient les 18 mois de détention préventive de Kalaitzidis).

Les trois compagnons seront finalement jugés par un tribunal de juridiction mixte (juges et jury) et pas par un tribunal de Juges d’appel, car la poursuite sur base de la loi antiterroriste est tombée. Début janvier, le tribunal a prononcé les peines : 21 mois pour Kalaitzidis, 8 mois pour Aspiotis et acquittement pour Karasarinis. Il a donc été libéré immédiatement.

1. Le 1er mai 2005, un livre est présenté par deux ex-ministres PS à l’Ecole Polytechnique d’Athènes devant un parterre de journaleux et intellos. Au moment où les flics en civil, interdits des lieux en raison de l’asile universitaire, s’aperçoivent de la présence des anarchistes, ils tentent de quitter les lieux. L’un d’eux, attaqué par des compagnons, sort son flingue et tire, blessant au pied un anarchiste.
2. L’ “Association de Exarchia” n’existe pas. Exarchia est un quartier à Athènes où, effectivement, habitent beaucoup d’autonomes, anti-autoritaires et anarchistes.

[A partir d’un texte publié dans La Cavale n°6, février/mars 2007, p.22]


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.27]