Grèce :

Trois jours de mutineries

24 avril : dans la matinée, les détenus de la prison de haute-sécurité de Malandrinos à Fokida, dans le centre du pays, se révoltent. L’étincelle qui allume la mèche est le tabassage du prisonniers anarchiste Yiannis Dimitrakis, et la réponse violente des matons aux protestations de ses co-détenus.

De dures conditions de détention, le manque d’eau, les tabassages réguliers, la surveillance électronique et des temps de promenade très courts sont leur réalité quotidienne.

La révolte s’étend rapidemment à au moins dix autres prisons. A Larisa, les détenus entament une grève de plateaux en solidarité, tandis que la police anti-émeute (MAT) pénètre dans les prisons de Korydallos à Athènes à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes (sept blessés) et dans celle de Ayios Stefano à Patras, où respectivement 100 et 200 prisonniers refusent de regagner les cellules. Près de 250 détenus occupent le toit de celle de Malandrinos, près de 50 autres ceux de Corfoue et d’Alicarnassos.

Les demandes précises des rebelles réfugiés sur le toit à Malandrinos sont notamment l’abolition de mesures disciplinaires, la transformation des perpétuités en peines de 12 ans, des permissions régulières, la libération après avoir passé les 3/7 de la peine, et la commutation des peines de 25 ans en 10 ans. Le ministre refuse sans discussion.

Les soir même à Athènes, 150 compagnons se sont rassemblés devant la maison du président grec en criant des slogans de solidarité avec les mutins.

25 avril : vers 3h30 du matin, une manifestation de solidarité en moto de 120 anarchistes et anti-autoritaires rejoint la prison de Diavata, à huit kilomètres de Thessalonique. Ils chantent des slogans tandis que les prisonniers incendient des couvertures qu’ils jettent à l’extérieur.

La police affirme avoir maté les révoltes, mais doit reconnaître que les toits de Malandrinos, Corfoue et Alicarnassos sont toujours occupés. Manifestations dans plusieurs villes. A Athènes, plusieurs bâtiments sont attaqués en solidarité autour du quartier d’Exarcheia, dont deux ministères (celui de la Justice en particulier).

26 avril : les compagnons Nikos Kountardas et Vasilis Stergiou, incarcérés à Korydallos (Athènes), sont placés à l’isolement suite à la révolte.

A Malandrinos, les 250 rebelles ont passé leur seconde nuit sans manger ni boire sous une pluie battante et dans le froid. La police, à l’intérieur et autour des bâtiments, semble attendre leur épuisement. Vers 18 heures à Athènes, 40 à 50 anarchistes attaquent en solidarité le commissariat du quartier d’Exarcheia, solidement gardé : la guérite, sept voitures de police et plusieurs motos sont incendiées. Un peu plus tôt, le quartier général de la police anti-émeute d’Athènes, situé à Zografou, se mange plusieurs molotovs.

Tard le soir, les derniers mutins acceptent de redescendre des toits, après trois jours de lutte.

29 avril : manifestation de 200 anarchistes jusqu’aux murs de la prison de Malandrinos avec force slogans en solidarité avec les révoltés.

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.21]