Grèce :

Dernier communiqué des occupants de
l’Ecole Polytechnique à Athènes


La libération des trois détenus du 6 mai, à la suite de 70 jours de grève de faim de T. Zadorozni et de 54 jours de G. Kyriakopoulos est une victoire de la lutte pour la vie et la liberté contre le pouvoir de la réclusion et de la mort. Une conquête des grévistes de faim qui ont revendiqué leur liberté en utilisant leur propre vie comme une arme, qui n’ont pas fléchi face au terrorisme des matons, des flics, des médecins et des procureurs. Une conquête de tous ceux qui luttent, non seulement parce que nous avons été, avec toutes nos forces, aux côtés de nos compagnons emprisonnés jusqu’à leur libération, mais aussi parce qu’à travers cette lutte nous avons démontré la force de l’auto-organisation, de la solidarité et de l’action collective, en envoyant à tous ceux qui suffoquent dans la quotidienneté étouffante du contrôle social et de la répression, le message que la résistance intransigeante et sans médiation peut renverser les plans cauchemardesques de l’Etat.

Dans cette affaire, à travers la détention préventive de trois manifestants qui ont été arrêtés suite aux affrontements qui ont éclaté pendant la manif anti-guerre du FSE du 6 mai, ce que l’Etat a essayé de faire, dès le début, était de punir de façon exemplaire et de criminaliser tous ceux qui résistent en dehors du cadre institutionnel (disposant du consensus total des réformistes du FSE.)

Avec le commencement de la grève de faim dans une période où l’Etat annonce et promeut de toute façon ses intentions répressives contre le milieu anarchiste-antiautoritaire, la lutte pour la libération des trois est devenu le champ où s’est exprimée une confrontation plus large. Il s’agit d’ailleurs d’une période socialement explosive, avec des fronts sociaux ouverts dans le domaine du travail et de l’éducation, une période où les anarchistes-antiautoritaires se rencontrent dans les rues avec des groupes sociaux résistants, en promouvant la radicalisation et l’élargissement de la lutte. Dans cette confrontation, l’Etat mobilise tout son arsenal idéologique et répressif pour déformer, diffamer, isoler et neutraliser la résistance radicale. Dans ce cadre, beaucoup d’actions de solidarité ont reçu des provocations, des menaces et des attaques de la part du pouvoir. De cette manière, l’Etat s’est efforcé en vain de plonger la grève de la faim dans le silence, d’isoler et forcer les grévistes à abandonner leur lutte, de neutraliser la grève de la faim comme moyen de lutte et faire avancer sans obstacles ses plans répressifs pour l’extermination du milieu anarchiste.

Face à cette réalité et dans le cadre de la lutte pour la libération des trois du 6 mai, nous avons occupé l’Ecole Polytechnique à partir du 13 janvier en créant un foyer de résistance collective dans le centre-ville, en montrant que nous ne laisserions pas nos compagnons emprisonnés seuls dans les mains de l’Etat, que nous ne laisserions aucune attaque répressive sans réponse.

L’occupation de l’Ecole Polytechnique a constitué pendant 25 jours un point de référence continuel pour la lutte de solidarité et une menace constante pour l’Etat. Et cela, à un moment où il y avait parallèlement des centaines d’occupations de facs, réalisées par les étudiants dans le cadre de la lutte contre la restructuration de l’éducation, et où des milliers de jeunes se trouvaient dans les rues.

De l’intérieur de l’occupation, des actions de solidarité sont nées, ont été soutenues et co-organisées (rassemblements de contre-information, blocage de rues, rassemblement devant l’hôpital de Nikaia, avec comme point culminant la manif du 1er février organisée par des collectifs anarchistes et à laquelle plus de 1500 personnes ont participé). Des actions qui ont brisé le mur du silence, enrayé les plans répressifs de l’Etat, exposé le silence coupable de la Gauche et frayé une voie de lutte, reposant sur un esprit collectif et de solidarité, contre la résignation et le défaitisme.

C’est autour de la grève de la faim qu’une lutte de solidarité, vive et dynamique, a été développée par des anarchistes-antiautoritaires, une lutte qui a pris la forme de rassemblements, de manifestations dans les rues, de manifs en motos vers les prisons de Korydallos et l’hôpital de Nikaia, d’occupations de stations de radio, de préfectures et de mairies, d’affrontements avec les flics —comme ceux du 17 janvier—, d’attaques contre des cibles capitalistes et d’Etat, de rassemblements de contre-information à Athènes, Thessalonique, Patras, Hiraklion, Chania et Rethimnon, Kavala, Samos, Chalkis, Naxos, Agrinio, Arta, Ioannina, Veria, Kozani, Lamia, Larissa, Volos, Kefallonia etc. Il y a eu aussi des messages de solidarité et des actions de contre-information en Angleterre, en Espagne, en Turquie au Danemark, en Finlande, en France, en Russie, en Pologne, en Hollande, aux Etats-Unis...

Cette dynamique s’est déployée, bravant le terrorisme d’Etat et méprisant les médiateurs habituels de la solidarité qui sont rangés du côté de l’Etat jusqu’au dernier moment, par leur silence comme par leur contribution à la diffusion de la propagande d’Etat faisant référence à des «cagoulés» et des «provocateurs». Cette dynamique a appuyé du premier jusqu’au dernier instant la grève de la faim qui a finalement forcé l’Etat à reculer. Et les diffamateurs —eux-mêmes devenus «solidaires» tardivement— se sont empressés de sauvegarder le masque «humaniste» de l’Etat et se sont présentés comme des sauveurs, en espérant tirer une plus-value politique (ils sont même arrivés au point d’une telle déformation de la réalité qu’ils ont présenté la manif anarchiste du 1er février comme une manif du Forum Social !). Nous n’oublions pas que des cadres du FSE ont offert leur approbation politique pour l’emprisonnement des mêmes personnes qu’ils sont censés défendre maintenant. Nous n’oublions pas que ces cadres —après avoir diffamé et essayé d’ôter le caractère de contre-violence sociale aux affrontements à la suite desquels les trois avaient été emprisonnés— ont attendu le dernier moment pour victimiser les grévistes de faim et pour demander «l’humanisme» de l’Etat, en s’efforçant en vain de présenter la libération des trois non pas comme le résultat de la lutte des grévistes de la faim eux-mêmes et de la lutte de solidarité, mais comme un produit de leur médiation !

L’occupation de l’Ecole Polytechnique se termine après la libération des trois du 6 mai et après la fin de la grève de la faim qui a constitué le fer de lance de la lutte plus large contre l’Etat, les patrons et leurs laquais. D’une lutte qui continuera jusqu’au renversement final du monde de l’exploitation et de l’oppression, du contrôle social et de la répression, pour la libération sociale et l’Anarchie...

LA PASSION POUR LA LIBERTE EST PLUS FORTE QUE TOUTES LES TAULES !

ARRIERE MOUCHARDS — EN AVANT, COMPAGNONS !

SOLIDARITé avec NIKOS KOUDARDAS, GIANNIS DIMITRAKIS ET TOUS LES MILITANTS EMPRISONNéS ET PeRSECUTéS !

Assemblée de l’Occupation de l’Ecole Polytechnique (bâtiment Gini),

7 février 2007

1. Nikos Koudardas a été arrêté en février 2006, accusé du tabassage de Polyzogopoulos, président à l’époque de la GSEE (Confédération Générale de Travail), tabassage qui a eu lieu après la fin d’une manif anarchiste.

2. Giannis Dimitrakis : militant anarchiste arrêté lors d’un hold-up de banque à Athènes le 16 janvier 2006, après avoir été gravement blessé par les flics. Voir lettres ci-après.

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, pp.25-26]