Italie :


Turin, Occupation du siège de la Croix-Rouge


Vendredi 15 décembre 2006, le siège de la Croix-Rouge italienne situé via Bologne 171 à Turin, responsable de la gestion du Centro di Permanenza Temporanea [CPT, centre de rétention] de Corso Brunelleschi a été occupé. A 11h, trois compagnons se sont barricadés à l’intérieur, résistant jusqu’à 14h, lorsque la Digos a réussi à défoncer la porte. Tous ont été incarcérés sur accusation de “violence privée”. Les compagnons, après avoir passé trois jours en prison, ont été soumis à l’obligation de pointage quotidien afin, selon le juge, “de sonder la disposition des trois à respecter des règles, et a fortiori des normes pénales”. Quelque temps après, l’obligation de pointage sera confirmée, bien que non quotidienne. Le procès a été fixé au 14 mai.

Le tract suivant a été distribué en italien, anglais, français et arabe devant le siège de la Croix-Rouge, au marché de Porta Palazzo, dans le quartier de San Salvario, il a aussi été lancé à l’intérieur du centre de rétention (devant lequel s’est tenu un rassemblement), envoyé par mail et fax au siège central à Genève et à tous les sièges locaux italiens de la Croix-Rouge :

Nous ne supportons plus de vivre dans une ville qui héberge un lager.

Nous ne supportons plus de voir des gens poursuivis dans les rues, enfermés et déportés parce qu’ils n’ont pas de papiers.

Nous ne supportons plus que ceux qui luttent contre des infamies énormes telles que les Centri di Permanenza Temporanea puissent être incarcérés et jugés – comme c’est arrivé à plusieurs anarchistes de Lecce, qui après plus d’un an de prison sont en résidence surveillée depuis cinq mois.

Nous ne supportons plus ceux qui disent d’attendre, que tout se réglera, ceux qui nous promettent qu’après demain, grâce à la gauche au pouvoir...

Nous ne pouvons plus attendre : c’est pour ça que nous occupons aujourd’hui les locaux de la Croix Rouge.

Nous resterons enfermés ici tant que la direction régionale de la Croix Rouge ne s’engagera pas formellement et par écrit à renoncer à la gestion du lager de Corso Brunelleschi.

Aucun pas en arrière.

Fermer les CPT c’est possible, immédiatement.

Les occupants

Torino, 15 décembre 2006


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« (...). A présent, à cinq mois de distance, le procès contre les occupants de la Croix-Rouge va s’ouvrir, comme bientôt celui contre les participants au rassemblement contre le CPT. Lors de ces audiences, on parlera très peu de comment se sont déroulés les faits qui leur sont reprochés. Il sera surtout question de l’infamie des lieux comme les Centri di Permanenza Temporanea pour immigrés sans papiers et de l’ignominie de ceux qui les gèrent et en profitent. Plus encore, on parlera de la Loi face à l’amour pour la liberté, du “respect des règles” et du sens du juste. Comme d’habitude dans les salles de tribunal, il est quasi certain qu’à la fin c’est la loi qui prévaudra — et l’injustice avec elle.

Un préfet de police, la police, un magistrat quelconque, la Croix-Rouge et quelques amants de la liberté : voilà les protagonistes de notre histoire. Ce qu’ils ont fait ces derniers mois est vite dit.

Après avoir ordonné l’incarcération des trois occupants de la Croix Rouge, le préfet de police a continué à exhiber ses gros bras en honneur de la Loi : rafles sur rafles contre les pauvres, expulsions d’habitations pour n’importe quel prétexte, fogli di via [interdictions de séjour] et avvisi orali [sorte de signalement judiciaire qui liste tous les délits constatés par la police, notamment politique. Prélude à une série de restrictions de libertés] pour tous ceux qui élèvent la voix.

Les policiers ont surveillé leurs rebelles et matraqué les pauvres diables comme le stipule leur contrat. Quelques uns ont pensé à arrondir leur fin de mois en “nettoyant” les appartements et les poches de certains immigrés, mais ils se sont fait prendre la main dans le sac. D’autres continuent de le faire sans souci en pleine rue.

Les magistrats, eux, ont continué à formuler des sentences, agiter des codes, des règlements et des verrous. Au détriment de tout sens du juste, cela va de soi, sans le moindre sursaut de liberté.

Conformément à la Loi, la Croix-Rouge piémontaise a continué de s’enrichir sur la déportation des étrangers sans papiers. Un gain qui doublera en juillet prochain, avec le doublement du Cpt.

Obstinément convaincus qu’on ne peut pas se dire libres tant que tout le monde n’est pas libre, les rebelles d’alors ont continué à piétiner les lois chaque fois qu’ils l’ont jugé opportun, faisant tout le peu en leurs moyens pour combattre les injustices qu’ils ont vues autour d’eux. Entre deux pointages au commissariat, évidemment.

Vous êtes invités à assister au procès contre les trois occupants de la Croix-Rouge piémontaise qui se tiendra lundi 14 mai 2007 à 9h au Palais de Justice, salle 80, Cso Vittorio Emanuele 130, Turin».

[Traduit de l’italien. Publié sur informa-azione.info le 7 mai 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.18]