Italie :


Ferrara, la manif anti-guerre en Irak refait parler d’elle

La sentence est arrivée à propos des faits survenus au cours de la manifestation de février 2003 à Ferrara, contre la guerre et contre la construction de logements pour l’OTAN. Trois compagnons, Andrea, Gabri et Stefania ont été condamnés à 3 ans et 6 mois pour vol aggravé et blessures, Salvo a pris 3 ans et 10 mois pour les mêmes délits avec circonstance aggravante pour récidive. Les accusations sont liées à la disparition d’une caméra des flics et à un coup reçu par un de ces aspirants réalisateurs de la préfecture.

...et la caméra des flics tombe par terre

Le 22 février 2003 se déroulait à Ferrara une manifestation régionale contre la construction de logements pour les soldats de l’OTAN et contre la guerre en Irak. Depuis le début du cortège, parti piazza Castello derrière la banderole “on ne laissera pas en paix ceux qui font la guerre”, le contenu est plutôt offensif. Une marionnette avec le dessin d’un molotov et la question “c’est ton dernier mot ? On l’allume ?” attire l’attention et nombreux sont ceux qui le reproduisent sur les murs de la ville. On se déchaîne pour exprimer sur tous les tons la rage contre cette énième violence du monde occidental qui exporte avec la guerre sa démocratie du profit et de l’exploitation. Tout au long du parcours, la mobilisation est active et imaginative et non pas l’habituel défilé rempli uniquement de slogans. Il y a de nombreuses réactions aux tentatives incessantes des flics en civil de rester à l’intérieur du cortège avec leurs caméras, comme s’il était normal de défiler ensemble.

Arrivés devant la structure où doivent être construits les logements, la manif s’arrête. Les banderoles et les tracts sont accrochés au grillage qui entoure le lieu tandis que d’autres cherchent à l’abattre pour y pénétrer. Il y a plusieurs moments de tension et de pression face au mur des forces de l’ordre qui cherchent à nous en interdire l’accès. Quelques bousculades, rien de plus. A la fin, tout le monde s’éloigne pour rentrer chez soi. A ce moment-là, quelqu’un s’énerve de la présence, encore à l’intérieur du cortège, de policiers avec leur caméra ; s’en suit une bagarre et la caméra tombe par terre. En fin de manif, deux manifestants sont fouillés, l’un est durement frappé et les keufs portent plainte contre lui pour “dommages”.

A partir de l’épisode de la caméra s’ouvre l’enquête qui finira par impliquer quatre compagnons de Bologne. En lisant le dossier, on comprend comment a été montée l’accusation : les photos du cortège ont été envoyées à Bologne et la Digos [police politique], reconnaissant des personnes connues, les a désignées comme les individus à poursuivre. Fin mars 2003, tous quatre reçoivent des mesures restrictives [proveddimenti restrittivi], une sorte de mise en résidence surveillée partielle : obligation quotidienne de pointer, de rester dans la commune de Bologne, de désigner un lieu d’habitation, de ne pas s’en éloigner de 14h à 19h (les considérant certainement comme des horaires à risque pour manifester !) et de communiquer tous les matins au moment du pointage le détail de tous les déplacements de la journée. Cette situation perdurera jusqu’en juin, avant que les restrictions ne diminuent et soient levées vers la mi-août. L’accusation est pour braquage aggravé [rapina aggravata], parce qu’ils disent que la caméra a disparu, blessures graves (un flic et un inspecteur de la Digos se sont fait faire des ITT suite à une contusion) et dommages aggravés (tags sur des murs blancs, des commerces et une cabine électrique). La notion d’aggravation est liée à la participation groupée aux actes reprochés.

Les jours suivants, les médias de Ferrara donnent un bruyant écho aux faits, créant un climat très pesant et insolite dans cette ville. Bien sûr, les dissociations n’ont pas manqués de la part de ceux qui s’opposent aux désastres de la société du capital en souhaitant un monde meilleur qui supposé arriver en convainquant les puissants d’être un peu plus “humains”. Le renvoi en jugement a été fixé au 17 novembre 2004 et le procès a commencé en novembre 2005. Les flics contusionnés ont déjà témoigné en confirmant leur reconstruction des faits, tandis que les compagnons ne se sont pas présentés devant la cour. Le 12 octobre 2006 aura lieu le rendu, selon toute vraisemblance, vu qu’il n’y a plus de témoins à écouter.

Extrait du communiqué signé Imputati e compagni solidali [des inculpés et compagnons solidaires] lu lors de l’Assemblée publique contre l’état de guerre permanent et la militarisation de la vie quotidienne qui s’est tenue à Bologne le 3 octobre 2006.


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.19]