Italie :
Arrestation, incarcération et extradition de Juan


Juan a été arrêté par la guardia civil à Girone en Espagne le 21 décembre 2006, sur la base d’un mandat de capture international parti d’Italie pour “association subversive à but terroriste” (art. 270bis).

Le 28 juin 2006 avec trois autres compagnons, il s’était rebellé à Rovereto contre un contrôle d’identité. Condamné à 9 mois de prison ferme en comparution immédiate pour “résistance, violence commise sur une personne assermentée et blessure”, il avait été incarcéré à Vicenza puis Udine en compagnie de Mike (condamné à 10 mois). Début novembre, le juge l’assigne à résidence à Modane.

Un mois et demi après, il part en cavale, sachant qu’il est accusé par le procureur Storari depuis juin 2006 d’être le seul membre connu d’une “association subversive” à Rovereto responsable des diverses attaques incendiaires de ces dernières années dans cette ville. Spécifiquement, il est accusé d’être l’auteur de l’incendie du 26 février 2005 contre deux fourgonnettes de Trenitalia, compagnie ferroviaire italienne complice des déportations des immigrés hors du pays.

Incarcéré à la prison de Soto del Real à Madrid, il sera extradé vers l’Italie. Le 5 mars, il est transféré de la prison d’Opera à celle de Teramo, en isolement maximal.

A noter que le 7 février en Espagne fut aussi arrêtée Núria, accusée de «bande armée», et en réalité de soutenir Juan en Espagne (voir page ci-contre).



"A propos de la situation à Girone, je suis au courant par une amie et je connais plus ou moins le jeu des politiciens et la situation, mais comme tu peux l’imaginer, la communication est difficile.

Ce que je peux vous dire c’est mon point de vue, comment je vois les choses. Ce qui est clair pour moi, très clair même, c’est que je n’éprouve que rage et haine contre les partis politiques (et l’Etat) quels qu’ils soient ! Il est clair qu’ils sont, et tout citoyen-flic avec eux, responsables du problème, qu’ils sont responsables des morts et des blessés qui en 2006 ont tenté de traverser les frontières de Melilla. La guardia civil et les militaires marocains sont responsables des déportations en masse.

L’unique crime qu’ils leur reprochent est de ne pas avoir un bout de papier qui pour eux vaut plus qu’une vie. Ils sont responsables des tortures et des incarcérations dans les nouveaux camps de concentration, en Espagne, en Europe comme dans le reste du monde. Ils sont responsables des 90 morts en 2006, tombés dans les commissariats aux mains de la police espagnole, sans compter les cas qu’on ne connaît pas.

Ils sont responsables des 65 ou 70 000 (je ne suis pas sûr du chiffre) prisonniers qu’il y a en Espagne et des morts en prison, responsables des 16 000 morts au travail, responsables de la construction de la nouvelle frontière de Melilla destinée à freiner les vagues de désespérés qui partent en bateau, et qui provoque indirectement de nombreuses morts.

Ils sont responsables des morts en Afghanistan, Libye, etc. par les «armées de la paix».

Ils sont responsables du contrôle de tous nos mouvements jour après jour avec la surveillance permanente des caméras, des téléphones portables, etc. pour leur sécurité. C’est une partie de ce que font ces charognes, sans parler de la démagogie typique de leurs mots comme «paix», «liberté», «non-violence», «terrorisme».Il ne sert à rien qu’ils nous démontrent le contraire : les prisons, les camps de concentration, les assassinats de masse, les déportations, les incendies et dévastations de peuples entiers, de montagnes et plus encore. L’esclavage et le travail forcé pour leur profit et leur bien aimée «démocratie». Tout ceci est la réalité de leur système capitaliste, non pas ce qu’ils nous font voir dans leurs moyens de des-information (télé, journaux, radio, etc.).

Dans un monde à l’envers, le “terroriste” est celui qui se lève, celui qui résiste, celui qui se solidarise avec les prisonniers, celui qui critique le système ou tout simplement ne se jette pas à ses pieds.

Il ne m’importe cependant pas de savoir si je suis coupable ou innocent de ce dont on m’accuse, ce sont deux concepts moraux et très relatifs dont je me fous. Ce qui compte, c’est que je suis d’accord et me solidarise avec qui attaque ou se défend de toutes les formes d’oppression avec les moyens et de la manière qui lui semblent opportuns, si nécessaire avec violence et clairement par l’action directe.

Bien, je crois que ce que je pense du sujet est clair. Je sais qu’il n’y a là rien de bien nouveau, mais c’est la façon dont je vois les choses, au moins jusqu’à présent. Je n’ai jamais fait partie d’aucune association et ça ne me plaît pas d’être représenté par quelqu’un.

Je vais te dire ce que je pense personnellement : si on parle de ma situation, à moi ça me va toujours «bien» du moment qu’il y a un fil conducteur avec la racine du problème, qui est pour moi la prison et le système qui la génère et est lui-même une prison. Je crois qu’à partir du moment où tu critiques cela, on va vers la solution, qui est la destruction complète. Et en disant cela on demande automatiquement la libération de toutes les personnes qui sont à l’intérieur.

Je crois que si on fait cette critique lorsqu’on organise des initiatives de tout type comme les manifestations, rassemblements, tracts, etc., les politiciens de service et toute cette merde ne s’approchent pas trop de toi. Mais la question ne serait-elle pas plutôt de savoir si les amis et la famille savent comment on pense et si ils le respectent ? Je pense qu’ils savent comment on voit les choses mais qu’ils ne le respectent pas, c’est pour cela que certaines personnes ont rompu avec eux. Parce qu’il y a des choses que je ne peux accepter et d’autres sur lesquelles je pense avoir été clair (1).

Aucune lamentation pour les prisonniers, seulement la lutte.

Un salut à toutes les personnes qui par leur solidarité, quelle qu’elle soit, nous font sentir moins seuls.

Juan,

prison de Teramo, début avril 2007"


(1) Ndt : allusion à une partie de la mobilisation en Espagne (manif de 450 personnes à Barcelone le 18 mars 2006) qui se basait sur une position innocentiste pour Núria, refusait de faire le lien avec Juan, et à laquelle participaient des partis catalanistes de gôche (le CiU et l’ICV) en campagne. Tout ceci a conduit des compagnons à rompre avec leur jeu politicien et à créer une Asamblea de Apoyo a Juan y Núria.


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.16]