Espagne :


Le 7 février 2007, Núria a été arrêtée à six heures du matin à Girona (Espagne). Détenue au commissariat de police, elle est ensuite transférée à la prison de Soto del Real à Madrid. Elle est accusée d’avoir fait partie d’un groupe armé. Lors des interrogatoires, il est clair que la police s’intéresse surtout à ses liens avec Juan, anarchiste italien en cavale arrêté en Espagne en décembre 2006. Núria est poursuivie au nom de la loi anti-terroriste. Au moins deux maisons ont été perquisitionnées et du matériel de propagande, des ordinateurs, … ont été saisis.

Il est clair que Núria a été arrêtée parce qu’elle était solidaire de Juan et d’autres compagnons détenus. Parce qu’elle lutte contre ce système.


Deux mots pleins d’énergie pour vous tous. A vrai dire, moi, la Núria, je n’ai jamais su si je voulais me définir comme anarchiste, vu que j’ai toujours dit que je suis Núria et que j’agis et fais les choses d’une manière déterminée parce qu’au cours de ma vie, j’ai reçu et abandonné les connaissances de la manière dont je pensais juste de le faire.

Tout cela pour vous dire, crier très fort et réaffirmer que je ne partage aucune de leurs lois qu’ils créent pour eux sur mesure, que le seul terroriste qui existe c’est l’Etat et tous ses sujets, esclaves de la classes dirigeante, conformistes, ceux qui obéissent et ceux qui commandent, qui font leur possible pour détruire des familles en échange d’un salaire régulier. Il est clair que, dans leurs tristes vies, aucun d’entre eux n’a profité ou passé des moments extraordinaires comme je l’ai fait avec vous.

Je veux aussi dire qu’ils ne prendront jamais mon bonheur au piège, et que même derrière les barreaux, ils ne m’arracheront jamais ma liberté. Comme le disait Georges Orwell dans son livre 1984 : « Nous devons être conscients de notre force et avoir la force de descendre dans la rue » et, en étant dans la rue, vous en faites une belle démonstration. Ce n’est pas en portant un pistolet et une matraque à la ceinture qu’ils pourront briser nos idées. Aujourd’hui, nous ne sommes même plus criminalisés pour des actions, mais pour le fait de penser d’une manière déterminée. La liberté d’expression ne fait pas partie de leur vocabulaire habituel, c’est un terme qu’ils ne connaissent pas, c’est clair qu’ils ne se sont jamais exprimés librement.

Je ne sais pas si vous le savez, mais votre force et votre énergie traversent les murs de béton de cette fourmilière. Ici, les nouvelles nous arrivent lentement, mais petit à petit elles parviennent à filtrer.

Tôt ou tard, je serai parmi vous pour continuer à mener la guerre. Que la révolte ne s’éteigne jamais. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, nous continuerons à lutter.

Merci pour votre réaction sans condition.

Beaucoup d’amour et de rage depuis une geôle de l’Etat.

Solidarité avec la guérilla Dixan (1), jusqu’à ce que tous les prisonniers et toutes les prisonnières soient libres.

Salut et force.

Núria, prison de Soto del Real, 22 février 2007

Ndt

(1) Début février 2007, l’Audiencia Nacional a condamné cinq personnes accusées d’être membres d’une bande armée et pour faux et usages de faux. En préventive depuis trois ans, elles ont été condamnées à 10 ans de prison. Elles étaient connues sous le nom de Guérilla Dixan, qui s’inscrivait dans la lutte contre la guerre en Irak et la participation de l’Etat espagnol à celle-ci.

Pour lui écrire :

Núria Portulas Oliveras (Modulo 12) — CP Madrid Apdo 200 — Colmenar Viejo— 28 770 Madrid

[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, p.17]