Uruguay :
Discours introductif à l’anniversaire
de la bibliothèque anarchiste du Cerro

La bibliothèque anarchiste a ouvert ses portes dans le Cerro il y a un an. Elle nous a permis de mener différentes activités, de nous rencontrer et de porter plusieurs luttes.

Le pouvoir, de son côté, a également continué à renforcer son processus de domination. Il ne peut par exemple échapper à personne que la question des usines de cellulose prend actuellement une tournure nationaliste.

Nous autres, comme anarchistes, n’avons jamais pensé que la contestation de ces installations doive se limiter aux écologistes. Au contraire (et le petit jeu crade de la gauche qui use du pire nationalisme d’Etat le démontre), il s’agit d’attaquer des usines qui ne signifient que désastre pour l’environnement mais aussi esclavage salarié et empoisonnement de la population. Car derrière ce projet de mort, se cache clairement le projet plus vaste du «pays productif».

Cette même gauche a toujours été prête à tout pour parvenir au pouvoir, de la lutte armée aux urnes, parce que c’est uniquement ce qui l’intéresse et ce qui l’a toujours intéressée.

A présent qu’elle a réalisé son but, chacun peut expérimenter sur sa propre peau le prix réel du «changement» : plus de flics dans les rues, construction de nouvelles prisons et du port militaire de Santa Catalina, intervention impérialiste à l’extérieur pour aider les Etats-Unis [l’Uruguay a envoyé des troupes au Congo et en Haïti] et accords économiques en cours avec eux, continuation de la dégradation des conditions de survie, hypocrisie étatique du Plan d’Urgence qui ne signifie rien d’autre que contrôle social et pacification des quartiers, toujours plus de lois répressives sous divers prétextes, tentative de réintroduire le service militaire ou implantation de jours d’instruction militaire au lycée, sans parler de l’interdiction de l’avortement...

Face à l’utilisation du nationalisme dans la question des usines à papier, face à la militarisation de l’espace social (seul moyen pour imposer la modernisation économique que leur propagande nomme «pays productif»), nous autres anarchistes, à travers le projet de la Bibliothèque et mille autres, continuerons à lutter sans trêve contre toute expression de l’Etat/Capital, qu’elle vienne de sa main gauche ou de sa main droite, qu’elle prenne le visage de la dictature ou celui de la démocratie... jusqu’à la destruction de toute forme de domination, jusqu’à la liberté, jusqu’à l’Anarchie !

Montevideo, 25 mars 2007


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, pp.34-35]