Uruguay :
Les raisons d’une opposition aux usines de cellulose


D’énormes usines de cellulose sont en train de s’installer en ce moment en Uruguay. L’une appartient à l’entreprise Ence (Espagnole) et l’autre à Botnia (Finlandaise), sans compter une troisième, de l’entreprise Stora Enso (Suédo-finlandaise), qui est déjà en train d’acheter une partie des 100 000 hectares qu’elle nécessite pour obtenir la base de son négoce, les eucalyptus.

La cellulose est la matière première qui sert à la fabrication de papier. Dans ce genre d’usine, on extrait la cellulose des arbres, on la blanchit puis on la transforme en une pâte qui —dans ce cas— sera exportée dans d’autres pays pour en faire du papier. L’approvisionnement de ces entreprises nécessite de grands domaines de monocultures d’arbres (principalement de l’eucalyptus), c’est pour cela qu’elles sont propriétaires et/ou liées à des entreprises de déforestation, Ence avec Eufores et Botnia avec Forestal Oriental.

La coupe indiscriminée et la consommation des forêts primitives sur toute la planète provoqueraient une déforestation accélérée de 15 millions d’hectares (quasi un Uruguay) par an. Plus précisément, les pays riches déjà saturés par de hauts niveaux de pollution et lancés parfois dans des campagnes de sauvegarde de leurs sols et eaux ont décidé —vu qu’ils ne souhaitent pas faire baisser leurs niveaux de consommation— de transférer leurs industries les plus polluantes dans le Sud [et l’Est de l’Europe ou la Chine]. On peut interroger le pourquoi de la production de tant de papier qui sert essentiellement les intérêts du Capital : pensons par exemple au bombardement de propagande qui arrive dans chaque habitation sous forme de dépliants aux couleurs chatoyantes, pour tenter de vendre quelque chose. C’est-à-dire pour continuer de soutenir le spectacle de la marchandise. Pensons aussi à tout le papier d’emballage ou aux factures et autres formulaires administratifs...

Au total, on arrive à une forte concentration et transnationalisation de la terre, à des domaines extensifs de monoculture de soja transgénique ou de riz destinés à l’exportation, à des cultures forestières intensives pour produire de la pâte de cellulose. Les exportations minières et celles de l’industrie de la pêche méritent aussi notre attention. Ils sont en train d’accélérer la mise en œuvre du Plan IIRSA, lié au Plan Puebla-Panamá qui prévoit l’installation de bases militaires nord-américaines en Amérique du Sud liés à des centres de recherche en biotechnologies et accompagnés de fortes pressions pour obtenir de ces pays des TLC (Traités de Libre Commerce).

L’Uruguay compte d’abondantes réserves d’eau douce, de larges prairies naturelles et d’excellentes terres cultivables. Au cours des décennies 1930-60, à la demande du marché international, s’est développé un modèle qui a favorisé l’industrialisation en textiles, cuirs, viandes, laits, etc. Ces dernières décennies, les usines de transformation de matières premières ont été démantelées pour exporter directement ces dernières. Aujourd’hui, comme on le sait, les Etats gouvernent moins, au profit des transnationales. Celles-ci, profitant de la servilité des derniers gouvernements ont commencé à modifier la donne. Et les pressions des organismes internationaux comme la Banque Mondiale, le FMI ou le BIRD ont commencé

à tomber comme des pluies acides (qui ne manqueront pas de le faire une fois que les usines de cellulose commenceront à fonctionner),. En 1987 par exemple, une loi de promotion forestière (n°15.939) est passée, à laquelle se sont ensuite ajoutées des subventions étatiques en tous genres, des exonérations d’impôts, des zones franches et, comme si cela ne suffisait pas, en cas de guerre, catastrophes naturelles ou insurrection (espérons-le) qui portent atteinte à ces entreprises forestières, l’Etat devra payer des indemnisations conséquentes. Ce dernier point figure dans l’Accord de Protection des Investissements signé le 21 mars 2002 entre l’Uruguay et la Finlande, et qui concerne Botnia.

L’impact des monocultures forestières

Plantés en rang d’oignon comme des militaires, il ne pousse rien en dessous, parce qu’ils prennent tant d’espace que pas même le soleil ne parvient au sol pour effectuer la photosynthèse. Il n’y a pas un brin d’herbe. Dans ce paysage de mort, on n’entend pas un chant d’oiseau, il règne un silence sépulcral, qui n’est rompu que par le bruissement des feuilles sèches lorsqu’on s’y promène.

L’eucalyptus consomme de grandes quantités d’eau (c’est pour cela qu’il pousse plus rapidement ici), appauvrissant la terre et empêchant que l’on puisse planter autre chose près de ces monocultures. Preuve en est que la mairie doit fournir l’eau aux petits producteurs de la zone alentour qui auparavant l’extrayaient des puits. Ces monocultures détruisent toute biodiversité, et comme nous en faisons partie, nous détruit peu à peu. Comme nous en dépendons aussi, elle laisse de nombreux individus sans moyens de subsistance, donc sans autonomie. Une fois que la terre ne donne plus rien, ils sont ensuite souvent acculés à la vendre à vil prix à des entreprises qui créent de grandes propriétés. Des populations entières, après avoir parfois résisté, finissent par aller grossir les périphéries de misère.

Ce qui était vie avec toute sa biodiversité n’est à présent qu’un paysage de mort, une vision unique de voir les choses où le profit prime sur tout.

La réalité des travailleurs forestiers

Il y a entre 40 et 50 000 bûcherons qui travaillent pour cette industrie. Si on entend le travail salarié comme un esclavage, alors il se montre ici sous son visage le plus brutal. Chassés par la misère jusque dans les monts, ils passent cinq jours par semaine à tailler des arbres du lever au coucher du soleil, dormant dans des tentes et soumis aux intempéries, afin de pouvoir porter chaque fin de semaine de quoi manger à leur famille. Leur salaire n’est qu’une vaste blague dont plus d’un tiers part de toute façon dans la nourriture que leur vend le magasin monté par le patron dans le campement où ils vivent. Bien entendu, les prix sont supérieurs à n’importe quel autre endroit. Ils sont employés par des tiers, des intermédiaires sans scrupules (comme tout capitaliste) permettent aux entreprises de garder «les mains propres» en cas d’accident. Accidents fréquents, vu qu’il n’existe de toute façon aucun équipement de sécurité et qu’ils sont obligés de couper les arbres par tous les temps, y compris en cas de tempêtes. Les cas de bûcherons écrasés par un arbre ne sont ainsi pas rares mais, comme d’habitude, «on n’a rien vu». Pas question d’électricité ou d’eau potable : bien plus, l’eau consommée vient de sources superficielles contaminées par les fertilisants et les maladies liées à l’eau stagnante.

Je pense que ces quelques exemples suffisent à esquisser la situation des travailleurs forestiers, une situation courante, alimentée tant par la pauvreté matérielle que spirituelle de ce monde. Comme une étrange réminiscence, elle ne semble pas si éloignée de celle du Chiapas mexicain des années 20 décrite par B. Traven dans La révolte des pendus.

Production de cancers

Au terme d’un voyage qu’on ne pourra jamais se payer, un sourire d’idiot aux lèvres et le symbole du dollar brillant dans les yeux, ces «respectables» messieurs viennent investir dans «notre pays», accompagnés par le disque rayé des médias qui répètent à l’envie que «nous avons besoin des investissements pour améliorer l’économie, pour que de l’argent entre dans le pays». Et tout le monde en tire l’interprétation stupide que si de l’argent entre dans le pays, nous verrons le résultat dans notre portefeuille. C’est aussi vrai que lorsqu’ils nous assurent que la technologie dernier cri de ces usines ne générera aucune pollution.

Evoquons par exemple la pollution organique persistante, de type bio-accumulative (ce qui signifie qu’elle n’est pas dégradable mais reste dans le temps et l’espace pour s’accumuler dans divers organismes) comme par exemple la dioxine ou les fluorures polychloratés, extrêmement toxiques. Cette contamination touchera le fleuve Uruguay, l’air et —par les pluies acides— entrera dans le sol, c’est-à-dire touchera les cultures et chacun de nous.

La catastrophe de Valvidia

Dans la ville de Valvidia au Chili, on peut croiser le rio Cruces, zone humide qui contient une riche diversité de plantes aquatiques, poissons, oiseaux. Un animal particulier est le cygne à col noir, avec sa manière élégante de nager. Ce petit paradis a pourtant été anéanti le 30 janvier 1994 avec la mise en service de l’usine de cellulose Arauco, du groupe Angelini, un des principaux producteurs mondiaux de farine de poisson, ayant également des intérêts dans les combustibles et l’industrie forestière. Ses principaux actifs se trouvent réunis dans Empresas Copec. Cette dernière est à présent une entreprise diversifiée qui détient une participation importante dans le commerce forestier à travers sa filiale Celulosa Arauco, et est devenue la plus grande entreprise chilienne en terme de capitalisation boursière.

Il n’a pas fallu un mois après sa mise en service pour que les habitants des villes limitrophes de Valvidia protestent contre les odeurs insupportables qui provenaient de l’usine de cellulose, pourtant dotée de la dernière technologie finlandaise. Rapidement, les cas de problèmes respiratoires, d’allergies et d’irritations ont commencé à se multiplier. Quant à la population de cygnes à col noir, elle a chuté de 12 000 spécimens à 1 500. Pourquoi un tel carnage ? Parce que les eaux de rejet dans le fleuve ont exterminé la plante aquatique dont ils ne nourrissaient, c’est-à-dire qu’ils sont morts lentement et douloureusement de faim. Le fleuve qui auparavant coulait de son bleu azur n’est à présent qu’un cloaque maronnasse où on distingue bien peu d’êtres vivants. Face à tout cela, la population a commencé à se mobiliser, tardivement, parce que comme d’habitude ils se sont fait endormir par «le travail», «le progrès», «le bien du pays».

Pourtant en janvier 2005, ils ont obtenu la fermeture provisoire de l’usine, ce qui nous montre qu’on peut gagner contre le monstre et que cela ne dépend que de nous. La monoculture d’arbres date de plans vieux de plusieurs décennies, dans ce cas du gouvernement Pinochet. Ils ont ensuite été renforcés par les gouvernements démocratiques...

Le nationalisme comme arme des riches

Le fleuve Uruguay où se déverseront les déchets de Botnia partage les Etats argentin et uruguayen, et la protestation n’a donc pas surgit qu’en Uruguay, mais aussi en Argentine, précisément à Gualeguaychú, dans la province d’Entre Rios dont les côtes sont baignées par le fleuve Uruguay. Là s’est formée l’Asamblea Ciuadana Ambiantal de Gualeguaychú (ACAG : assemblée citoyenne et environnementale de Gualeguaychú), qui est celle qui a réellement mis les pieds dans le plat, celle qui s’est mobilisée avec beaucoup de force et qui, à travers des blocages de route aux postes frontières (ininterrompu de décembre 2005 à mai 2006 puis de novembre 2006 à aujourd’hui), font pression contre l’Etat uruguayen pour qu’il renonce à autoriser l’installation des usines de cellulose.

Si pour notre part nous voyons comme une limite que l’assemblée ne s’oppose qu’à l’usine Botnia, oubliant par exemple de critiquer au moins le modèle forestier en général, voire la logique capitaliste qui les sous-tend, la résistance de «notre» côté du fleuve a eu au début un peu de force. Des groupes se sont créés à Fray Bentos, Mercedes, Montevideo et d’autres localités. Il y a eu des mobilisations variées, comme celle de «l’accolade sur le pont» du 30 avril 2005 où des milliers d’opposants des deux rives du fleuve se sont donnés une accolade chaleureuse au milieu du Pont San Martin (qui unit Fray Bentos à Gualeguaychú). Le 30 avril 2006, à l’occasion du premier anniversaire de cette accolade, 100 000 personnes des deux rives du fleuve rééditeront la rencontre sur le pont. Les protestations ont surgi de plusieurs milieux, avec divers points de vue, et nous autres, anarchistes, ne nous sommes pas fait attendre. Il y a eu pendant un temps un groupe spécifique contre «l’exploitation industrielle forestière et les usines de cellulose», des débats, des blocages de rues, des rassemblements ont été organisés, il y a eu beaucoup de propagande de rue.

Par hasard, nous avons aussi eu connaissance d’autres activités comme le trashage des façades de Ence et Botnia à plusieurs occasions ou cette action qui a attiré l’attention : la destruction de milliers de plants d’eucalyptus dans une pépinière de l’entreprise Botnia dans le département de Paysandú en mai 2006. Les voleurs laissèrent un papier qui précisait «ils ne sont pas invulnérables». «Avec pour seule complicité la nuit, nous avons pu atteindre l’apparente invulnérabilité du grand monstre. La nuit du lundi 8 mai, des centaines de milliers d’arbres ont été saccagés dans les entrailles de la pépinière pour éviter que des milliers d’hectares ne soient transformés en champs d’arbres. La chaîne de production a été rompue, les spéculateurs sont perplexes... to be continued» précisait le communiqué sur indymedia Uruguay.

Depuis plus d’un an, les médias ont lancé une campagne extrêmement nationaliste, avec des arguments du type «les argentins veulent les usines pour eux seuls et veulent nous empêcher d’avoir du travail» (bien qu’il semble qu’il n’y aura que 300 emplois directs, si on compte la première étape liée à la construction) et «nos représentants disent qu’elle ne polluera pas, alors pourquoi mentez-vous ?». Comme des supporters de foot, les uruguayens endossent le maillot de ces entreprises et rugissent contre les «méchants argentins», agitant le drapeau d’un Etat créé pour les intérêts commerciaux de la couronne anglaise. Pendant que quelques chefs d’entreprise trinquent dans leurs fauteuils, deux peuples se disputent au nom des intérêts de ces entreprises [le nationalisme uruguayen régénérant à présent le nationalisme argentin]. Entre autres faits ridicules, citons l’annonce du gouvernement en octobre 2006 qu’il enverrait les militaires protéger l’emplacement de Botnia contre de «possibles attaques argentines» ou, plus récemment, la nouvelle démonstration de chauvinisme à Montevideo le 5 février 2007 lorsque quelques membres des assemblées argentines sont venus distribuer des tracts plaza Independenzia avec l’appui d’un petit groupe d’uruguayens, et se sont fait pratiquement lyncher à coups de pierres, coups, insultes et crachats par une foule d’une centaine de personnes «indignées» défendant «la souveraineté du pays». On apprit le lendemain que la camionnette diffusant les consignes de haine au haut-parleur avait été louée par Esteban Valenti, le responsable de la dernière campagne du Frente Amplio au pouvoir.

Comme à l’aube de la première guerre mondiale, resurgit cette même arme du nationalisme déjà utilisée par la bourgeoisie pour tenir en échec le prolétariat international, une arme qui a démontré son efficacité. Mais, compagnons, même lorsqu’il semble que nous ayons tout pour perdre et qu’au premier signe de résistance nous nous ferons empaler, depuis quand cela nous-a-t-il empêchés de réagir ? Nous avons aussi tout un arsenal à notre disposition et une confiance dont nous saurons user, rien ne nous a jamais retenus, et d’où nous sommes nous saurons bien employer toute notre énergie à changer l’état des choses. Il est toujours temps d’agir.

Depuis les rues de Montevideo, avril 2007, un anarchiste débordant de vitalité et d’énergie qui ne pense pas baisser les bras.


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Chronologie partielle du conflit

1985

L’Agence de Coopération Internationale du Japon (JICA) effectue des études de viabilité sur l’implantation d’usines de cellulose.

1987

10 décembre. Approbation de la loi n° 15.921 qui crée des zones franches.

28 décembre. Approbation de la nouvelle loi forestière n°15.939, dont les décrets définissent les zones à vocation forestière qui recevront des subventions étatiques.

1990

25 juillet. Un décret autorise à planter en arbres n‘importe quel terrain qui aurait déjà 60 % à vocation forestière. Avant son abrogation en 1995, il aura permis la plantation de 120 000 hectares.

2002

21 mars. L’Uruguay et la Finlande signent un accord de 20 ans qui protège les investissements finlandais de tout risque de guerre, catastrophes naturelles ou «insurrection».

2003

4 octobre. Suite à l’annonce de l’implantation d’une usine de cellulose de la transnationale espagnole Ence à Fray Bentos, les habitants de la zone coupent pour la première fois le pont frontalier Uruguay-Argentine.

9 octobre. Le gouvernement de Jorge Batlle autorise Ence par décret à construire son usine.

24 octobre. La transnationale finlandaise Botnia annonce sa volonté de construire une usine de cellulose.

24 octobre/1er novembre. Le VIII Congrès du PIT-CNT, unique confédération syndicale du pays, se prononce contre la construction d’usines de cellulose.

10 novembre. Le port de Ence sur le fleuve Uruguay est inauguré en présence du Président Batlle et de celui de la Xunta de Galice.

2004

Février. Des résidents de Fray Bentos et de nombreux journalistes uruguayens des grands périodiques sont invités tous frais payés en Finlande par Botnia.

12 mai. Le parlement vote le traité avec la Finlande, mais sans la voix du Frente Amplio (FA, coalition de toute la gauche).

5 juin. Tabaré Vásquez, candidat à la présidentielle pour le FA, déclare en ce Jour international de l’Environnement : «connaissant les besoins du Tiers Monde, les pays riches nous envoient, à nous, leurs investissements polluants parce qu’ils ne veulent pas détruire leur environnement».

Juin. Second voyage en Finlande tous frais payés par Botnia de résidents, de journalistes papier et cette fois aussi radio.

15 octobre. Le gouvernement concède une zone franche à Botnia.

27 octobre. Le gouvernement concède une zone franche à Ence sur un terrain de 284 hectares.

31 octobre. Le Frente Amplio gagne les élections, Tabaré Vásquez est élu Président et peut compter sur une majorité au Parlement.

2005

16 février. Vásquez transmet aux autorités de Botnia l’appui de son futur gouvernement à l’installation de l’usine à Rio Negro.

30 avril. Manifestation de milliers d’argentins et d’uruguayens partis des deux rives (Gualeguaychú et Fray Bentos) qui se rencontrent au milieu du pont San Martin. Manif connue comme «l’accolade du Pont».

26 juin. Le gouvernement argentin de Kirchner commence son jeu avec le gouvernement uruguayen, exprimant à la Banque Mondiale «sa préoccupation» quant à la subvention de 250 et 170 millions de dollars qu’elle doit accorder à Ence et Botnia.

5 juillet. Vásquez autorise Botnia à construire son port sur le fleuve Uruguay.

19 décembre. Premier blocage de la route 136 à Gualeguaychú, qui empêche toute circulation sur pont frontalier San Martin. Il sera ininterrompu jusqu’en mai 2006. Les deux autres ponts frontaliers, Paysandú-Colón et Sálta-Condordia, seront également coupés de façon régulière.

2006

Janvier. La transnationale Stora Enso (suédo-finlandaise) annonce son intention d’implanter une usine de cellulose.

30 janvier. Vásquez reçoit tous les chefs des partis d’opposition, qui lui réitèrent leur appui dans ce dossier. Le lendemain, 17 chambres de commerce (après la droite, les patrons) soutiennent publiquement le gouvernement.

8 février. Le Président argentin Kirchner présente un recours devant la Cour Internationale de Justice de La Haye pour violation du Traité bilatéral de 1975 sur le fleuve Uruguay.

11 mars. Kirchner et Vásquez, en visite à Santiago du Chili, demandent la levée du blocage du pont à Gualeguaychú d’un côté, et à Botnia et Ence de suspendre les travaux pour 90 jours, le temps d’étudier l’impact environnemental des usines de cellulose. Les blocages de route sont levés, tandis que Botnia annonce qu’elle ne suspendra pas ses travaux plus de dix jours.

18 avril. Les commerçants de Colón (côté argentin) attaquent les assembléistes qui bloquent le Pont Artigas, brûlant les barricades.

19 avril. L’Uruguay fait appel au tribunal des conflits du Mercosur, arguant que le blocage est contraire à la libre circulation des biens et personnes entre pays signataires.

30 avril. Au premier anniversaire de l’ «accolade sur le Pont», 100 000 manifestants se rejoignent sur le Pont San Martin à Gualeguaychú.

5 mai. A Gualeguaychú, meeting de Kirchner, accompagné de 21 gouverneurs de provinces sur 23, qui en fait une cause nationale, instrumentalisant la lutte.

12 mai. Lors du IVe Sommet Union Européenne-Amérique Latine à Vienne, la cérémonie est interrompue par la reine du Carnaval de Gualeguaychú en bikini qui tient une pancarte contre les usines de cellulose.

5 juin. Accord entre Botnia et le syndicat de la construction (SUNCA, membre du PIT-CNT) pour assurer la pacification sociale sur le chantier.

13 juillet. La Cour Internationale de Justice de La Haye rejette la plainte argentine.

2 août. L’Uruguay propose à l’Argentine la surveillance commune des usines, ce qui est refusé.

6 septembre. Le tribunal des conflits du Mercosur accède partiellement à la demande uruguayenne, condamnant «l’attitude permissive» argentine face aux bloqueurs de route.

21 septembre. Ence annonce qu’elle va relocaliser son usine.

29 septembre. Grève depuis une semaine sur le chantier de Botnia, menée par le syndicat SUNCA, contre l’embauche de travailleurs étrangers.

2 octobre. Le gouvernement confie à l’armée la surveillance du port et de la zone franche de Botnia.

8 octobre. Un porte-parole de l’assemblée de Gualeguaychú affirme que «Gualeguaychú est une poudrière qui n’est pas loin d’exploser».

13 octobre. Le blocage permanent du Pont San Martin, recommence Le gouvernement argentin et le gouverneur de la province s’en dissocient dans un communiqué public.

3 novembre. Durant le 16e Sommet Ibéro-américain à Montevideo, un mur de parpaings est élevé sur le pont San Martin.

15 novembre. Première visite du médiateur envoyé par le Roi d’Espagne pour résoudre le conflit au niveau institutionnel.

21 novembre. La Banque Mondiale accorde un prêt de 170 millions de dollars à Botnia et un second de 300 millions, géré directement par une de ses agences.

22 novembre. Kirchner redemande la levée des blocages, tout en précisant refuser de «lever la main contre d’autres argentins».

30 novembre. Plainte de l’Uruguay devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) contre l’Argentine pour obliger son gouvernement à empêcher le blocage des ponts.

4 décembre. Le gouvernement confie par décret la garde extérieure de la zone de Botnia à l’armée.

12 décembre. Ence annonce depuis la Casa Rosada (résidence de Kirchner), la relocalisation de son usine de cellulose aux environs de Conchilas, province de Colonia (Uruguay).

18 décembre. A la demande de Botnia, l’armée ne surveillera pas ses installations, «pour une question d’image».

2007

12 janvier. Une centaine de membres de l’Assemblée de Gualeguaychú tentent de bloquer le terminal de Buquebus à Buenos Aires, où arrivent les bateaux de voyageurs faisant la navette entre l’Uruguay et l’Argentine. Lors de cette première intervention hors de leur province, les trois ponts sont coupés simultanément pour la première fois.

23 janvier. La CIJ rejette la demande uruguayenne, arguant que les blocages n’affectent pas son droit à construire des usines de cellulose sur son territoire. Dans les assemblées, on crie victoire et les gens du coin reprennent espoir. Le blocage simultané des trois ponts se fera plus fréquent tout le printemps.

29 janvier. Nouveau voyage du médiateur du Roi d’Espagne. L’Argentine insiste sur la relocalisation des usines de cellulose, l’Uruguay sur la levée des barrages. La CGT argentine (la confédération syndicale péroniste, fondée en 1930) donne son appui à l’Assemblée de Gualeguaychú.

31 janvier. Second blocage simultané des trois ponts.

5 février. Quelques membres des assemblées venus distribuer des tracts à Montevideo se font pratiquement lyncher à coups de pierres, coups, insultes et crachats par une foule d’une centaine de personnes «indignées» défendant «la souveraineté du pays». La camionnette diffusant les consignes de haine au haut-parleur avait été louée par Esteban Valenti, le responsable de la dernière campagne du Frente Amplio au pouvoir.

26 mars. Botnia annonce qu’elle commence les tests hydrauliques le mois suivant et sa production en septembre.

3 avril. Un ouvrier chilien meurt sur le chantier de Botnia. Le gouvernement demande le respect des normes de sécurité.

5 avril. Une centaine de membres de l’Assemblée de Gualeguaychú tentent une seconde fois de bloquer le terminal de Buquebus à Buenos Aires. Deux arrestations provoquent aussitôt quatre heures de barrage de la route 14 au nord de Gualeguaychú (route qui conduit au Brésil) jusqu’à leur libération.

16 avril. Botnia et Ence annoncent qu’elles vont financer le nouveau commissariat de police à Fray Bentos, pour un coût de 80 000 dollars (et 32 keufs).

22 avril. Un groupe mandaté par l’Assemblée de Gualeguaychú attaque le stand de la Finlande à la Feria del Libro de Buenos Aires.


[Extrait de "Cette Semaine" n°92, mai 2007, pp.36-39]