Cévennes : expulsion de la Pich’


Attends, j’ai pas tout piché, là ?

L’expulsion/destruction de la Pich’ le 11 juillet a provoqué de nombreuses réactions, le Préfet de Lozère allant même jusqu’à évoquer «une certaine détérioration du climat social». Ce brave domestique du pouvoir, certainement habitué à ne fréquenter que des êtres aussi soumis que lui, pensait peut-être qu’une fois la propriété défendue à coup de bulldozer, tout aller enfin rentrer dans l’ordre.

De fait, entre réunions, assemblées, manifestation (comme le 26 juillet devant la sous-préfecture de Florac), affiches, tracts sur les marchés ou communiqués de presse de tout ce que la vallée compte d’associations de citoyens indignés et au-delà, la Pich’ continue à faire parler d’elle. Si d’un côté les compagnons tentent, malgré les difficultés, de lancer des pistes de réflexion et d’agitation, la récupération politique pointe aussi son groin.

A l’image du conseiller général du coin qui précise, avec toute l’intelligence qui peut sortir du cerveau d’un tel reptile, que «l’évacuation d’un squat je peux comprendre, la destruction du lieu en question, je ne l’admets absolument pas», on se souvient soudain que la Pich’ a servi de maquis-école. Il s’agirait donc à présent d’en faire «un lieu de mémoire» de la Résistance. L’image n’est pas fausse, vu que ce (désormais) tas de pierres correspond bien à ce qu’a généralement été la Résistance française : la ruine d’une possibilité de rupture avec l’ordre de ce monde. Elle a par exemple recouvert plus qu’à son tour la livrée du nationalisme le plus abject («A chacun son boche !» titrait par exemple L’Humanité à la veille de la libération de Paris), appuyé par une collaboration de classe des plus ouvertes dans la continuité du régime qu’elle combattait. Ce qui n’empêche pas bien sûr qu’il y ait eu des révolutionnaires et nombre d’hommes sincères en son sein, qui se sont en général d’abord fait liquider par un océan de collaboration, par la résistance stalino-gaulliste ensuite.

Cependant, à force de vouloir enterrer au nom d’une mémoire morte (une mémoire de pierre) pour la énième fois ce que des combattants de la liberté ont pu avoir de subversif en un contexte pas si éloigné du nôtre, il se pourrait bien qu’une autre mémoire, bien vivante celle-là, se réveille : celle du goût diffus pour l’action directe et le sabotage, qui pourrait bien rappeler de mauvais souvenirs à l’Etat et ses serviteurs, au propriétaire agitant un chiffon de papier qu’il prend pour un titre, ou aux ternes collabos qui se sont réjouis du respect de la loi. Au nom de la Liberté, bien sûr…

Un passant occasionnel

le 9 août 2007

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.11]