Manifestation sauvage à Barbès


Mercredi 16 mai, après la traditionnelle manifestation plan plan Bastille-Nation de la gôche, un second rendez-vous est fixé pour le soir à Bastille. Une centaine d’individus, s’échappant du piège policier tendu sur la place, se rend alors à Barbès pour partir en manif sauvage…

Climat pesant ce 16 mai à Paris. Comme d’habitude il fallait que rien ne puisse arriver et pourtant.

Une première manifestation part de Bastille vers Nation dans l’après-midi, 1500 personnes environ défilent dans un calme plat et sous le regard de plein de keufs en civil. Une manif « réussie » selon les gentils organisateurs. A Nation, tout le monde attend, nous attendons qu’il se passe quelque chose mais rien ne se passe. Timidement néanmoins, un rendez-vous pour le soir à la Bastille 20h30 et ensuite on bouge ailleurs pour esquiver les flics. 20h30 à la Bastille, toujours autant de flics : des cars en nombre impressionnant qui stationnent dans les rues alentours et des civils au rassemblement composent le dispositif prêt à se refermer sur nous. Puis ce mot qui circule « à Barbès au plus vite ».

On s’éclate pour se reformer ailleurs, on n’est pas très nombreux, une centaine, à avoir répondu à l’appel. Là, une voiture de flics nous mate grave en passant, c’est la surprise pour eux. L’ambiance est électrique, on va pouvoir faire un truc, c’est sûr. Allez faut se bouger, nous partons un peu au hasard en manif sauvage, nous commençons par crier « Paris debout, réveille-toi », « Sarko, nique sa mère » ou encore « Sarko au poteau », on a envie d’en découdre.

Boulevard de Rochechouart, on croise une bagnole de keufs aux cris de « Nique la police », elle se reçoit une bouteille et s’en va vite voir ailleurs, si on y est. L’idée de partir pour rameuter des gens et grossir rapidement fait rapidement place au « Il faut frapper ». Le temps que quelques personnes du quartier s’empressent de nous rejoindre, la rage au ventre, et la manif continue. Quelques rétros et quelques vitres de bagnoles sont shootés et détruites pour ensuite partir sur un truc plus ciblé.

On descend alors sur la rue des Martyrs dans le 9ème arrondissement qui n’a rien de populaire malgré les conneries qu’on peut lire. Une quinzaine de banques, assurances, agences immobilières et concessionnaires automobiles voient leurs vitrines systématiquement détruites principalement sur les rues des Martyrs, rue Clauzel et rue Notre-Dame de Lorette. Ca ne durera pas, nous sommes trop peu nombreux, au-dessus de l’église Notre-Dame de Lorette, on se disperse avant de voir les keufs. Il est possible que les sirènes folles qu’on entendait au loin soient les signes de quelques arrestations, nous n’en savons pas plus à ce sujet.

20 minutes ça aura duré, 20 minutes que nous avons arrachées à l’apathie des derniers jours, 20 minutes où la rage face à ce monde s’est exprimée, 20 minutes dérobées aux regards des bâtards en uniformes. 20 minutes de vie dans cet océan mortifère. 20 minutes et aucun journal n’en parle, même pas Métro [sic].

Même à peu nombreux, on peut esquiver les flics, on peut frapper encore. La lutte continue.

[Récit publié le 17 mai 2007 sur Indymedia Paris]


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.5]