Belgique

Le 25 juin 2007, deux blocages de circulation ont été réalisés simultanément à Gand et à Bruxelles en solidarité avec Geert et contre toutes les prisons.
Tôt le matin, un barrage a été érigé dans le Nieuwe Wandeling, la rue de la prison de Gand. Des banderoles proclamant “La prison est tout près” ont été fixées au barrage et des tracts distribués. Quelques bombes fumigènes couvraient la rue…
A Bruxelles, le carrefour de la rue du Trône et de la rue du Viaduc a été bloqué vers 7h45. Une banderole a été accrochée au feux rouges, «Ce n’est pas parce que les temps sont durs que nous n’osons pas, mais c’est parce que nous n’osons pas que les temps sont durs !», et des tracts distribués. Les ouvriers d’un chantier voisin ont essayé d’intercepter des compagnons avant de déchirer la banderole. Il n’y a pas eu d’arrestations.

ARRÊTONS NOUS QUELQUES INSTANTS…
SUR UN ACCIDENT PAS SI ACCIDENTEL QUE ÇA



25 juin 2007 — Aujourd’hui la routine quotidienne sera interrompue avant l’aube. Vous voilà privés pour quelques instants de votre si précieuse liberté de mouvement automobilisée. L’origine de cet arrêt temporaire n’est pas le énième accident de la route mortel que l’on retrouvera demain dans la rubrique fait divers des journaux. La route vous est barrée à cause d’un autre accident, non moins quotidien et non moins atroce. Aujourd’hui, « le cours normal des choses » frappe durement ceux qui ne partagent pas votre liberté de mouvement douteuse ; tous ceux qui sont enfermés dans les centres fermés et les prisons de l’Etat.

Nous vous faisons savoir…

Que depuis le début 2006, ça bouge dans les prisons belges…

Que depuis lors les prisonniers, avec la régularité d’une horloge, se révoltent contre leurs conditions de détention et les continuelles brimades, humiliations et tortures des matons…

Que dans les prisons belges, la mort est familière et que chaque année des dizaine de prisonniers y laissent leur vie dans des overdoses, des « suicides » et des meurtres directement commis par les matons (mort de Fayçal dans la prison de Forest en septembre 2006)…

Que les matons, avec leurs nombreuses grèves, alourdissent les peines des prisonniers qui protestent contre leurs conditions (interdiction des visites, promenades, douches,…) et que ce moyen est utilisé régulièrement pour camoufler leur régime de terreur (brimades, humiliations, trafic de drogue, les morts « suspectes » des prisonniers)…

Nous vous faisons aussi savoir…

Que aujourd’hui nous avons décidé d’amener dans la rue la question de la prison…

Que l’enfermement dans cette société n’est pas un accident occasionnel, mais un embouteillage planifié qui est indispensable pour défendre les rapports existants et neutraliser les conflits sociaux…

Que les prisons font de plus en plus leur chemin dans notre société…

Que les barreaux invisibles des caméras, des systèmes d’identification électronique et l’expansion des services de contrôle de toutes sortes traversent aussi vos vies…

De plus, nous vous faisons savoir...

Que chaque forme de rejet contre ce développement est confronté à la répression…

Que chaque forme de solidarité contre les prisons (que ce soit en faire sortir des informations, dénoncer les abus propres à la détention et la remise en question de la privation de la liberté elle-même) amène souvent à de lourdes condamnations ciblées par des chefs d’accusations arbitraires.

Qu’un de nos camarades, à cause de sa solidarité avec des prisonniers, a été condamné à 1 an ferme pour avoir refuser de décliner son identité…

Que ces intimidations renforcent notre goût pour la liberté…

Vous le voyez, tout ne marche pas comme sur des roulettes. Aujourd’hui vous ne roulerez pas sans encombres vers votre travail. Il y a les otages de chaque jour et il y a ceux de quelques instants. Nous attirons pendant encore quelques instants votre attention sur la prison et son monde qui, en fin de compte, est aussi le vôtre.

Quelques minutes encore où le silence assourdissant est brisé. Une courte détention, une sorte de grelot qui tinte de temps à autre…

Après, vous pourrez à nouveau disposer librement, sous l’œil approbateur des caméras et à l’ombre des murs de prisons.

Intercommunale des Scandaleux Travaux de Voirie

[Tiré de La Cavale n°8, juin 2007, p.10, tout comme le texte Nationalité! page précédente]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.42]