Belgique

Nationalité !

« Nationalité! » A 5h du matin, Yacob est brutalement réveillé par la police. Ils le prennent en otage parce qu’il n’a pas de papiers et contrôlent ses empreintes au poste de police. L’ordinateur sort une liste de jugements soigneusement préparés : 6 mois pour vol d’un produit d’une valeur de 5 euros et deux fois 3 mois pour séjour illégal en Belgique.

«Quelle est votre nationalité? » demande le directeur de la prison quand Yacob y arrive. Notre ami en a marre de cette question qui ne cause que des problèmes et refuse d’y répondre. Alors le directeur le menace de supprimer ses visites, mais Yacob ne laisse pas tomber.

En cellule, c’est la bagarre, car l’origine de Yacob n’est pas claire. Quelques co-détenus prennent sa défense et le chasseur de nationalités se calme.

Nationalité ?

Partout où Yacob arrive, on essaye de le catégoriser dans une cage de nationalité pour ensuite mieux pouvoir l’inclure, l’exclure ou le déporter. Le refus d’une nationalité a déjà causé beaucoup de problèmes, pas que pour lui, mais aussi pour l’Office des Etrangers qui ne réussit pas à découvrir ses « racines ». Nous, les amis et amies de Yacob, nous en avons marre. Marre des nationalités, marre des origines. Nous nous sommes liés dans les coeurs les uns les autres, et notre maison c’est le nous.

Notre lutte…

Notre lutte aux côtés de Yacob a commencé le 7 décembre 2006, quand il a été incarcéré à la prison de Leuven. Il a été condamné à 6 mois de prison ferme pour vol de sacs poubelle. Yacob a fait appel contre le jugement et, dès ce moment, il était à la disposition de l’Office des Etrangers. Durant 4 mois, ils l’ont mis dans différents camps de déportation. L’Office n’a pas cessé d’essayer de découvrir sa nationalité, et donc un moyen pour l’expulser du pays. Mais les manifestations et rassemblements de solidarité ont donné de la force à la résistance de Yacob contre toute forme de collaboration avec l’Office. Des affiches et des tags contre les centres fermés sont apparus sur les murs et une émeute au centre fermé de Vottem s’est répercutée par du verre brisé chez Fedasil. Des tracts ont été distribués et l’Office a été harcelé par des appels et des fax.

Après quasi 4 mois passés dans les griffes de l’Office, Yacob est relâché. Grâce à son refus total de collaborer, l’Office n’a pas pu obtenir un laissez-passer pour lui. Et de toute façon, il ne provoquait que des problèmes…

…continue

Actuellement, Yacob est à nouveau enfermé. Il ne sera pas resté plus de 3 mois chez nous. L’avenir est incertain, et comme tous les sans-papiers et leurs amis, nous ne savons pas ce qui nous attend.

Mais nous savons bel et bien que Yacob comme tant d’autres « non-belges » n’est pas bienvenu dans l’Etat belge. Et que l’Office maintient une étroite collaboration avec la Justice pour rendre impossible la vie des sans-papiers en Belgique. La Justice et l’Office s’utilisent mutuellement pour incarcérer des gens, elles échangent des données, elles s’entraident pour décourager, s’acharner et casser les « étrangers ».

En solidarité avec Yacob et tous les autres, nous rejetons toutes les nationalités. Peu nous importe d’où vient qui. La seule chose qui compte, c’est que nous soyons ensemble.

Les amis et amies de Yacob contre la Justice et l’Office, juin 2007


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.40]