A Montreuil, le squat du Chatô du 35 avenue Pasteur, occupé depuis l’hiver 2006, était expulsable depuis le verdict de la cour d’appel le 24 mai dernier.

Le 1er juin, les flics aidés par les pompiers parviennent à rentrer et à le vider de tout (portes et fenêtres compris)… sauf de ses habitants, réfugiés sur le toit. Ce n’est que partie remise et le 6 juin au petit matin, le RAID intervient pour mettre un terme définitif à l’occupation.

Un mineur est arrêté lors de l’expulsion, accusé de dégradation et passera plus tard en jugement. Enfin, le soir même lors de la manif sauvage de protestation, quatre personnes seront arrêtées suite à une intervention contre le domicile de Brard, le maire stalino-mafieux de Montreuil. Deux seront relâchées le lendemain 7 juin, les deux dernières le surlendemain après 48h de garde-à-vue. Elles étaient convoquées le 19 juillet au tribunal de Bobigny pour «rébellion».

On va nous expulser
Nous sommes énervés

Ça y est, le chatô à Montreuil est expulsable. Ce 24 mai, un mois après l’audience, la décision de la cour d’appel de Paris est tombée. La décision du juge d’exécution des peines qui nous donnait jusqu’à fin septembre a été cassée.

Certains d’entre nous avaient croisé Brard [le maire stalino-mafieux] lors du vide-grenier, rue Ernest Savart, il nous avait bien dit qu’il avait le pouvoir de décider de qui pouvait rester sur son territoire, sa commune. Il nous avait promis une expulsion imminente, une expulsion qui, pourtant officiellement, ne dépendait pas de lui, puisque l’on attendait toujours une décision de justice.

A l’audience du 26 avril où la BNP voulait remettre en cause les délais accordés, la juge semblait attentive à notre cause. A ce moment-là, malgré notre méfiance face à la justice, nous y avions un peu cru. Mais aujourd’hui le résultat est là. Nous voyons une fois de plus que la justice est soumise aux pouvoirs des politiques et de l’argent. Brard est allé jusqu’à écrire pour le procès une lettre soutenant la BNP. Depuis le début, Brard et la BNP ont travaillé main dans la main pour accélérer la transformation du parc en barre de béton, et mettre à la rue une vingtaine de personnes et les nombreuses initiatives qui ont émergé de ce lieu. Ils ne cessent de répéter qu’en occupant la maison, nous empêchons la construction de “logements sociaux”. Ne soyons pas dupes. Depuis quand les banques font-elles du social ? On sait ce que le mot “social” peut recouvrir aujourd’hui : au chato, il désignera des “résidences de standing en accession à la propriété”. Et si Mr Brard voulait tant axer sa politique sur le social, rien ne l’empêchait de préempter la maison avant qu’elle ne tombe dans les mains d’une grande banque. Au contraire, il préfère soutenir une banque et un projet qui vise à raser un grand jardin, à réhabiliter une maison habitable… Et puis le plan local d’urbanisme nous expliquera qu’ailleurs, dans Montreuil, on fera un “îlot de verdure” artificiel avec trois ridicules arbres et un banc. En fait, toute cette histoire n’est qu’une belle opération de promotion immobilière, où les envies et besoins des gens du quartier comme des squatters ne comptent pas par rapport à des liasses de billet…

Face à ces puissants, on sait qu’il est difficile de lutter, que l’on finira bien par se faire expulser. Mais nous ne sommes pas résignés, nous sommes énervés. Nous sommes déterminés à résister. De multiples initiatives peuvent témoigner d’une hostilité à cette expulsion. A l’hiver dernier, au début de l’occupation de cette maison, de nombreuses personnes étaient venues spontanément se rassembler devant la maison, nous montrer leur soutien, nous aider à résister. De tels moments de résistance collective sont des moyens concrets de nous organiser ensemble et ainsi de lutter contre ce monde.

[Tract distribué à Montreuil le 25 mai 2007]

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Ce matin 1er juin vers six heures trente, la police est intervenue pour expulser le Chatô, à Montreuil. Incapables de défoncer la porte au bélier, les flics l’ont complètement détruite à coup de hache (merci aux pompiers d’à coté). Mais certain-e-s habitants étaient sur le toit, d’autres sur les gouttières, et n’ont pas pu en être délogés. Sous la pressions de voisin-e-s, d’ami-e-s, les flics sont repartis vers 9h. Expulsion ratée donc [qui aboutira cependant le 6 juin], mais le Chato n’a plus de porte, ni de fenêtres, ni de mobilier (chaises, tables, matelas etc).

On reste !

Ça devait arriver, le jugement l’avait annoncé : l’expulsion d’un grand lieu occupé à Montreuil, à deux pas de la mairie, sur l’avenue Pasteur. Depuis le 25 mai, nous les attendions jour après jour, et c’est peu avant sept heures qu’ils ont débarqué. Ils avaient pour ordre de nous sortir, d’enlever tous les meubles et de laisser la maison vide pour que la BNP puisse réaliser, avec l’aide de la mairie, son grand rêve immobilier et financier d’un charmant blockhaus paysager pour jeunes cadres. Avec destruction du grand jardin en prime.

Mais bon. Les flics, ces bons casseurs autorisés, ont finalement dû recourir au secours des pompiers pour ne réussir à défoncer la porte d’entrée qu’au bout de 45 minutes. Ils ont ensuite déménagé les quelques meubles et matelas que l’on avait bien voulu laisser, renversant au passage tout ce qu’ils pouvaient. Puis, ils se sont mis à enlever des fenêtres et des portes : joli et méticuleux travail visant à rendre inhabitable la baraque.

Mais bon. Ils ne sont pas allés jusqu’au bout de leur opération sordide. Des occupants étaient paisiblement installés sur les gouttières, d’autres sur le toit. En bas, dans la rue, pas mal de monde : des copains, des voisins, des voisins devenus des copains et aussi des passants. Et du bruit, même à cette heure matinale, entre les slogans, les chansons, et les morceaux de clarinette. Un refus obstiné d’obtempérer des gens sur les gouttières, une trappe d’accès au toit bien bloquée, un petit peu de remue-ménage en bas et le tour a été joué. Tout ce beau monde en uniforme a fini par repartir, nous laissant avec la maison ouverte à tous les vents.

Mais bon. Une fois cette barrière levée, les retrouvailles passées, nous nous sommes dits qu’il fallait continuer de plus belle. De grandes portes sont arrivées par des potes, des matelas par des voisins, des meubles par un passant. Nous nous sommes mis au travail pour monter, fixer, transporter, replacer, cuisiner, manger et garder cette maison et nos rêves que nous ne pouvons abandonner.

Mais bon. Nous savons que nous sommes toujours vulnérables, car expulsables. Que les flics pourront revenir bientôt et nous déloger pour de bon. En attendant, nous avons cette intuition sur ce qu’il s’est passé : que cela n’aurait jamais pu voir le jour sans un refus collectif de laisser se passer, dans le silence et l’apathie, ce genre de chose. Aujourd’hui, en tout cas, nous avons pu voir qu’une simple solidarité quotidienne pouvait se muer en résistance, et que les rencontres, même banales, dans un quartier, pouvaient conduire au moins ponctuellement à la constitution d’une belle puissance.

Pour faire durer tout ça, retrouvons-nous ici ou ailleurs, ou même dès de samedi 2 Juin à partir de 15h, place de la mairie.

[Tract distribué à Montreuil le 1er juin 2007]


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.9]