Chili : Le terrorisme d’Etat, toujours


Le 3 mai 2007, Rodrigo Cisternas, ouvrier forestier de 26 ans employé de l’entreprise Bosques Arauco, a été assassiné par la police. Sa mort s’est produite vers 22h dans la région de BioBio, alors que près de 1000 travailleurs en grève depuis 45 jours bloquaient la route afin d’obtenir des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail. Une fois la route coupée, les gardiens du capital sont arrivés et les affrontements ont commencé. Pour dégager les lieux, la police a utilisé force lacrymos et balles en caoutchouc, blessant une dizaine d’ouvriers et détruisant au passage les véhicules des manifestants qui bloquaient la route. Rodrigo s’est alors emparé d’un tractopelle, son outil de travail, réussissant à renverser le canon-à-eau, avant d’être abattu par les armes automatiques des chiens en uniforme.

Il y a quelques jours est mort le jeune Rodrigo Cisternas, abattu d’une centaine de balles par les carabiniers du Gope et les keufs. Les mêmes balles, les mêmes armes nous assassinent aujourd’hui comme hier. Nous ne le disons pas d’une manière plaintive, vu que Rodrigo avait transformé l’engin qui l’assassinait quotidiennement par l’esclavage salarié en une arme dirigée contre les défenseurs du Capital, attaquant avec toute sa rage non seulement des voitures de la police mais aussi les assassins directement : en visant leurs corps. L’Etat n’est en effet pas seulement composé d’institutions et de leurs relations sociales, mais aussi de ceux qui dirigent et obéissent, d’individus avec un nom et un prénom. Et c’est lorsque nous attaquons non seulement leurs intérêts mais aussi leurs corps qu’ils commencent à avoir peur. La détermination et le courage de Rodrigo ont montré l’espace d’un instant qu’ils ne réussiront jamais à éteindre la guerre entre les classes, et que tous les appels au calme larmoyants des syndicats et des partis (à droite ou à gauche du capital) ne cherchent qu’à construire l’unité lui permettant de consolider ses projets. Nous ne demandons rien au gouvernement, parce que nous voulons seulement sa ruine. Il nous fait entendre des lamentations hypocrites sur ces gens qu’il déteste, ceux qui s’entassent au centre et à la périphérie de toutes les villes, alors que si cela ne tenait qu’à lui, il nous aurait déjà tous assassinés pour renforcer ses projets.

Assez de plaintes et de processions misérables qui ne cherchent qu’à calmer et à faire taire les voix dissonantes, ouvrant ainsi grand les portes à la répression contre tout ce qui brise l’ordre social. Comprenons une fois pour toutes que les morts suite à un assassinat par les flics, à un accident du travail ou dans les bidonvilles ne sont pas uniquement provoquées par ceux qui appuient sur la gâchette ou commettent une erreur, mais que le responsable, disons-le clairement, est le capitalisme dans son ensemble, la bourgeoisie dans son ensemble, indépendamment de qui a ordonné les tirs.

Cet assassinat ne doit pas servir à renforcer les chaînes qui nous emprisonnent mais à transformer la guerre qu’ils mènent en une guerre sociale contre tous les exploiteurs. Et pour ce faire, il faut d’abord aller au-delà de la dénonciation des flics et de leur répression, et attaquer afin de détruire l’Etat et le Capital.

Contre leur ordre démocratique, feu, pierres et subversion

Balayons avec détermination toutes les formes de capitalisme

edicionespiratas@riseup.net

[Traduit de l’espagnol. Texte qui a circulé au Chili en mai 2007 et publié sur klinamen.org le 24 juillet 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p. 31]