Grèce

Les incendies d’été, le casino et les anarchistes…

Fin juin. La vague d’incendies de l’été grec commence à pointer son nez. Parmi ceux-ci, en bordure d’Athènes, celui du mont Parnitha prend en quelques heures une dimension catastrophique. Face à cette situation, quelle est la réponse des autorités ? Elles ne trouvent pas mieux que de protéger à tout prix du feu le casino situé au sommet du mont. Résultat : le mont est calciné, le casino sain et sauf, et avec lui les intérêts économiques de nombreux investisseurs… Une grande partie des secteurs sociaux se mobilisent alors face à ce scandale, au milieu de l’indignation générale.

Parmi les différentes actions, l’une consiste à la convocation et mise en place d’une assemblée ouverte, à laquelle prennent part différents groupes et individus, aussi bien anarchistes-antiautoritaires que d’autres tendances plus ou moins politisées. Le résultat de ces rencontres est la convocation pour le vendredi 27 juillet d’une manifestation vers le téléphérique situé au pied du mont, géré par le casino en question. Au cours de la manifestation fusent des slogans comme «que brûle, que brûle le casino et le Parlement !».

Face à cette manifestation, expression d’un travail autonome, auto-organisé, les autorités commencent à craindre ce qui pourrait se développer…

Le dimanche matin, un groupe de compagnons se dirige vers le casino, munis de bombes de peinture spray, de peinture prête à être jetée et de pancartes. La réponse répressive des sbires du pouvoir ne se fait pas attendre. Les compagnons se dispersent alors en petits groupes pour tenter de fuir du lieu, poursuivis par un hélicoptère de la police et bientôt par une présence massive de forces en tenue anti-émeute. L’un après l’autre, les groupes sont acculés, sans possibilité de résistance. Ils sont arrêtés, menottés et frappés (comme savent si bien le faire les flics).

Après plusieurs heures d’attente, un total de 27 compagnons est conduit à la Direction Générale de la police à Athènes, épuisés par la fatigue de la marche, la soif et les coups reçus. Devant les portes du bâtiment se sont rassemblés une quarantaine de compagnons qui ont su ce qui venait d’arriver au mont Parnitha. A l’intérieur de la Direction Générale, les abus continuent, si bien que quatre compagnons arrêtés terminent à l’hôpital dépendant de la police.

Le lendemain doit commencer la farce judiciaire. Depuis le matin, un groupe d’une centaine de compagnons est présent au tribunal, bien que les arrêtés ne soient présentés que le soir. A l’arrivée de ces derniers, le déploiement policier redevient visible (dans un rapport de deux flics par compagnon), ce qui ne fait pas taire les voix solidaires, les slogans sont même repris par les compagnons conduits à l’audience. Après cette première journée, les arrêtés sont reconduits à la Direction Générale de la police, ce qui provoque une bagarre à leur sortie du tribunal, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment, et de nouvelles interpellations…

Mardi matin, les accusés sont à nouveau présentés devant les juges qui doivent décider de leur remise en liberté, le jugement étant attendu pour le lendemain… Le soir se tient une assemblée à laquelle participent aussi bien les accusés que les compagnons, dans le but d’analyser ensemble la situation et de décider d’une action commune concernant le jugement et les actions de solidarité…

Mercredi 1er août, les compagnons sont convoqués à 9h du matin, bien que le cirque ne commence pas avant midi. Ils sont à nouveau appelés dans la salle d’audience, s’y présentent, avant qu’on leur dise cinq minutes après de se casser, l’audience étant reportée à une heure plus tard…

A la sortie de la salle, dans le hall, est présent un groupe de flics en civil, vite identifiés par les compagnons comme responsables de la raclée reçue à la Direction Générale. Les insultes fusent pendant plusieurs minutes et, alors que les choses se calment, nouvelle agression policière avec la réponse en bonne et due forme du groupe (aussi bien des accusés que des compagnons présents)… suivie par celle des anti-émeute qui ne tardent pas à faire leur apparition. Résultat, un des compagnons accusés est envoyé à l’hôpital, la tension règne, nouvelles assemblées, plus d’attente, de fatigue et ce jusqu’au soir. Enfin, après un retour au tribunal, le jugement est renvoyé au 9 août.

On doit donc à présent attendre cette date pour voir comment vont avancer les choses. Rajoutons que le lendemain, jeudi 2 août, a été jugé le compagnon arrêté lundi au cours des bagarres. Il a été condamné à cinq mois de prison pour agression contre une autorité constituée et rébellion. L’accomplissement de la peine est suspendue, vu qu’il y a eu appel.

Les 27 compagnons sont principalement accusés de violation d’intérêt privés et de trouble à l’ordre public, délits qui ne vont pas au-delà d’une sanction administrative. On se trouve donc une fois de plus devant un cas où ce ne sont pas les faits en eux-mêmes qui sont jugés, mais ceux qui les ont menés, vus sous un angle politique. Il n’y aura pas de surprise dans les jugements à venir, mais demeure la campagne d’agression et d’usure contre le mouvement libertaire, menée par les forces de répression et les mécanismes étatiques. Ce qui ne nous surprend pas ni ne nous fera reculer.

Au contraire, s’ils veulent jouer, jouons.

Contre qui et contre quoi nous nous mobilisons est bien clair, non pas d’un point de vue passif et négatif, mais de manière active, en prenant en compte nos objectifs, sous un angle ponctuel comme général. Ceci dit, nous n’oublions pas ceux qui souffrent le plus directement de l’autoritarisme. Nous n’oublions pas non plus que les incarcérations, jugements, compagnons prisonniers, etc. font partie d’un tout dans lequel nous sommes inclus, et que ce n’est qu’à travers l’auto-organisation et l’action directe que nous pourrons avancer… Ne pas se dérober jour après jour est la meilleure façon de se solidariser avec tous… Ainsi, encore une fois…

Solidarité active !
Courage compagnons !
Contre leur justice, action !

[Traduit de l’espagnol. Publié le 6 août 2007 sur klinamen.org]


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.35]