Grèce

Giannis Dimitrakis condamné à 35 ans de prison


Le rendu du verdict était prévu pour lundi, mais l’audience s’étant prolongée plus que prévu, il est tombé hier mardi 17 juillet.

Les jours précédents, tous les témoins ont conclu leurs déclarations, tout comme les avocats de l’accusation. Lundi, c’est la défense de Giannis qui a mis l’accent d’un côté sur les conditions de misère auxquelles nous conduit le système actuel (un discours pas précisément révolutionnaire, mais curieux dans la bouche d’un avocat), et d’un autre côté sur les contradictions dans lesquelles a plongé l’accusation. Ont ainsi été repoussés les montages construits autour de ce cas, et spécialement ce qui concernait le rapport de Dimitrakis avec des expropriations précédentes et avec un groupe «supposément organisé» qui se dédierait à de telles actions ; ont été aussi démontés les faits concernant la «tentative d’assassinat», démontrant qu’il s’agissait au contraire d’un acte d’autodéfense, qu’il ne s’agissait à aucun moment de mettre en danger la vie de quelqu’un.

Tout ceci, devant une salle remplie de compagnons qui sont restés proches de Giannis au cours de tous ces jours, et qui ont tenu à faire face, chacunE, aux tentatives des forces de répression d’éroder cette solidarité par leur présence massive et étouffante, avec leurs contrôles permanents et poussés, afin que le compagnon Dimitrakis se sente isolé, ce qu’elles n’ont obtenu à aucun moment.

Hier finalement, mardi à 11h du matin, a commencé la lecture du verdict. A un certain moment, la salle (comptant de nombreux compagnons mais aussi quelques misérables journalistes) a été évacuée pour «raisons de sécurité», moment où tous les compagnons se sont rassemblés aux portes de la salle, reprise par les flics anti-émeute.

De tout ce qu’à défendu l’accusation, il est resté ceci : coupable du braquage à la Banque Nationale, coupable de triple tentative d’assassinat, coupable d’association de malfaiteurs. Acquitté du reste des accusations. Au total, le résultat de l’exposé du juge devient : 15 ans pour le braquage, 6 pour l’organisation d’une association de malfaiteurs (avec application de la loi anti-terroriste), tenant compte la possession et l’usage d’armes, et 5 ans pour chacune des trois charges de tentative d’assassinat (une à l’unanimité, à la majorité de deux membres du tribunal contre un pour les deux autres). Au total, 35 années, desquelles il n’accomplira en principe que 25 (limite maximale de séjour continu en prison dans l’Etat grec).

Reste à attendre l’appel, qui peut rabaisser certaines peines, et en tenant compte de l’accomplissement des 3/5 de la peine et des réductions s’il travaille en prison, il se peut qui effectue autour de 10 ans… Que dire, compagnons…

Dès le début de sa détention s’est ouvert un procès à caractère politique, vue sa condition —déclarée— d’anarchiste. Ses conditions de détention et tout ce qui s’est dit durant le procès laissaient clairement entendre que sa «dangerosité» venait surtout de là, bien plus que des faits eux-mêmes. C’est ainsi que s’explique par exemple ce qui s’est passé en avril dernier, lorsque les matons sont entrés de nuit dans sa cellule pour le tabasser salement. Ce n’est pas resté sans réponse, ni dedans ni dehors (une mutinerie générale a explosé les jours suivants dans différentes prisons en solidarité avec Giannis, tandis que se multipliaient les actions dehors). Tout le cirque qui a été monté durant le jugement est de la même trempe. La présence étouffante des flics, leurs tentatives d’intimider le groupe de compagnons solidaires, etc. se s’expliquent pas seulement comme une «mesure logique» face à un braqueur de banque, elles ne peuvent qu’être expliquées politiquement.

Mais ça ne nous freinera évidemment pas ! Notre lutte n’a pas cessé et ne peut s’arrêter, parce qu’il ne s’agit pas d’un acte indépendant, mais qui est fortement lié à un processus dans lequel nous sommes immergés, celui d’un affrontement actif contre toute forme d’autorité, contre tout ce qui nous empêche d’agir en pleine liberté.

Pour toutes ces raisons : courage Giannis ! Nous sommes avec toi. Et pas seulement en paroles. Chaque attaque contre le pouvoir aux quatre coins de la planète est un appui supplémentaire pour tous. L’action directe est notre meilleur instrument pour exprimer la solidarité.

Lorsqu’ils ont mis Giannis hier à midi dans le fourgon blindé et qu’il pouvait entendre les cris de soutien d’environ 150 compagnons, ce n’étaient pas seulement les cris de 150 individus. C’était le cri d’une voix commune, c’était notre voix.

La solidarité est notre arme !
Guerre à la guerre du pouvoir !
Contre leur justice, reflet de leur société,
solidarité active, action directe !

[Traduit de l’espagnol. Publié sur klinamen.org le 25 juillet 2007]


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p.39]