Grèce

Retour sur le mouvement étudiant

Contre la répression étatique et la manipulation politique,
renforçons notre résistance à tous les niveaux de la guerre de classe

La résistance qui s’est développée l’an dernier en Grèce contre la restructuration du système éducatif a largement dépassé les limites d’une lutte défensive contre seulement un des aspects de cette restructuration (avec comme point d’orgue les événements de la manifestation du 8 Mars). Les tentatives de réformes de l’Education (intensification des études, universités privées, suppression de l’asile universitaire…) sont ainsi devenues le terrain d’un conflit frontal où il est devenu clair et évident d’une part qu’il s’agit d’attaques violentes et totalitaires que l’Etat et les patrons imposent à la société, et d’autre part que la seule possibilité de les mettre en échec est l’affrontement avec les projets de l’Etat.

Pour l’Etat, l’Education est un processus d’importance vitale pour la consolidation de la soumission à l’autorité, la reproduction de la division de classe et la diffusion de l’idéologie dominante. Aujourd’hui, dans le cadre de la restructuration plus générale des structures de l’autorité, la modernisation de l’Education est indéniablement liée à la promotion d’un modèle avancé de société où l’exclusion sociale, l’aliénation et l’atomisation sont renforcées par l’aggravation des conditions d’exploitation et d’oppression, de contrôle et de répression.

Les mobilisations qui ont commencé en mai 2006 ont créé un obstacle sérieux, autant contre cette tentative de réforme du système éducatif que contre les plans de l’Etat et des patrons en général.

Les dynamiques de la lutte elle-même, la détermination de milliers de personnes pour contrer ce projet précis en occupant des facultés pendant plusieurs mois, avec des rassemblements permanents et des affrontements avec les forces de l’ordre, des moments où les jeunes et d’autres combattants se sont retrouvés ensemble sur les barricades, où le terrorisme idéologique et la violence répressive étaient défiés, ces moments où les logiques de pacification et de médiation ont été dépassées dans la rue et où les limites de la protestation passive posées par la légalité ont été rompues. Tout ces moments créent des conditions qui ouvrent la possibilité d’une rupture générale avec les lois et les institutions et menace de transformer cette lutte (qui avait éclaté contre les réformes de l’éducation) en une source d’inspiration pour d’autres opprimés.

C’est cette perspective que tente d’éliminer et de terroriser l’Etat avec les attaques de policiers assassins contre les rassemblements, les tabassages, arrestations et inculpations de manifestants. Parallèlement, il utilise aussi les mécanismes de la propagande, avec des médias qui se sont lancés dans un jeu de calomnies incessantes et impitoyables à coup de théories de la provocation, afin de délégitimer aux yeux de la conscience sociale les affrontements entre ceux qui résistent et l’Etat, de criminaliser les pratiques radicales de lutte et d’isoler ceux qui luttent, en construisant et créant l’assentiment nécessaire à leur répression. Les différents larbins du régime savent que ce qui est en jeu n’est pas seulement l’imposition d’une loi particulière mais, en fin de compte, la capacité de l’Etat à imposer ses lois et son autorité à la société. C’est une démonstration de force du système que de pouvoir gérer les conflits sociaux et de classe.

Les événements du 8 mars 2007 lors des rassemblements sur tout le territoire contre la réforme de l’éducation qui ont pris les traits d’une révolte sociale (affrontements violents entre jeunes anarchistes et policiers anti-émeute devant le Parlement, symbole de la démocratie totalitaire, qui a été assiégé plusieurs heures par des milliers de personnes), tout comme les attaques répressives féroces de la police (des dizaines de blessés et d’arrestations) révèlent l’ampleur d’un conflit qui a refait surface récemment de façon marquante. En témoignent :

— les combats qui éclatent le 17 Janvier 2007 autour de l’école Polytechnique dans le centre d’Athènes (alors qu’elle était occupée par des anarchistes en solidarité avec les manifestant inculpés suite aux événements du 6 mai 2006), à un moment où l’Etat entendait briser la solidarité et couper les liens entre les différents réseaux de résistance par une répression incessante.

— les événements du 22 février lorsque, après des affrontements devant le parlement il y a eu des combats dans les rues autour de l’école Polytechnique, devenue un îlot de résistance, avec des milliers de personnes investissant ses locaux.

— la manifestation du 1er mai. où le planton du ministère de la mer Égée a sorti son arme devant les manifestants, mettant en pratique l’annonce du gouvernement au sujet de la tolérance zéro de la police vis à vis des actions des manifestants.

Pour finir, l’un des moments les plus importants de cette lutte a été l’occupation du rectorat au centre d’Athènes le 8 mars (après les affrontements devant le Parlement, l’attaque de la police contre le rassemblement et l’arrestation de 61 manifestants), qui s’est transformé en un espace social auto-organisé ouvert pour mener différentes actions contre la répression étatique.

Pendant toute cette lutte, et particulièrement lors de ses moments les plus forts, la répression dans les rues s’est couplée avec l’offensive idéologique des médias, toutes deux ciblant particulièrement les anarchistes et anti­autoritaires (mouvement politique et social qui est généralement une cible de choix de la répression, en raison du danger que représente pour l’Etat l’expression et la diffusion de son discours subversif et de ses actions) afin d’éliminer de la lutte les incontrôlables en utilisant le pouvoir des partis, afin aussi de briser leur radicalisation et leur expansion et de légaliser les projets de répression contre eux.

Dans cette campagne de diffamation contre les anarchistes, les partis gauchistes ont eu un rôle actif en jetant leur boue contre une « provocation » menée par « quelques cagoulés », participant ainsi à la répression étatique, incitant à la division entre les étudiants (qui ont le droit de participer à cette lutte) et les non-étudiants, mettant de fait sur le même plan la contre-violence sociale et la violence meurtrière des policiers.

Face au fait que la confrontation sociale a dépassé les séparations corporatistes et les limites de la revendication comme ce fut le cas le 8 mars, la répression étatique s’est intensifiée (accusant 9 des 61 arrêtés de rébellion, imposant des cautions et incarcérant l’anarchiste Vasilis Stergiou), en phase avec une manipulation politique et un contrôle (notamment avec l’annonce de la création d’un service d’ordre, des manifestants protégeant eux-mêmes l’ordre à l’intérieur des blocs) destinés à désamorcer une lutte qui a contesté et dépassé le leadership et la médiation des gauchistes.

Avec l’incarcération de l’anarchiste Vasilis Stergiou, un des 61 arrêtés du 8 mars, et avec contre lui la seule « évidence » qu’il s’agit d’un anarchiste et d’un prolétaire (il est connu des autorités pour sa participation à la révolte de 1995 de l’école Polytechnique lorsque 504 personnes furent arrêtées après l’invasion de l’école par la police), l’Etat fait passer son message de « peines exemplaires » dans le but d’intimider tous ceux qui ont participé à cette lutte, tous ceux qui luttent contre la barbarie de l’Etat et du capital.

Face à l’offensive répressive et idéologique de la démocratie, qui veut isoler et neutraliser les résistances, la solidarité avec ceux qui sont poursuivis pour leur mobilisation contre les réformes de l’éducation et avec Vasilis Stergiou est un élément inséparable de la lutte et une condition de sa continuation. Une lutte sociale de classe qui pour nous, en tant qu’anarchistes, ne peut être que collective, auto-organisée et sans compromis, au-delà de la défense du vieux monde et contre les illusions d’un embellissement possible du monde autoritaire actuel, dans la perspective d’une subversion totale de l’Etat et du capital.

Liberté immédiate pour l’anarchiste Vasilis Stergiou, arrêté lors du rassemblement du 8 mars

Liberté immédiate pour le travailleur allemand Timo Behrendt *, arrêté le 20 février à Thessalonique

Solidarité avec tous les individus poursuivis lors du mouvement de l’Education et avec tous les camarades incarcérés

Collectif anarchiste “Le Cercle de Feu”
Athènes, 27 mars 2007

* Ndt : Timo Behrendt, un camarade de Berlin, a été arrêté à Thessalonique le 20 février à la fin d’un concert à l’université organisé par les étudiants dans le cadre de la lutte contre la réforme éducative. Au cours du concert, il y a eu des affrontements avec la police à l’extérieur du campus. Timo est accusé de rébellion et est incarcéré en préventive (qui peut durer jusqu’à 18 mois). Il s’agit d’une punition exemplaire destinée à intimider tous ceux qui résistent. Timo a récemment été transféré de la prison de Komotini à celle de Diavata (Thessalonique), après la révolte des prisonniers d’avril dans de nombreuses maisons d’arrêt, dont celle de Komotini.

[Traduit de l’anglais, puis revu à partir d’une première traduction en français parue dans Amoro kaj Furiosi n°3, mai 2007, pp. 31-32]


[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, pp.36-37]