Vérone

Sri Lanka 3 — USA 0

Ils sont grands, gros et se sentent invincibles (particulièrement hors d’Irak). Ce sont les soldats américains de l’OTAN. Lorsqu’ils se trouvent dans une de leurs colonies comme l’Italie, ils pensent pouvoir tout se permettre. En général, ils ont raison. Ce ne sont certainement pas les laquais italiens qui leur créeront des problèmes.

Quelqu’un se souvient-il de la tragédie du Cermis * ? Et de l’incroyable épilogue de l’enlèvement Sgrena ? Pour ne pas évoquer les bagarres périodiques dans les locaux et les viols qui se déroulent dans la région de Vicenza les jours suivant le retour des soldats d’Irak, encore ivres de sang, à leur base de l’OTAN. Et si quelque hebdomadaire rend les faits publics, patience. Que les laquais italiens la ferment et l’on s’arrangera à coup de petits services, comme d’habitude.

Or voilà que deux militaires de la base de l’OTAN de Vicenza, conscients et certains d’être intouchables, se retrouvent il y a quelques mois à Vérone pour passer une joyeuse soirée en compagnie d’un de leur compagnon d’armes raté, un fasciste du Veneto.

Où aller pour se divertir, sinon dans le quartier des immigrés ? Ainsi, accompagnés du fidèle écuyer italique, ils ont fait le tour des locaux nocturnes de Veronetta [quartier immigré et populaire de Vérone], embarquant pas mal d’alcool. Et pour bien conclure la soirée, ils ont pensé importuner quelques sri-lankais posés tranquillement en bas de chez eux. D’un côté, trois occidentaux grands, musclés et entraînés. De l’autre, une poignée de sri-lankais petits, maigres et émaciés. Une arrogance, celle de bannière étoilée, trop habituée à la condescendance de ses sujets.

Toutefois, après s’être éloignés, les sri-lankais sont revenus pour affronter ceux qui venaient de les railler et d’insulter leur dignité. Non plus seuls, ni à mains nues. Les trois Goliaths ont été encerclés par de petits hommes armés de barres, bâtons, marteaux, et même d’une épée japonaise. On raconte que l’écuyer italique fasciste a eu un bout d’oreille tranché et qu’un soldat yankee a perdu toutes ses dents sous les coups d’une massette de maçon. Une leçon de bonne conduite qui n’a pas échappé non plus au troisième comparse de la joyeuse brigade, qui a aussi fini à l’hôpital pour différentes blessures (le tout s’est malheureusement déroulé sous l’œil d’une caméra de surveillance qui a permis à la police d’effectuer plusieurs arrestations).

Et, tandis que la meute journalistique locale frissonnait face à cet «énième acte de violence commis par des immigrés», une banderole apparaissait dans le quartier en fête : «Sri Lanka 3 — Usa 0».

B.I.

Ndt :
* En février 1998, un pilote américain de la base d’Aviano volant à basse altitude avait tranché le câble d’un téléphérique dans le Val di Fiemme à Cermis, provoquant la mort de ses 21 passagers et du conducteur. Le pilote avait été «soustrait à la justice italienne», jugé aux Etats-Unis et acquitté.

[Traduit de l’italien. Tiré de Tempi di guerra n°7, février 2007, p.23]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p. 29]