Turin

Un coup de la bande à Berrettoni éventé

Après les menaces, la Préfecture passe aux voies de fait

Turin — Dans la nuit du 2 juin, un jeune amant de la liberté résidant à la périphérie de Turin a trouvé un micro-espion maladroitement caché dans sa voiture. Celle-ci ne présentait aucun signe manifeste d’effraction, mais des bruits suspects sortaient de l’autoradio éteint.

Selon les premiers relevés techniques, le dispositif sophistiqué (voir photo) aurait été en mesure de relever et transmettre la position du véhicule et les conversations qui se dérouleraient à l’intérieur. L’épisode est encore entouré de mystère, mais les soupçons se concentrent sur le milieu criminel de la dénommée «bande à Berrettoni» (du nom de son chef présumé, Stefano Berrettoni, préfet de police de Turin).

Les précédents
Il y a quelques semaines, Berrettoni lui-même avait en effet fait parvenir une douzaine d’avvisi orali à autant d’amants de la liberté, menaçant d’adopter de drastiques mesures de prévention et de sécurité contre eux, dont la tristement fameuse sorveglianza speciale. Bien entendu, après les menaces, Berrettoni est passé aux voies de fait.

Rien de nouveau à des mesures de ce type, le préfet avait déjà banni de Turin en janvier une anarchiste logée en ville, signant une foglio di via.

La faute des mis en garde et des indésirables ? Avoir occupé des espaces abandonnés, avoir lutté contre la guerre, contre les lagers pour étrangers sans papiers, contre les abus de la police, contre le fascisme, contre les dévastations de l’environnement…

Les coulisses
Grâce à un soigneux travail d’investigation, nous sommes en mesure de dévoiler qui se cache derrière tout cela et derrière les intimidations précédentes. Il s’agirait de Sergio Chiamparino, maire de Turin, déjà connu dans l’opinion publique comme responsable de rafles, expulsions d’habitations et d’immigrés et de tous les homicides d’étrangers extra-communautaires survenus ces dernières années au cours de «contrôles de police normaux».

Une méprise colossale
Mais peut-être Chiamparino & Co. n’ont-ils pas bien fait leurs comptes et sont au contraire victimes d’une méprise colossale.

D’un côté en effet, les destinataires de ces attentions désagréables semblent ne pas en être affectés, et continuent allégrement à contribuer à la diffusion d’idées et de pratiques subversives.

D’un autre, comme l’ont démontré récemment les habitants du Valsusa et des banlieues françaises, la vraie menace pour les administrateurs de cette société décrépite se concrétise lorsque le refus des injustices, des abus, des désastres sociaux et environnementaux se généralise et rompt les amarres. Et, lorsque cela se produit, les expulsions, micros-espions, avvisi orali et foglio di via servent à queutchi.


Ndt
L’avviso orale est l’annonce par les flics que la personne est sous surveillance suite à un comportement déviant et que si elle continue, elle risque de se voir notifier la sorveglianza speciale (mesure restrictive de libertés). La foglio di via est une interdiction de séjour d’une ville ou région qui va jusqu’à trois ans. Ces trois mesures sont purement administratives (signées par le préfet), et n’ont pas besoin d’être liées à une condamnation judiciaire.

[Traduit de l’italien. Tiré d’un faux article du journal turinois populiste, Torino Cronaca, qui a été placardé le 6 juin 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p. 27]