Uruguay

Solidarité avec les mutins

Ces derniers jours, plusieurs mutineries et tentatives d’évasion (une d’elle victorieuse) se sont déroulées dans les prisons de l’Etat uruguayen. Face à de tels faits, comme face à tout acte rebelle, on ne peut que se solidariser et exprimer notre joie, qui s’allume avec chaque étincelle de liberté.

Selon la presse bourgeoise, le directeur de la prison de Melo a été attaqué vendredi 8 juin au cours d’une mutinerie ; des révoltes et des tentatives d’évasion se sont produites dans le COMAR cette fin de semaine, tandis qu’un prisonnier s’est enfuit de la prison de Salto. En attaquant ce sinistre personnage (le directeur de la prison de Melo), les prisonniers s’attaquent à un des responsables des humiliations et des mauvais traitements auxquels ils sont soumis tous les jours, c’est pourquoi nous saluons leur geste.

La torture que représente l’enfermement, les humiliations, les mauvais traitements physiques et psychologiques auxquels sont soumis les prisonniers et leurs proches, tout comme les fouilles, les abus physiques et sexuels et l’isolement poussent forcément l’individu à défendre sa dignité en détruisant l’espace où il est reclus et en attaquant ses bourreaux.

Dans les prisons (pour majeurs et mineurs), nous voyons la menace permanente du pouvoir contre tous ceux qui, choisissant ou non, vont au-delà de la misère à laquelle ils sont soumis, et en même temps la vengeance étatique contre ceux qui sont tombés aux griffes de la justice.

Exiger l’amélioration des centres de réclusion et du système judiciaire c’est en définitive défendre le perfectionnement de la machine qui non seulement assassine des millions de prisonniers, mais aussi nous rend esclave afin que les puissants de service vivent au prix de notre sueur et de notre sang.

Elles nous menacent, parce que le fait même de décider de vivre nos vies et nous relationner librement est en soi la négation de la domestication à laquelle ils souhaitent nous soumettre. De l’endoctrinement scolaire à la soumission absolue au travail, en passant par stigmatisation psychiatrique, ceux qui détiennent le pouvoir ou y aspirent souhaitent nous faire croire que leur déléguer nos vies est l’unique option possible.

Elles nous menacent… mais nous y opposons notre détermination à agir directement contre l’oppression et toute violence imposée.

La prison est un cimetière d’hommes et de femmes vivants ;
Lutter pour la liberté de tous et toutes c’est les maintenir vivants.

[Traduit de l’espagnol. Tract distribué à Montevideo début juin 2007]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p. 33]