Uruguay

Les tortionnaires d’hier embrassent ceux d’aujourd’hui
Aucune réconciliation ni pacification ne sont possibles !


Aujourd’hui 19 juin, on commémore une fois de plus le jour anniversaire de la naissance d’Artigas, seule figure et drapeau défendu par l’ensemble du spectre politique alors qu’ils ont pourtant tous une lecture différente de ses idéaux. Les militaires s’accaparent son nom, au même titre que les partis politiques et les organisations sociales [de gauche] qui le paraphrasent.

A présent, en vue de consolider la pacification et la démocratie, l’intérêt du gouvernement est de lier cette date à celle qu’il nomme le jour du «nunca más» [«plus jamais ça»], où les actes de rébellion et les tentatives révolutionnaires, posés sur le même plan que ceux du terrorisme d’Etat, sont condamnés. On parle de terrorisme d’Etat lorsqu’il s’agit de la dictature militaire, alors que c’est toujours l’Etat qui exerce le terrorisme, même en temps de démocratie. Le terrorisme, ce sont ses lois répressives, comme celle sur la «sédition» qui maintient Fernando en prison pour avoir brisé une vitre 1… Ce sont ses troupes militaires qui assassinent et violent à l’étranger au nom de la paix 2 ou exercent leur violence quotidienne dans les quartiers. Le terrorisme, ce sont les usines de cellulose qui portent atteinte aux personnes et à l’environnement ; c’est l’introduction de la pasta base 3 dans nos vies comme stratégie de contrôle social, c’est l’existence de ses prisons. Le terrorisme, c’est aussi l’esclavage du travail salarié qui perpétue la misère et la faim pendant que quelques uns s’enrichissent.

Lors du rassemblement pour le «nunca más», on a pu voir comment les séditieux d’hier, aujourd’hui au gouvernement 4, embrassent ceux qui hier encore les incarcéraient, torturaient et assassinaient. Oubliant leur histoire. Ils n’ont pas honte de dire publiquement «plus jamais de lutte entre frères», comme si le fait de naître sur un même territoire qu’ils nomment nation nous convertissait en frères, alors que nous savons que notre frère n’est pas et ne sera jamais le keuf, le maton, le juge, le politicien, le technocrate, le patron et les complices du système. Ici et partout sur la planète, notre famille ce sont ceux qui protestent, ceux qui se rebellent et luttent contre tout ce qui les opprime, pour une vie plus libre.

En instituant le jour du «nunca más», ils essaient de faire oublier la lutte de ceux qui ont résisté à la dictature et qui ont manifesté le 27 juin, année après année. Nous ne croyons pas à leur mensonge du «nunca más» ni à la paix sociale, nous ne croyons pas au nationalisme et ne revendiquons aucun drapeau, nous nous rappelons la lutte contre l’oppression et nous ne nous réconcilierons avec aucune forme de pouvoir. Tant qu’il existera un Etat avec ses lois et ses prisons, tant qu’ils nous imposeront la dictature du capital comme seul mode d’existence possible, tant qu’existera une quelconque forme de domination, les luttes continueront pour détruire cet existant de merde, et nous continuerons à nous solidariser avec les rebelles qui contribuent à ce processus de destruction.

Pour la liberté de Fernando !
Pour la destruction de toutes les prisons !
Pour l’anarchie !

Ndlr:
1. Fernando Masseilot, 25 ans, est incarcéré depuis le 28 mars, accusé de «sédition», pour avoir brisé la vitrine d’un McDonald’s lors de la manifestation contre la visite de Bush du 9 mars dernier.
2. L’Uruguay participe aux opérations militaires de l’ONU au Congo et en Haïti.
3. La pasta base est un dérivé de la cocaïne moins cher qui ravage les quartiers pauvres.
4. Des ex-guerilleros des Tupamaros.

[Traduit de l’espagnol. Tract distribué le 19 juin 2007 à Montevideo]

[Extrait de "Cette Semaine" n°93, août 2007, p. 32]