Bonjour,
Nouveau communiqué de Gabriel Pombo Da Silva, ancien prisonnier FIES (isolement en Espagne. Merci de le publier-diffuser-envoyer en France et en Espagne.
Salut
[reçu par courrier le 12 mai 2004]

 

De l’autre côté

 

Il m’arrive de temps en temps d’aller sur les pages de « A las Barricadas », « Desde Dentro », etc… pour voir ce qui y est publié.

Si l’IDEE ne m’effrayait pas sérieusement, il y aurait vraiment de quoi rire ou pleurer… en voyant des anarchistes aller jusqu’à oser qualifier Amanda i (pour ne citer que l’unE de ces nombreux-nombreuses anarchistes en train de pourrir en prison) de « terroriste » alors qu’en somme ils se taisent face à ceux qui génèrent le terreur, c’est-à-dire : le système, l’Etat, ses institutions et représentants. C’en est d’autant plus pathétique.

Je vois à présent que le 11 mars ii a remis sur la table le thème violence/non violence…

En ce sens, je m’ « approprie » l’interprétation sur ce sujet qu’a faite le Comité Régional de la CNT-Catalogne et la FEL.LA le 12 mars (ça vaut la peine de lire leur communiqué) : « Nous défendons l’action furieuse et violente qui a pour objet de défendre la vie et la dignité de l’être [humain ?]» (sic).

Pourtant, en ce qui concerne ma perspective personnelle —dans le sens d’individuelle— l’« opinion publiée » (et non pas publique comme ils l’appellent) de « ces commentateurs modernes » ne m’affecte ni ne m’importe en rien. Je n’attends ni « votes » ni applaudissement des tribunes. Je considère les choses d’une position plus intellectuelle qu’émotionnelle. Si je devais parler parler à présent de terrorismes, je parlerai de ceux qui concernent les Etats… Les Etats-Unis, pour ne citer que l’un d’eux, a jeté en 1945 (en août si ma mémoire est bonne) près de 200 à 300 000 bombes… Le 11 septembre 1973, ce même pays a renversé au Chili le Président de la République des Travailleurs, Salvador Allende.

Quant à « notre » 11 mars, il est question de 200 morts… mais si je m’attarde sur « nos » morts (si on en entend par là des paysans, des travailleurs et/ou des voisins), je pense plutôt aux centaines et milliers de morts qui sont restés dans le détroit de Gibraltar… je parle des émigrants qui s’y aventurent à la recherche du « paradis » occidental de façon clandestine, uniquement parce que des individus (politiciens) ont décidé par la loi que certains êtres humains seront clandestins, illégaux, et d’autres non…

Je parle aussi des plus de 50 000 prisonniers qui subissent au quotidien et systématiquement un génocide social, sourd et silencieux, une mort lente et cruelle dans une cellule aseptisée, sans qu’aucun de ces pseudo-pacifistes ne s’indigne autant.

Au cas où cela serve à quelque chose, je vous envoie ici quelques « statistiques officielles » des morts dans les prisons espagnoles de 1992 à 2001. 245 prisonniers ont été assassinés en 1992 : 22 par suicide, 108 par le Sida, 115 par d’autres causes (non spécifiées). En 1993, 290 prisonniers furent assassinés : 26 par suicide, 139 par le Sida et 125 par d’autres causes. En 1994, 322 prisonniers furent assassinés : 22 suicidés, 155 de Sida et 145 d’autres causes. En 1995, 294 prisonniers furent assassinés : 27 par suicide, 142 par le Sida et 125 d’autres causes. En 1996, 224 prisonniers furent assassinés : 26 par suicide, 116 par le Sida et 82 pour motif inconnu. En 1997, 172 prisonniers furent assassinés : 30 par suicide, 58 du Sida et 84 pour d’autres causes. En 1998, 146 prisonniers furent assassinés : 10 par suicide, 50 du Sida et 86 pour d’autres causes. En 1999, 162 prisonniers furent assassinés : 29 par suicide, 50 du Sida et 83 de causes variées. En l’an 2000, ce sont 123 prisonniers qui furent assassinés : 21 par suicide, 23 du Sida et 79 d’autres causes. En 2001, 143 prisonniers furent assassinés : 21 par suicide, 37 du Sida et 85 de motif inconnu…

Si toute l’énergie-verbiage que certains mettent à dénoncer la « violence d’où qu’elle vienne » était employée à lutter énergiquement contre ce qui la genère, cela changerait quelque chose.

Nous avons ce que nous méritons… et voilà, quelqu’un s’est mis à juger ceux qui nous ont foutu dans cette guerre contre « le terrorisme international »… Pardon ! Il faudrait bien plus parler d’agression, puisque comme l’a dit Chomsky : (sic) … « une guerre est en place quand les adversaires possèdent des moyens plus ou moins égaux (technologiques, économiques, militaires) », ce qui n’est pas le cas… et ce n’est pas tout ; en plus, le « peuple », « la masse » (comme aimait à la nommer Lénine) s’est déclarée contre « notre » participation à cette agression avec le fameux slogan « Non à la Guerre »… Mais on le sait bien : il s’était déjà passé la même chose avec le « Non à l’OTAN » contre ceux du PSOE [parti socialiste espagnol] lors des élections de 1983, et ainsi de suite…

Nous devons vraiment avoir une mémoire trouée pour toujours oublier ces petits détails significatifs de ce que sont l’état, ses politiciens et tous ces paniers de crabes…

L’Etat espagnol (comme tous les autres) n’est pas une démocratie comme ils aiment à la vendre ; il n’a jamais respecté les « volontés populaires » ; et comme si cela ne suffisait pas, nous avons la honte de compter dans l’histoire de nos gouvernements des ministres assassins (condamnés pour de graves délits) qui ont à partir des structures mêmes de l’Etat et de certaines institutions créé, financé et participé aux BVE et aux GAL iii… Des ministres comme Rafael Vera, Barionuevo… (Felipito Gonzalez ?). Des flics comme Dominguez ou Amedo ; des membres de la Guardia Civil comme Galindez (toute une unité) et…
…Et ces dépouilleurs comme Roldan, Mariano Rubio, Mario Conde… ceux du BOE ; et tous les autres « cas » comme Malesa, Filesa… ! !
Et nous pouvons poursuivre en parlant, ne nous gênons pas, des matons assassins comme ceux qui ont battu à mort Agustin Rueda (pour citer un cas fameux) parce qu’il refusait de balancer ses compagnons à propos d’une tentative d’évasion à la prison de Carabanchel… Le ministre —maton en chef— Antoni Asuncion et tous ses subordonnés de la prison de Séville, qui furent jugés pour les tortures sur les prisonniers FIES de la prison de Séville II… Mais ils entrent par une porte et sortent par une autre… Mes amis et compagnons entrent et ne sortent plus ; ou bien les pieds devant, ou seulement lorsqu’ils agonisent et sortent pour aller mourir à l’hôpital.

Et comme nous vivons dans une société qui aime tant les dates, les nombres et les données, je joins ici une petite liste d’amis et compagnons qui ont été assassinés par tous les responsables du Régime Spécial FIES CD (à ne pas confondre avec les autres FIES) :
Ernesto Perez Barrot, àVillanubla (Valladolid), 1991
José Luis Lopez Montero, à El Acebuche (Ameria), 1993
José Luis Iglesias Amaro, à Picassent (Valence), 27 février 1994
Moises Caamanez Alvarez, à Villanubla (Valladolid), juillet 1994
Isabel Soria Camino, à Villanubla (Valladolid), 1994
Juan Luis Sanchez Gonzalez, à ? ? ?, 29 novembre 1995
Julio Sebastian Moreno Cortes, à Picassent (Valencia), 12 juillet 1999
José Romera Chulia, à Picassent (Valencia), avril 2000
Angel Torrijos, à Torrero (Zaragoza), 25 août 2000
Manuel Pedro Medina Velazquez, à Catre Camins (Barcelona), 25 novembre 2000
Ruben Gonzalez Carno, 2003
Paco Ortiz Jimenez, à Badajoz, juin 2003
Pedro Vazquez Garcia, ? ? ?
(et pardon pour ceux que j’ai oublié parce que je ne me rappelle plus de leurs noms et/ou de leurs histoires).

Il y a plusieurs manières de tuer (si tu tues une personne, tu es un assassin, si tu en tues plusieurs, tu es un terroriste, si tu en tues des milliers, tu deviens un agent de l’Etat), mais en général les pires criminels le font avec la plume et le papier tout en sentant le Coco Chanel n°5 dans leur costume Adolfo Dominguez flambant neuf fait sur-mesure.
Et quant à ces falsificateurs qui ne sont que des relais « étatiques » (c’est-à-dire les « journalistes ») : qui peut dire ce qui est une information ou pas, et selon quels critères ?

Nous vivons dans une Société de Spectacle où nous consommons passivement tout ce qu’on nous jette… Personne n’ose questionner radicalement l’ensemble-des-choses, et notamment parce que pendant que nous sommes occupés à être exploités, nous ne prenons ni l’envie ni le temps de nous faire une idée générale du contexte dans lequel s’écoule notre existence concrète, en faisant de notre vie un « bis »… Et parce que tout (les espaces, les territoires, les individus, les concepts, les mots) est créé, pensé (dessiné ?) et digéré par « nous » de façon à ce que nous soyons les spectateurs-sujets passifs de cet ensemble-des-choses, nous finissons par nous limiter à répéter comme des caricatures ce que d’autres nous commandent de dire… Mais merde, où sont la liberté, le respect, la dignité, toutes les possibilités ?

Tout cela ne se trouve-t-il pas précisément dans le déroulement insurrectionnel ? Ce qui est étatique est contre la vie ; le dynamisme et l’agir, telle est la nouvelle dialectique « délinquante »…

Voilà déjà de quoi discuter… bien que nous désirions bien plus de complicité…

Con insurrecta anarcruz

Gabriel Pombo Da Silva,
Avril 2004

Ndt :

1. L’anarchiste Amanda Cerezo Garcia est incarcérée en préventive depuis juillet 2003 pour l’envoi d’une lettre explosive à un parti fasciste (qui a pété dans une poste avant), les incendies d’une grue et d’un distributeur de billet en solidarité avec les prisonniers. Actes qu’elle a revendiqué dans une lettre publique après son arrestation.
2. Le 11 mars 2004, plusieurs bombes explosent dans une gare de la banlieue de Madrid, faisant 200 morts et des centaines de blessés.
3. Les GAL étaient des officines de l’Etat espagnol chargées d’assassiner des militants basques, notamment en territoire français, dans les années 80.