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Draguignan : La mort d’un gitan déclenche la colère contre les gendarmes
(Le 26 mai 2008)

Véhicules incendiés dans une gendarmerie à Brignoles après la mort d’un homme

AFP - Dimanche 25 mai, 12h40 - Trois véhicules ont été incendiés dans la nuit de samedi à dimanche dans la cour intérieure de la gendarmerie de Brignoles (Var) où avait été interpellé un homme tué vendredi par un gendarme à Draguignan alors qu’il s’évadait, a-t-on appris auprès des gendarmes.

Le gendarme qui a abattu un homme vendredi soir devrait être mis en examen dimanche pour homicide volontaire. De leur côté, les gendarmes ont indiqué que des morceaux de tissu avaient été retrouvés sous les véhicules incendiés dans la nuit de samedi à dimanche dans la cour de la gendarmerie de Brignoles (Var) où avait été interpellé cet homme ensuite tué par un gendarme, confirmant une piste criminelle.

La garde à vue du gendarme, qui a été relevé de ses fonctions par sa hiérarchie, a été prolongée samedi soir, selon la source judiciaire.

Le procureur de la République de Draguignan Christian Girard avait indiqué samedi à l’AFP qu’il ouvrirait une information judiciaire vraisemblablement pour homicide volontaire.

Les véhicules, dont un Trafic, ont été entièrement détruits dans l’incendie qui s’est produit à 2H15, a-t-on ajouté, sans pouvoir préciser la manière dont il a été déclenché. Il n’y a pas eu de victime et aucune interpellation n’a été effectuée.

"Nous avons élargi la sécurité de tous les casernements dans le département", a précisé le commandement de la gendarmerie du Var. Un hélicoptère muni d’un projecteur était engagé pour effectuer des recherches. Un détachement de surveillance et d’intervention a été mobilisé dans le secteur de Brignoles.

Un homme de 27 ans Joseph Guerdnera été tué vendredi soir par un gendarme alors qu’il tentait de s’évader, menotté, de la compagnie de gendarmerie de Draguignan (Var), a-t-on appris samedi de source judiciaire. Sans profession, il appartenait à la communauté des gens du voyage et vivait dans un campement à Brignoles.

La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a demandé la suspension du gendarme et une enquête interne "sans délai".

En début de soirée, la famille de la victime a obtenu le droit de voir son corps avant qu’il soit autopsié, ce qui a apaisé la tension qui régnait devant le palais de justice où s’étaient rassemblés en fin d’après-midi une quarantaine de ses proches. Selon le procureur de la République de Draguignan, Christian Girard, l’homme avait été autorisé à fumer dans l’escalier durant sa garde à vue mais la minuterie s’est éteinte et il en a profité pour sauter par une fenêtre à 4,60 m au dessus d’une cour, devant les habitations des gendarmes où vivent les familles.

"Le gendarme a fait les sommations et a tiré sept coups de feu dans sa direction. Trois projectiles l’ont atteint dont l’un perforant dans le thorax", a expliqué le procureur à l’AFP. Un pistolet de calibre 11,43 a été trouvé par les gendarmes dans le véhicule de la victime, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse. De source policière, le pistolet était armé.

La victime, Joseph Guerdner, sans profession et appartenant à la communauté des gens du voyage, vivait dans un campement à Brignoles. Il avait trois enfants âgés de 10 mois, 3 et 7 ans, a précisé sa soeur aînée Mauricette Schatz, en ajoutant que la victime "avait fait pas mal de bêtises dans le passé" mais était sous contrôle judiciaire et en voie de réinsertion. Selon le procureur, il était connu de la justice pour de nombreuses infractions et recherché pour l’agression à main armée et la séquestration d’un chauffeur-routier, affaire dans laquelle trois personnes ont déjà été écrouées.

Les gendarmes ont profité de son pointage pour un contrôle judiciaire à la gendarmerie de Brignoles pour l’interpeller puis le transférer à Draguignan. Le procureur a souligné "la grande détermination à s’évader" de la victime, "n’hésitant pas à se provoquer des blessures" en s’arrachant l’un des bracelets entravant ses mains.

Atteint de trois projectiles, il a réussi à sauter le grillage ceinturant la compagnie de gendarmerie puis à se réfugier dans l’enceinte d’une école privée qui jouxte la gendarmerie. "Il s’est caché dans des buissons, puis a grimpé dans un arbre d’où il est tombé. C’est sa chute qui a attiré l’attention des gendarmes qui le recherchaient", selon le procureur. En dépit des secours, l’homme grièvement blessé est décédé vers 22hH30, moins d’une heure après son évasion survenue à 21H40.

Le magistrat souhaite savoir "si l’utilisation de l’arme s’était effectuée dans le respect de la réglementation spécifique aux gendarmes", différente de celle de la police et qui leur donne le droit de faire usage de leurs armes dans le cadre d’évasions.

La qualification d’homicide volontaire a été retenue pour la garde à vue du gendarme auteur des tirs, officier de police judiciaire et maréchal des logis-chef de la brigade de recherches de Draguignan, afin de ne "rien négliger" a dit le procureur qui a saisi l’inspection technique de la gendarmerie. "J’ai voulu signifier aux familles que rien n’était laissé de côté", a-t-il insisté, en précisant les avoir reçues.

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La mort d’un gitan déclenche la colère contre les gendarmes

Libération, 26 mai 2008

Devant l’hôpital Font-Vert, hier, à Toulon (Var), un garçon crie : « Ma mère s’est évanouie ! » Il y a des policiers partout, une drôle de tension. Un tsigane assène : « Ils l’ont abattu comme un chien. » Un autre : « Ce n’est pas parce qu’ils sont assermentés qu’ils ont le droit de nous tuer. On n’est pas des bêtes. » Un troisième : « Au lieu qu’il embrasse sa mère pour la Fête des mères, c’est elle qui vient l’embrasser à la morgue. » Les « voyageurs » sont là pour voir le corps de leur proche, Joseph Guerdner, tué vendredi soir par un gendarme à Draguignan (Var), et ils ont la haine. Soraya, une cousine : « Que la peine soit exemplaire ! Il doit payer ! C’est un meurtrier ! » La colère est partout : « On est en France ! On ne doit pas tuer les gens comme ça ! » ; « Un type de 26 ans ! Il laisse trois enfants ! » ; « Il y a d’autres solutions pour arrêter quelqu’un que de l’abattre » , estime Me Régine Ciccolini, avocate de la famille de la victime.

Suspension. A 70 km de là, le palais de justice de Draguignan. La police boucle le quartier. En ce dimanche soir, le gendarme est présenté à deux juges d’instruction. Le procureur a ouvert une information judiciaire pour « homicide volontaire » et requis l’incarcération du militaire. Pour le procureur, Christian Girard, gendarme âgé d’une trentaine d’années, est « un enquêteur local que je connais bien, pas un cow-boy, quelqu’un de posé ». Mais « il n’a pas agi comme il aurait dû le faire ». La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a demandé dès samedi sa suspension et a présenté ses condoléances à la famille de la victime qui résidait dans un camp de gens du voyage à Brignoles.

Les faits se sont produits vendredi soir. Joseph Guerdner, gardé à vue depuis jeudi dans une affaire de vol à main armée avec séquestration sur un chauffeur routier dépouillé de son chargement il y a quelques semaines, aurait été autorisé à fumer dans l’escalier de la gendarmerie, pendant une pause. La minuterie s’étant éteinte, il en a profité, bien que menotté, pour sauter par une fenêtre, à 4,60 mètres de hauteur. Le gendarme aurait alors fait les sommations et tiré sept coups de feu dans sa direction. Trois projectiles l’ont atteint, dont l’un a perforé le thorax. Il est rapidement décédé. Lors de ses premières auditions, le tireur a indiqué « qu’il s’est senti en situation de danger pour lui-même », selon le procureur. Puis « il a estimé qu’il était de son devoir de mettre fin à sa tentative d’évasion après lui avoir intimé l’ordre de s’arrêter » . « Il n’invoque pas la panique, assure le magistrat. Il pense qu’il a agi comme il devait le faire. » Un projectile est entré par le dos et est ressorti par la poitrine dans une trajectoire « pratiquement horizontale, avec un angle de 10 degrés » , rapporte le magistrat. Le tireur étant à 4 m de hauteur, cela implique que la victime était « semi-fléchie », soit presque couchée à terre.

Mise à feu. Le procureur a rappelé hier que « la loi est relativement ambiguë » : si, à la différence des policiers limités à la légitime défense, les textes autorisent les gendarmes à faire usage de leur arme pour arrêter un fuyard, la jurisprudence de la chambre criminelle de la Cour de cassation a « tempéré » cette autorisation. L’usage de l’arme doit être « absolument nécessaire », a-t-elle estimé, en 2003, et « proportionné » au danger que représentait l’intéressé. Certes, la victime avait une arme chargée dans sa voiture quand elle a été interpellée. Mais ensuite, quelle était la dangerosité d’un Joseph Guerdner menotté ? « Il a dû énerver les gendarmes, assure un cousin. C’est un garçon pire qu’une tombe. Déjà, à nous, il ne parle pas. Alors, à un gendarme... »

Au lendemain de sa mort, dans la nuit de samedi à dimanche, quatre véhicules de gendarmerie ont brûlé dans la caserne de Brignoles. « On a saisi des morceaux de tissu sous un véhicule » , qui auraient servi à la mise à feu, a rapporté hier le capitaine Gilbert Melis. Les casernes du département ont vu leur surveillance renforcée. Hier soir, le procureur estimait la détention du gendarme nécessaire notamment « pour calmer les esprits, compte tenu de la détermination de la communauté à laquelle la victime appartient ».

Le gendarme, enquêteur à brigade de recherches de Draguignan, aurait également reçu « de nombreuses menaces » , selon le magistrat qui souhaite une reconstitution rapide des faits ainsi qu’une expertise balistique. L’autopsie de la victime devrait avoir lieu aujourd’hui à Toulon.

(1) Le procureur de Draguignan s’appelle Christian Girard. Ce n’est pas le nom du gendarme, contrairement à ce que Libération indiquait hier par erreur. Par ailleurs, l’hôpital de Toulon s’appelle Font-Pré, et non Font-Vert.

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Evadé abattu : vers une mise en examen du gendarme

LCI, 25/05/2008 - 22h46

Comme annoncé samedi pour le procureur, le gendarme qui a abattu un homme vendredi soir durant son évasion de la gendarmerie de Draguignan devrait être en examen pour homicide volontaire. La garde à vue du gendarme, qui a été relevé de ses fonctions par sa hiérarchie, avait été prolongée samedi soir. L’autopsie de la victime, atteinte par trois des sept balles tirées par le gendarme, sera pratiquée lundi à l’hôpital Font-Pré à Toulon. Selon la procédure pénale, le gendarme, après sa mise en examen, devrait comparaître devant un juge des libertés et de la détention qui décidera de le placer en détention ou sous contrôle judiciaire.

Ce drame a provoqué la colère de la communauté des gens du voyage qui samedi avait manifesté devant la compagnie de gendarmerie puis devant le palais de justice. Et dans la nuit, trois véhicules ont été entièrement détruits et un quatrième endommagé dans la cour de la gendarmerie de Brignoles dans un incendie qui s’est produit à 2h15 et n’a pas fait de victimes. Aucune suspect n’est pour le moment dans le viseur des enquêteurs, mais les gendarmes ont indiqué que des morceaux de tissu avaient été retrouvés sous les véhicules incendiés, confirmant une piste criminelle.

Recherché dans une affaire d’agression à main armée

Pour accéder aux véhicules stationnés dans la cour, le ou les auteurs ont vraisemblablement franchi la clôture du casernement d’une hauteur de 2 m à moins que les chiffons aient été jeté par dessus, ce qui paraît peu probable aux enquêteurs. Dès l’alerte donnée un détachement de surveillance et d’intervention de la gendarmerie mobile, appuyé par un hélicoptère muni d’un projecteur, avait été mobilisé dans le secteur de Brignoles. Aucune interpellation n’avait été effectuée dimanche en fin de matinée. Craignant d’autres débordements, la gendarmerie du Var a élargi la sécurité de tous les casernements dans le département.

L’homme abattu, sans profession, appartenait à la communauté des gens du voyage et vivait dans un campement à Brignoles. Vendredi soir, il a été tué alors qu’il s’évadait, menotté, de la compagnie de Draguignan où il avait été transféré après avoir été interpellé jeudi à Brignoles à la faveur d’un pointage dans le cadre du contrôle judiciaire dont il faisait l’objet. Il était recherché dans une affaire d’agression à main armée et séquestration d’un chauffeur routier, dans laquelle trois personnes avaient été écrouées.

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L’affaire de Draguignan ravive la grogne des gendarmes

LE MONDE | 27.05.08 | 15h16

e gendarme varois qui, vendredi 23 mai, a abattu un homme alors qu’il s’enfuyait de la gendarmerie de Draguignan (Var), devrait être présenté, jeudi 29 mai, au juge des libertés et de la détention. Mis en examen pour "coups mortels" - et non pour "homicide volontaire" comme l’avait d’abord envisagé le parquet de Draguignan -, le militaire, placé en détention, a demandé un délai pour préparer l’audience.

Les résultats de l’autopsie détermineront d’ici là si les trois coups de feu qui ont atteint l’homme, retrouvé agonisant dans une cour d’école, ont bien été mortels.

Vendredi soir, le maréchal des logis âgé de 41 ans, dont vingt-deux ans de service, a tiré à sept reprises sur Joseph Guerdner, 27 ans, qui tentait de s’enfuir, menotté, alors qu’il était placé en garde à vue. Ce jeune gitan, père de trois enfants, résidant dans un campement proche de Brignoles, était sous contrôle judiciaire. Il a été interpellé dans le cadre d’une enquête sur l’agression et la séquestration d’un chauffeur routier. Sa mort a suscité la colère des gens du voyage, qui se sont rassemblés à plusieurs reprises à Draguignan.

D’un autre côté, une délégation de gendarmes mécontents a été reçue, lundi 26 mai, par le préfet du Var, Jacques Laisné. Ils ont déploré l’attitude de la justice qui a requis un mandat de dépôt contre leur collègue, mais aussi la réaction de Michèle Alliot-Marie. Selon eux, en demandant à l’autorité militaire de relever le gendarme de ses fonctions, la ministre de l’intérieur "l’a présenté comme coupable" à l’opinion publique. Dans les rangs de la gendarmerie, où les motifs de grogne s’accumulent depuis plusieurs mois, on estime que Mme Alliot-Marie est allée un peu vite : le passage de l’autorité de tutelle de la gendarmerie du ministère de la défense à celui de l’intérieur n’interviendra qu’au 1er janvier 2009...

"ABSOLUE NÉCESSITÉ"

"Le gendarme a expliqué qu’il s’est senti en situation de danger et qu’il était dans son devoir, a rapporté le procureur de la République Christian Girard, mais il n’a pas pris la bonne décision." Son "intime conviction était qu’il y avait absolue nécessité de faire usage de son arme", en raison de la proximité d’une école, plaide son avocat, Lionel Escoffier, qui devrait être rejoint, sur ce dossier, par Eric Dupont-Moretti.

C’est sur ce point que la justice devra trancher. L’usage des armes à feu par les gendarmes, différent de celui des policiers, est régi par un décret du 20 mai 1903. Celui-ci stipule qu’ils peuvent tirer notamment "lorsque les personnes invitées à s’arrêter par des appels répétés de "halte gendarmerie", faits à haute voix, cherchent à échapper à leur garde ou à leur investigation"... Or, la Cour de cassation, qui s’était penchée sur le cas d’un automobiliste, poursuivi et tué par un gendarme à moto, avait précisé, dans un arrêt du 18 février 2003, que cet usage devait se révéler "absolument nécessaire".

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Des gendarmes redressent une voiture, retournée par des proches de la victime, dimanche 24 mai 2008, devant le palais de justice de Draguignan.