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Athènes : Un premier récit détaillé des émeutes (6-31 décembre)
(Le 11 janvier 2009)

Brève présentation des récents événements d’Athènes

vus par quelques prolétaires qui y ont participé

Samedi 6 décembre 2008, un coup de feu de la police a déclenché dans les villes de toute la Grèce les plus fortes émeutes depuis des décennies. Ce qui suit est une première -et incomplète- présentation des récentes émeutes à Athènes, qui sont toujours en cours, basée sur nos propres expériences et ce dont nous avons entendu parler. D’un côté, la férocité des émeutes et la détermination des émeutiers et des pillards et de l’autre la stratégie à venir de Etat demandent certainement plus de temps et d’attention pour être comprises de façon adéquates, ce que nous ne sommes honnêtement pas en mesure de faire en ce moment, parce que nous participons à plusieurs actions locales, manifs et assemblées.

Samedi 6 décembre

Vers 21h10, un garde spécial de la police shoote à mort un jeune garçon de 15 ans, Alexis-Andreas Grigoropoulos, de sang froid, dans une altercation ordinaire près de la place Exarchia. Tout de suite après, beaucoup de personnes dont de nombreux anti-autoritaires se rendent sur place pour savoir ce qui s’était passé et pour exprimer leur rage contre la police. Des centaines de policiers tentent de boucler la zone pour étouffer toute réaction, sans succès. Spontanément, les gens commencent à attaquer la police dans les rues autour de la place par tous les moyens possibles. En moins de deux heures, plus de 10 000 personnes se sont emparées des rues avoisinantes pour venir aux nouvelles et s’affronter avec la police. Quelques groupes anarchistes occupent le bâtiment historique de l’Université Technique Nationale (Ecole Polytechnique), situé quelques rues plus loin, et la Faculté d’Economie, située à un kilomètre de là, pour en faire des centres de lutte. Les gauchistes font la même chose avec la Faculté de Droit, située à moins d’un kilomètre de l’endroit où s’est produit le meurtre. Dans ce quartier, les affrontements avec la police et les attaques contre les banques et les commerces dureront jusqu’à 4h du matin, aussi tard que nous ayons pu le voir.

La nouvelle de l’assassinat se diffuse rapidement à travers les portables et internet. Résultat, environ 150 personnes qui se trouvaient déjà sur la place Monastiraki attaquent de manière spontanée et pillent presque tous les magasins de la rue Ermou, la 11ème rue la plus chicos du monde. Là, beaucoup de passants se joignent à l’émeute des bars et des boîtes de nuit alentours. Dans le centre d’Athènes cette nuit-là, des personnes ont attaqué le commissariat près de l’Acropole, lui causant de gros dégâts.

Il faut noter que l’info concernant l’assassinat du jeune garçon a fait le tour de nombreuses villes (Thessalonique, Ioannina, Irakleio, Volos), où ont lieu des attaques contre des banques, des commissariats et des commerces.

Dimanche 7 décembre

La Faculté de Droit occupée appelle à une manifestation à 14h devant le Musée d’Archéologie, qui est juste à côté de l’autre bâtiment historique occupé, l’Ecole Polytechnique, dans l’avenue Patission. De nombreuses personnes s’y rendent et, vers 15h30, la manifestation se dirige vers le Quartier Général de la Police d’Athènes. Nous savions déjà que la police ne nous laisserait jamais approcher de son QG, mais nous étions déterminés à nous en approcher aussi près que possible. Les destructions de banques et les jets de pierres contre les flics ont commencé dès que nous avons quitté la place. Lorsque nous avons tourné à droite sur l’avenue Alexandras, il y avait environ 4000 personnes, de tous âges. Chaque commerce ouvert a été attaqué, principalement des concessionnaires de voitures de luxe et des banques. Au début, la police est resté à bonne distance des émeutiers et évitait de se faire prendre pour cible. Lorsqu’elle s’est rapprochée, les émeutiers l’ont attaquée avec des pierres. Elle a effectué une première tentative de rompre la manif avec des gaz près de la place d’Argentine, mais sans succès. Dix minutes plus tard, à l’angle de la rue Ippokratous, elle a mené une charge furieuse avec un paquet de gaz lacrymogène qui ont fait leur effet : la manif s’est disloquée en plusieurs parties, la plus grande continuant à droite à travers Neapoli. Les attaques contre les commerces et les banques ont continué, accompagnées cette fois de destruction de voitures. Beaucoup de gens ont décidé de continuer de marcher en direction du QG de la Police par une rue parallèle, mais après peu de temps il est devenu clair qu’il n’y avait pas moyen d’y accéder : la petite rue perpendiculaire à l’avenue Alexandras est le lieu de la désormais fameuse photo où le flic anti-émeute brandit son arme. La tension était haute. Nous avons décidé de faire demi-tour et de retourner à la place Exarchia pour voir ce qu’on pourrait faire par la suite. Sur le chemin du retour, il y avait toujours des affrontements avec la police, mais moins intenses. Certains ont attaqué le Commissariat 5 situé non loin et les flics ont répondu avec des balles en caoutchouc. Plus tard en soirée, les affrontements avec les flics ont repris -et dans une moindre mesure les attaques de magasin- autour de l’Ecole Polytechnique et de la Faculté d’Economie, qui ont duré jusque tard dans la nuit.

Lundi 8 décembre

Le matin, des jeunes de plusieurs lycées se rassemblent spontanément devant le Quartier Général de la Police. Beaucoup, venus des banlieues nord, est et ouest se rendent au centre-ville en manif spontanée. Des jeunes des lycées du Pyrée (le port du sud-est de la ville) en profitent pour attaquer le commissariat, où ils renversent les voitures des flics.

A 18h, la Faculté de Droit appelle à une manifestation à Propylaia, une place centrale d’Athènes. On estime à plus de 20 000 le nombre de participants, principalement des jeunes. Beaucoup d’entre eux, environ 1500 marchaient “de ci de là” le long de la manif, défonçant des banques et détruisant les magasins de luxe du centre. Ils ont commencé à détruire ou piller les marchandises dès le début de la manif. Place Omonoia, les banques ont été détruites, tandis qu’avenue Stadiou et Filellinon, ce sont plus de la moitié des magasins qui ont été attaqués. Au début de l’avenue Piraeus, de nombreux pillages ont aussi eu lieu. Les gens marchaient lentement et personne ne tentait vraiment d’empêcher les attaques ni les pillages. Certains se sont même arrêtés et ont acclamé les jeunes assaillants. Au même moment, d’autres étaient en train d’attaquer les flics, les banques et les commerces à différent endroits de la ville tout autour de l’avenue Syggrou, la rue qui mène au sud d’Athènes. Jusqu’à présent, le montant réel des dégâts causés à la propriété privée n’a pas été estimé. Les médias parlent de 10 bilions d’euros, ce qui pourrait être vrai tant des dizaines de magasins ont été attaqués, pillés ou brûlés par des “jeunes incontrôlables”, grecs et immigrés. Bien qu’on puisse dire que les jeunes Grecs (étudiants et travailleurs précaires) aient pris l’initiative et que les immigrés aient suivis, il faut admettre qu’il est très difficile de distinguer les uns des autres dans les rues. En ce qui concerne les immigrés, les Albanais de la seconde génération ont volontiers participé aux attaques contre les flics tandis que les autres immigrés (Afghans et Africains) se sont plus concentrés sur les pillages. Les émeutes et les pillages ont concerné environ la moitié du centre-ville. Bien que la police ait procédé à plusieurs arrestations ce soir-là, il serait faux de dire qu’ils aient pu penser contrôler la situation, parce qu’il y avait énormément de gens dans les rues agissant en petits groupes de 10 ou 20 personnes.

Mardi 9 décembre

Les enseignants du primaire et du secondaire se mettent en grève aujourd’hui contre la brutalité policière. A midi, la manifestation démarre place Propylaia et se dirige vers le Parlement, mais il n’y a pas plus de 3000 participants. Après la dispersion, et bien qu’ils soient en nombre réduit, 150 jeunes lancent des molotovs, des pierres et autres objets contre la police anti-émeute. Le Parti Communiste (KKE), effrayé par la perspective d’une émeute généralisée, montre une fois de plus sa nature contre-révolutionnaire et réactionnaire. Il déclare que les émeutiers et les pillards sont des agents secrets d’ “obscures forces étrangères” et appelle le “mouvement populaire”, un sujet imaginaire dont il serait le représentant légitime supposé, à se tenir à l’écart des combats. L’histoire se répète : cela fait 35 ans que ce parti psalmodie le même mantra, monotone et dangereux, à propos des “provocateurs” ; en 1973, ils avaient fait la même contre les étudiants et les ouvriers qui avaient occupé l’Ecole Polytechnique, une émeute qui avait mené au renversement de la dictature. Encore une fois, ils tentent de sauver l’Etat et de restaurer l’ordre public. A 15h, les funérailles du garçon décédé se déroulent dans le cimetière de Palaio Faliro, une banlieue sud d’Athènes. Plus de 5000 personnes se rassemblent pour rendre un dernier hommage à Alex et hurler une fois de plus contre ses assassins. Lors de l’enterrement, près de 200 jeunes se lancent à l’attaque de la police anti-émeute qui se tient à quelques rues de là. Cette confrontation durera plus d’une heure, au cours de laquelle des commerces et des banques furent attaqués ; des pierres furent aussi lancées contre des voitures de police. Après une bonne heure, les jeunes se sont rendus vers le commissariat de Palaio Faliro, mais la police est parvenue à les stopper juste avant. Lors de cette émeute, trois motards de la police ont tiré plus de dix fois en l’air pour “effrayer” les émeutiers.

Au cours de la nuit, des fascistes ont fait leur apparition dans les rues autour de l’Ecole Polytechnique et de la Faculté d’Economie où se déroulaient de féroces affrontements avec la police. Place Victoria, des immigrés ont attaqué la police et tenté de piller trois magasins, mais des flics en civil et des citoyens ont arrêté l’un d’eux brutalement. Plus généralement, cela a été le jour où l’Etat a officieusement mis en avant les soi-disant “réflexes sociaux”, encourageant la collaboration entre commerçants, fascistes, “citoyens” et la police contre les émeutiers.

Mercredi 10 décembre

C’est le jour de la grève générale décidée il y a un mois, principalement “contre le budget 2009 de l’Etat”. Du fait de la poursuite des émeutes, les leaders syndicaux condamnent les violences policières, tout en séparant en même temps les “émeutiers” des “manifestants paisibles et responsables”. Plus de 7000 personnes se rendent au rassemblement sue la place Syntagma. Quelques manifestants lancent des molotovs contre la police lors de cette grève générale qui a paralysé la Grèce et mis sous pression un gouvernement sénile.

De petites émeutes se déroulent avenue Panepistimiou. Après la manif, beaucoup de monde rejoint les assemblées de l’Ecole Polytechnique et de la Faculté de Droit pour discuter de ce qui se fera les jours suivants. Plus tard, il y a eu une grande assemblée du milieu anti-autoritaire à la Faculté d’Economie. Plus tôt dans la matinée, des lycéens ont attaqué le poste de police local dans la banlieue de Kaisariani. La nuit, des affrontements avec la police se produisent avenue Tritis Septemvriou, au centre d’Athènes.

Les émeutes se sont étendues à 42 préfectures de Grèce, y compris dans des villes où il n’y avait pas eu de manifestations jusqu’à présent. Leur déroulement est identique : ce sont principalement des étudiants et des jeunes qui attaquent les commissariats, les banques, les magasins et les bâtiments d’Etat. Ils se rassemblent spontanément, après avoir communiqué entre eux par portables. Les anarchistes et les autres “politisés” ne représentent qu’une petite fraction des émeutiers et sont souvent pris au dépourvu par la férocité, la diffusion et la durée des émeutes.

C’est principalement à Athènes et Héraklion (Crète) qu’une grande partie des émeutiers sont des immigrés. Cette émeute peut donc parfaitement se nommer une émeute internationale, la première du genre en Grèce. Contre cette situation complètement nouvelle, les médias ont tenté de changer leur propagande en parlant de “manifestants grecs” et de “pillards étrangers”, en une tentative de raviver le racisme. Jusqu’à présent, près de la moitié des arrêtés à Athènes sont des immigrés et l’accusation principale retenue contre eux est “pillage”. La très grande majorité des arrêtés à travers le pays sont des jeunes.

Jeudi, 11 décembre

Les lycéens ont déserté un peu partout leur bahut et se sont rassemblés devant tous les commissariats d’Athènes. Certains ont été attaqués avec des containers et des pierres tandis que la police tirait des gaz lacrymogène et parfois aussi... des pierres. En tout, 35 commissariats ont été bloqués à Athènes et à certains endroits d’autres gens y ont participé, généralement des parents. L’entrée de la prison de Korydallos a aussi été attaquée par des étudiants. Les médias ont déclaré que 4500 cartouches de gaz avaient été utilisées ces cinq derniers jours par la police. Ils sont à court de lacrymogène et pensent en importer d’Israël ! Dans la matinée, un groupe de libertaires a occupé la mairie dans la banlieue sud d’Athènes. De nombreux voisins ont participé à l’assemblée du soir et les travailleurs municipaux qui soutiennent l’occupation ont publié un communiqué. L’Hôtel de Ville a par la suite été utilisé comme un point de rassemblement et un centre de contre-information.

Des assemblées ont eu lieu dans beaucoup universités et les occupations s’étendent. Des militants de l’organisation étudiante du Parti Communiste (PKS) ont tenté de bloquer ces assemblées pour éviter l’occupation (Université Panteion, Ecole de Philosophie de l’Université d’Athènes). Leurs tentatives ont échoué vu que les occupations se sont développées à travers Athènes et toute la Grèce.

En début de soirée, il y a eu une grande manifestation (peut-être 5000 personnes) dans le centre d’Athènes, appelée par une assemblée de syndicalistes principalement gauchistes, qui se réunissaient à la Faculté de Droit occupée. A la fin de la manif ont éclaté des affrontements avec la police dans le centre-ville et autour de la Faculté de Droit. Ils ont duré plusieurs heures.

A Komotini, une ville au nord-est près de la Turquie, une manifestation d’étudiants a été attaquée et pourchassée jusque dans l’université par de nombreux fascistes et des loubards de la droite dure qui infestent la région pour protéger... la sécurité nationale.

Il règne un sentiment général d’hostilité contre les flics et un ras-le-bol d’ensemble. La brutalité policière qui a augmenté après les Jeux Olympiques de 2004, de faibles salaires et de dures conditions d’exploitation, des lycéens surmenés et sous pression, le mécontentement étudiant d’une vie toujours plus caractérisée par la peur et l’insécurité, la corruption du gouvernement et les hauts responsables de l’Eglise, la surexploitation des immigrés et une société où les divisions de classes se creusent : c’est le mélange explosif où le meurtre d’un môme n’a été que l’étincelle.

La publication d’extraits de la déposition du flic qui a tué le jeune a soulevé l’indignation générale. Il y accuse le lycéen d’avoir eu “un comportement déviant” parce qu’il “avait été renvoyé de l’école privée où il étudiait” (ce qui du reste est faux). Son avocat, une célébrité de la télévision, a fait une déclaration encore plus provocatrice : “C’est uniquement à la Justice grecque de se prononcer pour décider si ce jeune homme a été tué avec raison, ou pas”. Le rapport balistique est attendu aujourd’hui. Des “fuites” parues précédemment dans les médias suggèrent que le rapport dira qu’Alexandros a été tué par ricochet et non pas par un tir direct (ce qui est contraire à ce que disent tous les témoins oculaires). Quoi qu’il en soit, c’est la rue qui répond à de telles provocations. De nouveaux slogans sont imaginés tous les jours : “Nous n’avons pas lancé de pierres, elles ont ricoché”, “le mieux qu’il puisse arriver à l’avocat c’est d’être tué par ricochet”.

Vendredi 12 décembre

700 lycées et 100 universités sont occupés et leur nombre ne cesse d’augmenter. Une grande manifestation (plus de 10 000 personnes) a été organisée à Athènes. Les lycéens et les autres ont attaqué la police et plusieurs banques ont été défoncées. Lors de la manif, près de 200 anarchistes ont saccagé les bureaux de l’avocat du flic. La police anti-émeute a arrêté de nombreux lycéens (certains sont âgés de 13-14 ans).

Samedi 13 décembre

Un sit-in est organisé place Syntagma à midi par la coordination des étudiants des universités occupées et par les groupes politiques. Plus de 1000 personnes de tous âges y participent : des étudiants, des lycéens aussi bien que des travailleurs. Le sit-in devait durer jusqu’au bout de la nuit. Après minuit, la police attaque le rassemblement pacifique avec des lacrymogènes et disperse la foule. Des manifestations étaient aussi organisées dans les banlieues d’Athènes : Nea Smirni, Peristeri, Zografou.

Le soir, le Ministère de l’Environnement et des Travaux Publics, rue Patission, est attaqué par une foule de 200 personnes. Vers 21h, un millier de personnes se rassemblent à Exarchia pour protester contre le meurtre d’Alexis-Andreas Grigoropoulos près de l’endroit où il a été assassiné. Certains attaquent le poste de police local pendant que d’autres affrontent la police anti-émeute. Il y a eu une autre manifestation passant par Monastiraki et Gazi, des quartiers où beaucoup de gens vont en boîte de nuit le samedi soir. La manif a été attaquée par la police et quelques personnes ont tenté de continuer. Ils ont reflué vers Exarchia, mais les attaques de la police ont forcé les gens à se disperser dans plusieurs directions. Une grande partie de la foule a été repoussée aux abords de l’Ecole Polytechnique. Les émeutes ont continué toute la nuit dans les rues aux alentours de cette Université.

Ceux qui avaient réussi à poursuivre la manifestation ont traversé Monastiraki, Thisseio et Gazi puis ont essayé de rejoindre le centre en marchant rue Piraeus. Des banques et des caméras de vidéosurveillance ont été attaquées par les manifestants. La police a de nouveau chargé vers la place Omonia et il y a eu près de 50 arrestations. Les arrêtés ont été relâchés sans inculpation.
Ce même jour, plusieurs banques ont été attaquées partout dans Athènes.

Dimanche 14 décembre

Il y a eu des manifestations dans plusieurs banlieues d’Athènes ainsi que dans beaucoup de villes de Grèce (Thessaloniki, Corfu, Volos, Xanthi, etc.). Plus tôt dans la nuit, une manifestation pacifique place Syntagma, appelée par des bloggeurs, était dispersée au gaz lacrymogène par la police anti-émeute.

Sur la place centrale de Nea Smirni, une banlieue au sud-est d’Athènes, un grand café abandonné appelé « Galaxias », appartenant à la municipalité, était occupé à midi par environ cent personnes (libertaires, membres d’un parti municipal et plusieurs résidents) pour être transformé en centre de contre-information et de coordination d’action. L’occupation de bâtiments publics est une nouvelle forme de luttes venant des émeutes. Comme nous l’avons vu, cela a commencé dans la banlieue d’Agios Demetrios, avec l’occupation de la mairie. L’occupation du « Galaxias » a adopté le nom de « Eleftheros Galaxias » (qui signifie « la Galaxie Libre ») et a appelé à une assemblée de voisinage plus tard dans l’après-midi.

Durant la journée, quatre stations de radio ont été occupées. Elles ont été utilisées pour les déclarations radiophoniques et des communiqués d’appel à la généralisation de l’insurrection.

L’après-midi, le Comité des résidents d’Exarchia a appelé à un rassemblement sur la place où le meurtre d’Alexis a eu lieu. Malgré la pluie, un nombre significatif des personnes y participèrent et discutèrent des événements lors d’un rassemblement en plein air. Quand la police anti-émeute est apparue, les gens l’ont repoussée en criant et en les insultant.

Le maire d’Athènes annonça qu’un nouvel Arbre de Noël sur la place Syntagma serait érigé le mercredi, puisque le précédent avait été brulé par les cocktails Molotov dans la nuit du 8 décembre. Pour l’État, cet arbre symbolise l’esprit consumériste et le retour à la normale alors que pour les insurgés, son incendie signifie que l’émeute continue. Plusieurs tentatives d’y mettre le feu sont survenues pendant les manifestations.

Lundi 15 décembre

À 17h00, les occupants de la vieille mairie de Halandri, une banlieue du nord-est d’Athènes, était attaquée par une poignée de crapules qui avaient prétendument des connexions mafieuses avec les propriétaires de magasin locaux. L’un d’entre eux forçait les manifestants à quitter le bâtiment en les menaçant avec un fusil de chasse et une batte de base-ball. Néanmoins, les gens réussirent à réoccuper le bâtiment deux heures après.

Dans Agios Demetrios, l’assemblée populaire de l’occupation a essayé de coopérer avec les employés municipaux pour redémarrer quelques services sans la médiation des autorités municipales. L’objectif était de satisfaire les besoins sociaux urgents, tels que le fait d’éditer des cartes vertes pour les immigrants et de payer les salaires et les allocations supplémentaires. Le maire et le conseil municipal ont intimidé les ouvriers en essayant de les empêcher de fournir ces services.

Le matin, une centaine de lycéens environ, et quelques ouvriers et militants se sont rassemblés à l’extérieur du tribunal dans la rue Evelpidon pour exprimer leur solidarité envers les interpellés des affrontements contre la police anti-émeute de la semaine précédente. Les jeunes sont entrés dans le tribunal, en évitant les contrôles. En même temps, une manifestation était organisée dans la banlieue de Korydallos par plus de mille jeunes des écoles proches. Ils sont allés à la prison Korydallos (la plus grande prison du pays) et ont attaqué la police avec des pierres et des cocktails Molotov. Par ailleurs, dans le quartier de Pagrati, des lycéens manifestaient à l’extérieur du poste de police. A midi, plus de mille jeunes des écoles locales se rassemblaient à l’extérieur du quartier général de la police dans l’avenue Alexandras et attaquaient la police avec des œufs, de la farine et des pierres. Deux étudiants furent arrêtés après avoir été battus.

L’après-midi, environ 150 personnes participaient à une manifestation musicale place Propylaia. Les manifestants bloquaient l’Avenue Panepistimiou en chantant et en dansant, mais subirent une attaque féroce des polices spéciales. En même temps environ 100 personnes faisaient une intervention dans la station de métro souterraine de Propylaia. Des tracts étaient distribués, exprimant une critique explicite de la circulation capitaliste de la marchandise force de travail, en demandant le transport libre pour tous et en promouvant la violation des politiques de tolérance zéro à l’intérieur des stations de métro. L’intervention prit fin avec le sabotage de tous les distributeurs automatiques, l’écriture de slogans sur les murs de cet environnement stérilisé et le bombage des caméras de surveillance. Les polices spéciales surgirent dans la station de métro et les joyeux participants les attaquèrent verbalement et se moquèrent d’eux du haut des escaliers à l’entrée de la station. Dans le même temps, une action similaire se déroulait dans la station de métro de Daphni, organisée par l’assemblée populaire de l’Hôtel de Ville occupé d’Agios Demetrios.

Une énorme banderole représentant Kugias, l’avocat du flic tueur, était accrochée sur l’université place Propylaia, avec le slogan « vas te ricocher toi-même, espèce de cafard ». Peu après l’intervention à la station de métro, une manifestation appelée par l’assemblée de l’occupation de la Faculté de Droit commençait depuis cette place. Environ 2 000 personnes y participaient, se dirigeant vers le Parlement puis revenant place Propylaia.

Dans la banlieue de Nea Filadelfia, le centre culturel municipal était occupé pour être utilisé comme un lieu de rassemblement et un centre de contre-information.

Les occupations de bâtiments municipaux et stations de radio aussi bien que de départements universitaires ont continué de s’étendre partout dans Athènes et dans d’autres villes.

Ce jour-là, 14 représentants de communautés immigrées ont publié une déclaration essayant de prendre leurs distances avec les émeutes et le pillage en particulier : « nous ne sommes pas des pillards, les immigrants ont une expression publique et de la dignité [...] Nous déclarons que la grande majorité des immigrants ne sont ni des pillards, ni des criminels ». Adoptant une position tout à fait différente, les militants du Repaire athénien des migrants albanais distribuaient le matin une brochure au piquet de grève étudiant à l’extérieur du quartier général de la police, revendiquant leur part dans les émeutes, « Ces jours sont également les nôtres ». Le texte peut être trouvé en annexe.

Mardi 16 décembre

Un groupe de 50 personnes réussit à entrer dans les studios de FILET, la chaine de télévision national, contrôlé par l’Etat, et interrompait le bulletin d’information de 15h00 pendant environ 1 minute. Les caméras furent retournées vers les manifestants qui portaient les banderoles demandant « la libération immédiate de tous les prisonniers de l’insurrection », « la Liberté pour tous » et enjoignant les téléspectateurs : « [d’] Arrêter de regarder la télé et [de] sortir dans les rues ». Le groupe qui a organisé cette action a publié un communiqué qui peut être trouvé dans l’annexe de la chronologie.

A midi, un groupe d’environ 70 militants attaquait le poste de police central d’Ilissia qui sert aussi de quartier général d’une unité des polices spéciales (YMET). Un fourgon de la police et quatre véhicules de la police furent brûlés et 2 agents de police blessés. L’après-midi, des rassemblements et des manifestations étaient organisés dans les banlieues de Petralona, Daphni, Agios Demetrios avec la participation d’étudiants de lycéens, ouvriers et d’autres résidents. Simultanément, environ mille personnes se rassemblaient dans Exarchia et se dirigèrent vers le poste de police local où ils furent arrêtés par d’importantes forces de police.

L’occupation de la Mairie d’Agios Demetrios se terminait par une manifestation d’environ 300 personnes.

À un autre endroit du centre-ville, une intervention était organisée à la station de métro de la place Victoria, l’après-midi. Les distributeurs automatiques étaient détruits, des slogans écrits sur les murs (l’un d’entre eux était « rendons l’insurrection souterraine ») et les caméras de surveillance bombées.

Mercredi 17 décembre

Les bureaux centraux de la Confédération Générale du Travail de Grèce (GSEE), situés au carrefour de Patission et de l’avenue Alexandras, furent occupés tôt le matin par un groupe d’environ 70 ouvriers. Les buts de l’occupation étaient exprimés dans un premier communiqué de l’occupation qui peut être trouvé en annexe. Environ 50 bureaucrates et leurs nervis essayaient d’expulser les squatters vers 15h00 mais étaient repoussés par les gens avec l’aide des occupants de l’ASOEE, se trouvant à proximité. Un rassemblement était appelé à 18h et regroupa 800 personnes.

Depuis le début, il était évident qu’il y avait deux tendances à l’intérieur de l’occupation - peu importe leur manifestation extérieure : l’une, ouvriériste, qui voulait utiliser l’occupation symboliquement pour critiquer la bureaucratie syndicale et promouvoir l’idée d’un basisme indépendant de l’influence politicienne ; et l’autre, prolétarienne, qui voulait attaquer une autre institution de la société capitaliste, critiquer le syndicalisme et utiliser l’endroit pour créer une autre communauté de lutte dans le contexte des troubles généraux. Les syndiqués gauchistes qui étaient présents à l’assemblée ne surent pas vraiment que faire avec tous ces ouvriers insurgés et abandonnèrent.

Le matin, les étudiants accrochaient deux banderoles géantes sur l’Acropole avec des slogans appelant à des manifestations de masse à travers l’Europe le 18 décembre, et à la résistance. Les ouvriers du site archéologique soutenaient l’action. Dans les jours précédents, les ouvriers de l’Acropole étaient en grève à cause d’une diminution de leur salaire suite à la réduction d’une allocation spéciale. Plus tard dans la journée le ministère promettait de satisfaire les demandes des grévistes et la mobilisation était suspendue.

Le soir, les occupants du vieil Hôtel de Ville dans Halandri organisaient une manifestation dirigée contre le poste de police. Au moins 400 personnes ont participé et ont attaqué le poste de police avec des œufs, pierres, bouteilles, etc ; 30 minutes plus tôt, la même manifestation avait lancé des œufs et de la peinture sur le tribunal local. Une autre manifestation traversait les banlieues de Kesariani, Pangrati et Vironas. 300 personnes y prenaient part et se dirigeaient vers le poste de police où ils s’affrontaient brièvement à la police. Ensuite, la manifestation se dirigea vers l’Hôtel de Ville de Kesariani qui était occupé depuis quelques heures.

Le sabotage de distributeurs automatiques de ticket et de caméras de surveillance se répétait le soir dans 5 stations de métro : Attiki, Ano Patisia, Kato Patisia, Tavros et Monastiraki.

Un nouveau lycéen se fit tirer dessus par des inconnus sur un lieu de rencontre de jeunes dans Peristeri, une banlieue à l’ouest d’Athènes. Heureusement, l’étudiant, dont le père est un syndicaliste bien connu et un membre du parti soi-disant communiste, n’a pas été blessé sérieusement.

Un groupe de professeurs (pour la plupart enseignants de droit dans les universités grecques) lançaient un appel au Gouvernement et aux groupes olitiques à prendre quelques mesures contre « les maux » de la société grecque, demandant surtout une utilisation plus stricte de l’asile universitaire et des poursuites judiciaires contre l’utilisation de cagoules pendant les manifestations. Ainsi les intellectuels, bien que tardivement, essayaient de réintroduire le vieux Black Act[1] dans la Grèce de 2008 en actualisant son sens à l’encontre des insurgés.

Jeudi 18 décembre

Une manifestation partait à midi de la place Propylaia avec la participation de lycéens, étudiants, enseignants et autres ouvriers. Le syndicat de base des postiers appelait à une grève d’une journée, alors que le syndicat des ouvriers des librairies et des maisons d’édition appelait à un arrêt de travail de 5 heures. Les postiers formaient leur propre bloc dans la manifestation. De même, la confédération des syndicats des ouvriers de secteur public (ADEDY) appelait à un arrêt de travail de 5 heures. Cela donnait l’occasion à beaucoup d’ouvriers de participer de façon indépendante à la manifestation. Le nombre des manifestants était très élevé. Certains les estiment à environ 20 000. Quand la manifestation atteignit le parlement, les affrontements avec la police anti-émeute commencèrent. Les flics protégeaient principalement l’Arbre de Noël nouvellement érigé place Syntagma ; ils l’entouraient, en essayant d’empêcher son incendie par les cocktails Molotov lancés. C’était un spectacle si ridicule à voir que des centaines de manifestants criaient et en se moquaient d’eux. Le vrai esprit de Noël : l’Arbre de Noël, (en plastique, en fait), symbole du consommateur heureux, protégé par les forces de la loi et de l’ordre ! Les affrontements se propagèrent à l’Avenue Panepistimiou, l’Avenue d’Akadimias et la Rue Solonos jusqu’au soir. Plusieurs personnes furent arrêtées et parmi eux un soldat qui passait par là et fut brutalement frappé par les flics.

Après une manifestation semblable dans la ville de Patras, la bourse du travail locale fut occupée par des manifestants suite à l’exemple de l’occupation de GSEE.

Une manifestation antiraciste avec quelques centaines de personnes a été organisée l’après-midi par les organisations immigrées et antiracistes. Certaines de ces organisations étaient celles qui avaient nié la participation d’immigrants dans les émeutes et le pillage, démontrant ainsi leur rôle comme les médiateurs capitalistes.

Le soir, les membres de la Jeunesse soi-disant Communiste ont organisé une manifestation dans Peristeri pour protester contre l’attentat contre le lycéen la veille. Selon des témoignages, quelques étudiants ont conspué les membres de la Jeunesse Communiste.

Un groupe d’étudiants en art a interrompu un concert de musique classique dans Megaro Mousikis, le music-hall le plus important de Grèce, les tracts distribués critiquant le rôle de l’art et des artistes dans la relation avec les événements récents et a scandé quelques slogans contre les flics et l’État.

Vendredi 19 décembre

L’Institut français était attaqué à midi par 40 personnes avec des cocktails Molotov et des pierres. Des slogans étaient bombés sur les murs : « Etincelle à Athènes, Incendie à Paris, l’insurrection vient » et « Grèce-France : insurrection partout ». Cette action exprimait la solidarité avec les activistes qui sont accusés de saboter les chemins de fer aussi bien qu’avec les mobilisations lycéennes en France.

L’après-midi un concert de solidarité était donné place Propylaia avec la participation de centaines d’artistes et de plus de 5 000 personnes.

À 18h00, une manifestation était organisée dans Egaleo, une banlieue d’Athènes, par le groupe anarchiste local. Plus de 100 personnes ont participé à la manifestation qui s’est dirigée vers le poste de police. Les manifestants ont attaqué le poste de police et ont cassé les vitrines et les caméras de surveillance de toutes les banques sur leur chemin. Au même endroit, il avait lieu une manifestation organisée par des groupes gauchistes qui suivaient une autre route.

Pendant la journée, ouvriers permanents et intérimaires, étudiants et chômeurs des occupations d’ASOEE et de GSEE organisaient des interventions dans deux centres d’appel : MRB (une compagnie organisant des sondages d’opinion publique) et OTE (la compagnie de télécommunications nationale de la Grèce). La première intervention est survenue autour de midi et seulement quelques personnes y ont participé à cause de la grande distance entre le site et le centre-ville. Dans la deuxième intervention, environ 60 personnes ont participé et ont bloqué le travail pendant quelques minutes. Les ouvriers intérimaires dans le centre d’appel ont répondu à l’action d’une façon positive.

À ce moment-là, 800 lycées étaient occupés selon le Syndicat des enseignants des écoles secondaires (OLME).

Environ cent personnes ont interrompu la première du Théâtre national à Athènes, tard le soir. Ils ont pris la scène et ont tendu une banderole disant « Tout le monde dans la rue. Libération immédiate de tout les interpellés pendant la révolte ». Le texte distribué dans la salle et lu par des acteurs disait, entre autres : « maintenant que vous ayez éteint vos portables, il est grand temps d’allumer votre conscience ».

Samedi 20 décembre

Ce jour-là, 3 stations de radio furent occupées. L’après-midi, des manifestations étaient organisées dans beaucoup de banlieues et quartiers d’Athènes : Gyzi, Peristeri, Halandri, Vironas, Petralona, Nea Smirni. Les manifestations étaient organisées par les occupations locales ou par des groupes libertaires ou gauchistes locaux. Cette mobilisation survenait après l’appel à une journée internationale d’action par les occupations d’ASOEE et de l’école Polytechnique d’Athènes. Des centaines des gens ont participé aux manifestations.

Plus tard, un grand magasin d’Agios Panteleimonas, un quartier pauvre d’Athènes où vivent beaucoup d’immigrants, a été pillé par un groupe de militants.

Le soir, le bâtiment de Teiresias, une compagnie interbancaire qui « traite les données qui reflètent le comportement économique des individus et des entreprises » a été attaqué et incendié.

Plus tard, plus de mille personnes se sont rassemblées dans les rues autour de la place Exarchia commémorant le meurtre d’Alexandros. Les affrontements commencèrent avec la police mais la foule fut dispersée et repoussée à l’intérieur des locaux de l’école Polytechnique. Les affrontements ont continué autour de l’université jusqu’à tôt le matin.

Le département financier de la police grecque dans Nea Filadelfeia fut attaqué aux cocktails Molotov. En dehors des dégâts causés au bâtiment, 7 voitures furent détruites.

Dimanche 21 décembre

A midi, des manifestations se déroulèrent dans Kesariani-Pagrati (environ 250 participants) et Ilion (environ 100 participants). Dans Ilion, les manifestants ont lancé des pierres et ont cassé les vitrines de 4 banques et d’une agence pour l’emploi (OAED).

L’occupation de GSEE s’est terminée dans l’après-midi avec une manifestation qui s’est dirigée vers l’école Polytechnique via l’avenue Patission. Le parcours initial de la manifestation devait traverser des quartiers prolétariens proches où beaucoup d’immigrants vivent. Mais cela fut modifié car des rumeurs circulaient, disant que la police violerait l’asile universitaire et évacuerait l’école Polytechnique. Le dernier rassemblement dans le GSEE, centré sur la question de la solidarité avec les insurgés emprisonnés ou subissant la répression de la police, décida d’organiser une manifestation le mercredi 24 décembre à 16h00, de la place Monastiraki à la place Syntagma, par la rue Ermou qui est le centre commercial le plus riche de Grèce.

Environ cent étudiants des écoles de théâtre ont interrompu 15 pièces de théâtre autour d’Athènes. Les slogans principaux des interventions : « Nouvel an insurrectionnel, tout le monde dans la rue », « Il n’est pas possible de tuer nos rêves ».

Lundi 22 décembre

L’Hôtel de Ville de Peristeri fut occupé à midi par environ 100 personnes.

Un groupe de type mafieux a attaqué une femme de ménage intérimaire, K. Kuneva, 44 ans, secrétaire du syndicat des femmes de ménage, de retour chez elle, tard le soir. Ils brulèrent son visage à l’acide sulfurique. Elle a perdu un œil et est restée en soins intensifs à l’hôpital, en situation critique, souffrant encore aujourd’hui de sérieux problèmes de vue et du système respiratoire. K. Kuneva travaillait dans une des compagnies sous-traitantes de l’ISAP (Chemins de fer d’Athènes-le Pirée) et disait qu’elle était en conflit constant avec ses patrons et que, ces derniers temps, elle avait reçu des appels anonymes menaçants.

Mardi 23 décembre

Tôt le matin, des coups de feu visaient un car de la police anti-émeute dans Goudi, sans blesser personne. Un groupe s’intitulant « Action Populaire » revendiquait l’attaque en téléphonant à un centre de média en ligne, sans laisser d’explications sur leurs motivations, ce qui est tout à fait inhabituel comme pratique. Cela, comme le lieu d’où partirent les coups (un petit bâtiment occupé utilisé comme un lieu de rencontre pour les étudiants contestataires) rendirent l’affaire très suspecte. Peu de temps après, le procureur général autorisa la police à fouiller le lieu, violant ainsi l’asile universitaire.

5 000 personnes participèrent à la manifestation organisée par les comités de coordination des universités occupées et des lycées. Avant que la manifestation ne commence, certains manifestants ont retourné une voiture de la police mais cette action n’a pas été suivie par plus d’affrontements pendant la manifestation.

La plupart des participants à l’occupation de l’École de droit ont décidé de quitter le bâtiment.

Dans Nea Filadelfia, 200 personnes ont manifesté du centre culturel municipal occupé au poste de police local. Les manifestants ont lancé des œufs, de la peinture et des pierres sur le poste de police.

Mercredi le 24 décembre

L’occupation d’ASOEE s’est terminée l’après-midi.

Plus de 1 500 personnes, principalement du milieu libertaire, ont participé à la manifestation qui avait été organisée durant l’occupation du GSEE du dimanche, en solidarité avec les insurgés poursuivis. La manifestation, partie de la palce Monastiraki, a traversé la rue Ermou, a atteint la place Syntagma et est revenue ensuite place Monastiraki par la rue Kolokotroni. Certains jeunes ont rejoint la manifestation qui traversait la partie la plus commerciale de la ville, quand les courses de Noël étaient à leur sommet. Les slogans de la manifestation appelaient à une poursuite de l’insurrection contre « l’esprit » des achats de Noel. L’occupation de l’école Polytechnique s’est terminée à minuit.

Vendredi 26 décembre

Environ 150 personnes ont participé à une manifestation devant l’hôpital d’Evaggelismos où K. Kuneva est suivie. Les slogans clamaient : « Résistance contre le terrorisme patronal ».

Samedi, le 27 décembre

A midi, 300 personnes occupaient le bâtiment de quartier général de l’ISAP comme une première réponse à l’attaque meurtrière sur Konstantina Kuneva. Le groupe qui avait organisé cette action publiait un communiqué qui peut être trouvé dans l’annexe de la chronologie.

À 16h00, une assemblée fut appelée afin organiser des actions de solidarité avec les insurgés emprisonnés ou sous poursuites judiciaires. 500 personnes y ont assisté. Il y fut décidé que, dimanche, des gens participeraient aux actions contre l’ouverture des magasins. (En Grèce les magasins sont fermés le dimanche, mais l’État essaie d’imposer une loi contre). La veille, le gouvernement avait décidé d’ouvrir les magasins « exceptionnellement » dans le centre d’Athènes pour compenser le dommage « que les propriétaires de magasin » avaient subi à cause de la violence de l’insurrection). Dans la même assemblée, des gens décidèrent également de tenir une manifestation devant les prisons de Korydallos pour la Saint-Sylvestre, à 23h00, pour exprimer leur solidarité aux insurgés emprisonnés.

Dimanche 28 décembre

À 9h30, environ 200 personnes se sont rassemblées à l’extérieur d’une grande librairie sur la place Syntagma et ont bloqué les entrées. Certains d’entre eux étaient des membres du syndicat des employés de librairie, mais la plupart d’entre eux étaient des ouvriers et des étudiants de l’assemblée de solidarité du jour précédent. Beaucoup de participants décidèrent qu’ils pourraient bloquer plus de magasins et ils marchèrent sur la rue Ermou. Là, ils se répartirent en groupes de 10 à 20 personnes et ils commencèrent à bloquer les entrées de quelques magasins principaux de la rue (comme nous avons dit auparavant, une des rues commerciales les plus chics d’Europe). Les slogans criés étaient : « Liberté à ceux qui doivent travailler » « Ils nous font travailler le dimanche, nous tirent dessus et nous vivons dans une guerre chaque jour ». A mesure, une foule de consommateurs envahissait la Rue Ermou et il devenait difficile de continuer à bloquer les accès d’une façon ou d’une autre. Cela restait intéressant car les patrons de magasin semblaient avoir peur : ils éteignaient les lumières et attendaient patiemment que les manifestant quittent les lieux. Certains gauchistes participèrent eux aussi aux blocages qui survenaient en même temps dans au moins 3 autres endroits du centre commercial de la ville. 500 membres du Parti prétendu communiste marchaient dans le haut et le bas de la rue, plus intéressés par l’offre d’un spectacle médiatique que par le fait de bloquer en fait les magasins. À environ 13h30, les bloqueurs décidèrent de quitter l’endroit, marchant vers une grande librairie dans Exarchia (à environ 2km de distance). Après avoir fait fermer le magasin par le patron, ils repartirent. La plupart d’entre eux allèrent à l’ISAP occupé en organisant une manifestation de ce bâtiment à l’hôpital Evaggelismos où K. Kuneva est suivie, mettant fin ainsi à cette occupation particulière.

Lundi 29 décembre

A 15h, environ 120 personnes se sont rassemblées au deuxième étage du centre commercial « THE MALL ATHENS » - le plus grand et plus chic centre commercial de la région de l’Attique - à Marousi, une banlieue à 15 km du centre d’Athènes, et ont manifesté pendant 30mn dans le centre commercial. Il y avait deux banderoles, une demandant la libération immédiate des insurgés arrêtés et une autre avec le credo « je consomme, donc je suis ». Pendant la manif, qui était visible par tous ceux qui se trouvaient dans le bâtiment, certains manifestants brandirent une autre banderole, sur laquelle était écrite « travaille, consomme, meurs », alors que d’autres distribuaient des tracts aux centaines de gens à l’intérieur et à l’extérieur des magasins. Après la fin de la manif, ils s’emparèrent des micros du bureau d’informations et lurent leurs tracts. Il y eut des graffitis et le slogan « travaille, vote et tais toi » fut écrit près de l’entrée principale. Finalement, ils quittèrent le centre en jouant au foot avec les boules et décorations du sapin de Noël juste devant l’entrée principale.

L’après-midi, une manifestation organisée par l’assemblée de solidarité à K. Kuneva se dirigea vers les bureaux de l’entreprise de nettoyage (dont le propriétaire est un ex-officiel du PASOK, un des deux principaux partis politiques en Grèce), au Pirée. Ils se rendirent là-bas afin de protéger une autre ouvrière de licenciement. Toutefois, le patron avait fermé les bureaux et les flics étaient dehors, gardant l’endroit. Les gens attaquèrent la police et les mirent en fuite, avec quatre officiers de police blessés, conduits à l’hôpital.

Mercredi 31 décembre

A 23h30, une foule d’environ 1 000 personnes se rassembla devant la prison d’Athènes qui se trouve dans la banlieue Korydallos, exigeant la relaxe immédiate des rebelles arrêtés durant le soulèvement de décembre. La foule hurlait des slogans comme « Liberté pour tous les prisonniers », « la passion de la liberté est plus forte que les cellules », « Ni droits communs, ni prisonniers politiques, brûlons toutes les prisons ». Les détenus enflammèrent des couvertures et des draps et les agitèrent par les fenêtres des cellules. A minuit, la foule assemblée alluma des feux d’artifice et des torches pour « saluer » l’arrivée d’une nouvelle année de lutte. Ensuite, ils se dirigèrent vers la prison des femmes en criant des slogans en solidarité avec les détenus. Finalement, ils se rendirent à la place centrale de Korydallos attaquant verbalement la police et se dispersèrent.

TPTG (Ta Paidia tis Galarias),
1/1/2009

[Une chronologie plus complète pour toute la Grèce, et cette fois d’un point de vue anarchiste, est disponible en anglais sur directactiongr.blogspot.com]

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