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Un camp « No Border » à Calais : un vaste dispositif de sécurité déployé
(Le 17 juin 2009)

Un camp « No Border » à Calais : un vaste dispositif de sécurité déployé

Voix du Nord, mercredi 17.06.2009, 04:51

No Border, réseau clandestin d’ultragauche, qui milite activement pour la suppression des frontières et la libre circulation des personnes, a prévu d’installer du 23 au 29 juin un camp à Calais, où transitent les migrants. Par crainte de débordements, l’État va déployer un important dispositif de sécurité.

Des animations estivales annulées, le conseil municipal reporté, et, depuis lundi, des rondes de CRS en ville. Les autorités en font-elles trop ? Si les No Border se présentent comme pacifistes, l’État retient les graves incidents de Strasbourg en 2002 et du sommet de l’OTAN en avril. « À chaque fois qu’un campement No Border a été organisé, il y a eu des dérives ultraviolentes », insiste Pierre de Bousquet de Florian, préfet du Pas-de-Calais. « Derrière leurs intentions pacifistes et sereines, les No Border s’attaquent violemment aux symboles de l’État, notamment les forces de l’ordre, et à ceux de l’économie. »

Les organisateurs du camp attendent entre 1 000 et 2 000 personnes qui, vraisemblablement, ne resteront pas sur place toute la semaine. Les No Border, originaires de France, d’Angleterre, de Belgique et des Pays-Bas, sont attendus dès samedi. Aux dernières nouvelles, ils planteront leurs tentes et chapiteaux sur une grande plaine, près du quartier du Beau-Marais. Ils annoncent des ateliers et des débats autour du thème de l’immigration et du droit d’asile, avec en point d’orgue « une grande manifestation » le samedi 27 juin. Pendant la semaine, des policiers et des gendarmes ainsi que des CRS, dont le nombre est gardé secret, patrouilleront aux abords du site et aux points stratégiques de la ville. « Nous préférons être prudents. Il en va de la sécurité de chacun et du respect de l’ordre public. »

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Pierre de Bousquet, préfet : « Faire face aux risques de dérives »

Le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet, est venu hier à Calais pour évoquer la tenue, à Calais, du 23 au 29 juin, du camp No Border, constitué de militants de différents pays plaidant pour la suppression des frontières et en faveur de la libre circulation (notre précédente édition).

L’installation d’un camp No Border à Calais est-elle inquiétante ?

On sait très bien ce que sont ces camps No Border. On sait comment ils fonctionnent et nous sommes absolument sans illusions sur les intentions de ceux qui les organisent et les animent. Nous sommes résolus à ce que les choses se passent au mieux, dans le respect de la tranquillité et de la sécurité publique. Ces camps affichent un pacifisme, une non-violence, une sérénité à toute épreuve et, à chaque fois, on s’aperçoit que très rapidement, ces camps, ou un certain nombre d’activistes, parfois de pays voisins, qui y participent s’en prennent aux forces de l’ordre, et font déborder et dériver complètement la manifestation.

Quelles sont vos craintes en particulier ?

Nous savons qu’à chaque dislocation des camps, derrière cet affichage de pacifisme et de non-violence, se dissimulent d’une façon plus ou moins évidente des personnes qui sont ultra-violentes et, qui sont là pour s’attaquer à un certain nombre de symboles de notre République, de notre démocratie. Nous ne les laisserons pas faire. Il n’est pas question de laisser à Calais se dérouler des dérives du type de Strasbourg.

Quelles dispositions avez-vous prises pour éviter les débordements ?

Nous avons pris un ensemble de dispositions qui nous semblent de nature à préserver l’ordre public, à faire respecter en même temps le droit constitutionnel à la manifestation, tout en veillant à ce que les habitants, les commerçants de Calais ne subissent ni inconvénient ni dommage. Notre dispositif, 24 heures sur 24 et pendant la durée du camp, est prêt à assurer, s’il était menacé, l’ordre public sur le Calaisis. Nous nous mettons en situation de faire face aux risques de dérives. Ce dispositif permettra de contrôler et de répondre éventuellement à toute tentation de violences. Nous savons aussi qu’un certain nombre de participants à ces camps ont comme objectif principal de s’en prendre à des symboles qu’ils rejettent.

Les commerces devront-ils baisser le rideau pendant la durée de la manifestation ?

Les boutiques ne vont pas devoir fermer. Nous sommes là pour assurer la liberté du commerce et de l’industrie. J’ai pris par précaution et par anticipation quelques arrêtés visant notamment à interdire la vente, le transport, le port de matériel qui pourrait servir d’arme ou présenter un danger, par exemple la vente d’essence au détail ou de bouteille de gaz, pendant la semaine du camp No Border. La vie continue à Calais. Notre responsabilité est de faire en sorte que les choses se passent au mieux.

Combien de militants sont attendus à Calais ?

Les organisateurs de ce camp tablent sur 1000 à 2000 personnes qui, vraisemblablement, ne passeront pas toute la semaine à ce camp, mais se succéderont, sans doute avec un peu plus de monde vers la fin de la semaine, puisqu’il est prévu une manifestation le samedi 27.

Quelle forme pourrait prendre le camp ?

Ce qu’on attend, ce sont des tentes, peut-être l’installation de chapiteaux. Ils ont demandé la mise à disposition de plusieurs terrains que nous sommes efforcés de trouver. À chaque fois, ils ont récusé ces terrains qu’ils avaient eux-mêmes demandés. Nous sommes en train d’accepter une dernière proposition à Calais, le terrain dit de la Chaufferie, entre la rocade et la rue Normandie-Niemen.

Pourquoi ces différents refus de leur part ?

Tout ce qu’on propose est contesté, par définition. Nous sommes de bonne volonté dans cette affaire. Ce que nous souhaitons, c’est que les choses se passent bien, mais nous doutons un peu de la parfaite fiabilité des gens que nous avons en face de nous, parce que, tout simplement, nous voyons bien que ceux avec lesquels nous discutons ou bien ne tiennent pas leurs engagements, ou bien ne veulent pas les tenir.

Quelles conditions posez-vous à l’organisation de la manifestation ?

Une manifestation, ça se déclare. La règle, c’est la liberté de manifester, mais avec déclaration. Tous les papiers qu’on reçoit sont signés No Border. Mais No Border, pour moi, c’est nobody. La manifestation est déclarée sous de faux noms, de fausses identités. Donc, ce qu’on veut, c’est que si ces gens sont animés réellement d’intention pacifique, s’ils sont non violents, animés des sentiments généreux et calmes, c’est qu’ils s’engagent. Quelles craintes ont-ils à déclarer leur manifestation ? Quelles craintes ont-ils à s’engager à rendre un terrain dans l’état dans lequel ils l’ont trouvé ? C’est la règle. Et s’ils signent pour cet endroit, on ne les laissera pas s’installer sur vingt autres. S’il n’y a pas de déclaration, c’est une manifestation qui n’est pas autorisée. Nous n’imaginons pas notamment d’autoriser la jonction entre le camp No Border et les migrants en situation irrégulière.

La Voix du Nord, 17 juin

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Natacha Bouchart : « J’aurais préféré que la manifestation soit interdite »

Au lendemain du passage à Calais de Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, Natacha Bouchart, maire, revient sur l’organisation du camp No Border, prévu du 23 au 29 juin.

Le préfet indiquait hier que le terrain de la Chaufferie avait été réquisitionné pour l’installation du camp No Border ? Est-ce contre votre gré ?

Oui. Il m’avait été demandé l’autorisation de mettre à disposition un terrain. On a discuté avec les élus, et de la même façon que l’agglomération avait refusé le camp de nomades, la ville de Calais a refusé de donner l’autorisation pour une implantation dans la commune. Les services de l’État ont donc décidé de réquisitionner un terrain sans l’accord de la municipalité.

Regrettez-vous cette décision ?

Les services de l’État estiment qu’il vaut mieux laisser aux manifestants un lieu d’accueil pour mieux contrôler la situation. De fait, il m’a été demandé de regarder les terrains susceptibles d’accueillir le camp No Border, sachant que la municipalité ne donnerait pas son autorisation. Il nous semblait que le terrain le mieux adapté était celui du paint-ball, parce qu’il n’y a pas d’habitation autour et qu’il est bien dégagé. Le choix a été fait différemment. J’ai appelé le préfet hier pour lui faire part de mon mécontentement, puisque le terrain qui a été choisi se trouve entre le lycée professionnel, à côté du foyer Tom-Souville, à proximité des habitations et d’un bois, et je ne vois pas très bien comment on peut contrôler ce lieu. Je persiste et je dis que ce terrain n’est pas le mieux adapté pour recevoir le camp No Border, puisqu’il met en contact direct la population avec des personnes dont on ne sait pas ce que sont leurs intentions.

Auriez-vous souhaité que la manifestation soit interdite ?

Oui. J’aurais préféré que la manifestation soit interdite. Je ne comprends même pas qu’elle soit autorisée. On est dans un état de non-droit. Comment on autorise une manifestation qui ne respecte pas les règles ? La démocratie, c’est bien, mais on dépasse les limites de la démocratie. Comment autoriser des gens quand on sait pertinemment qu’à chaque fois qu’ils passent, il y a des incidents plus ou moins violents ?

Croyez-vous que sur cette affaire, chacun entretient la psychose ?

Nous n’entretenons pas la psychose. On anticipe pour éviter les débordements. Je suis incapable de vous dire combien de manifestants vont venir, et dans quel état d’esprit. Par principe de précaution, j’ai fait déplacer la parade parce que je n’ai pas envie que la population aille à une manifestation la peur au ventre. Je soutiens la police qui prend les précautions nécessaires pour la sûreté de la population et des équipements publics. Ils ont une responsabilité lourde. On dira peut-être qu’il y a un excès de police. Moi je préfère qu’il y ait un excès plutôt que des incidents.

Ressentez-vous les inquiétudes des Calaisiens ?

Bien sûr. Nous avons mis en place un dispositif en mairie puisque les appels sont nombreux, et légitimes. Tous les appels sont dirigés vers une personne, accompagnée d’un directeur général adjoint, pour répondre aux interrogations dans les meilleures conditions possibles. Nous recevons beaucoup d’appels depuis hier après-midi. Nous avons mis en place cette permanence pour prendre en compte chaque demande. Les consignes sont de rassurer la population.

La Voix du Nord, 18 juin.

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Calais : le « camp » qui inquiète

Des babas cool pacifistes ou des casseurs ? Le camp des « No Border » (sans frontière) doit s’installer à Calais à partir de ce week-end. Les autorités s’attendent à des « dérives ultra-violentes ». Explications.

Leurs intentions s’affichent sur un site internet dédié : organiser à Calais du 23 au 29 juin « un camp pour la liberté de circulation pour tous et toutes et la fin des frontières et des contrôles migratoires ». Ils y expliquent vouloir « mettre en lumière la situation à Calais (...) construire des liens avec les communautés de migrants (...) développer les liens entre les groupes qui les soutiennent », jusque-là de l’associatif plutôt traditionnel. Mais les No Border affirment aussi vouloir « défier les autorités sur le terrain pour protester contre la répression croissante contre les migrants » et appellent à un « mouvement radical contre les systèmes de contrôle ».

De quoi alimenter l’inquiétude des autorités qui s’attendent à des violences. « Les personnes qui composent ce collectif se présentent comme des pacifistes, des non-violents, mais on s’aperçoit qu’à chaque fois qu’un camp est organisé, ils s’en prennent aux forces de l’ordre et font déraper les manifestations », affirme le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet, qui ajoute : « On ne se fait guère d’illusions sur leur venue à Calais. Derrière leurs belles intentions, on sait pertinemment qu’il risque d’y avoir des dérapages. » Et de citer pour mémoire les manifestations de pacifistes prévues lors du G20 à Strasbourg gangrenées par des groupuscules ultra-violents, les Blacks blocks notamment. « On a vu là-bas quelles exactions ils étaient capables de faire », ajoute le préfet qui parle d’appels à des actions radicales, de messages dans lesquels les organisateurs « demandaient aux personnes de venir avec des protections mais aussi des bombes lacrymogènes » et qui font appel, comme on le note sur leur site, à des volontaires de la médecine d’urgence. « On s’attend à des dérives ultra-violentes. »

Psychose

La mairie UMP de Calais, d’entrée de jeu, a refusé tout contact avec les No Border. « Il est hors de question que je les rencontre », a affirmé Natacha Bouchart, le maire, « et puis à qui on parle ? Qui est qui ? On ne sait pas les identifier. »

En fin de semaine dernière, plusieurs personnes, se revendiquant des No Border, ont pris la parole à Calais pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « désinformation » et lutter contre « la psychose qui s’installe ». Et d’ajouter : « Ce camp a simplement pour but d’échanger, de se rencontrer. Il est ouvert à tous. Notre volonté est festive et revendicative. » Ils expliquaient aussi chercher un terrain pour installer leur campement, ce dont la ville de Calais ne voulait pas entendre parler. Du coup, préférant sans doute border les choses, le préfet a réquisitionné un terrain expliquant que « les craintes de Natacha Bouchart sont légitimes mais la vie doit continuer à Calais ». Allusion au risque de voir les commerçants baisser leur rideau de peur des casseurs.

Ce que Natacha Bouchart a clairement évoqué : « Si Calais doit être une ville morte pendant deux ou trois jours, les commerçants baisseront leurs grilles ». Elle a déjà décidé de reporter une parade prévue le 27 ainsi que le conseil municipal initialement prévu le 24 juin et regrette que le camp n’ait pas été interdit purement et simplement.

Utilisation des réfugiés

Côté associations qui soutiennent les migrants, on est partagé. La Ligue des droits de l’homme, Emmaüs, Médecins du monde et le Secours catholique se désolidarisent des No Border, craignant une « utilisation des réfugiés » qui, au final, risque surtout de leur faire du tort. En revanche, le collectif C’Sur soutient la démarche tandis que l’association Salam laisse le choix à ses adhérents de prendre part ou non à ce campement.

Quant à la manifestation prévue le samedi 25 depuis le phare de Calais jusqu’au centre de rétention de Coquelles, elle n’aurait toujours pas été déclarée en sous-préfecture. Donc toujours pas officiellement autorisée.

Nord-Éclair, 18 juin 2009

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