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Rosarno (Italie) : Scènes de « chasse aux étrangers » au sud de l’Italie
(Le 10 janvier 2010)

Scènes de « chasse aux étrangers » au sud de l’Italie

La Croix, 10/01/2010 17:33

Des heurts violents ont opposé, du jeudi 7 au samedi 9 janvier, la population de Rosarno, une petite ville de Calabre, aux migrants clandestins qui cueillent les agrumes

Trois jours de violence ont opposé immigrés, résidents et forces de l’ordre dans la petite ville de Rosarno, 15 000 habitants, située en Calabre. Jeudi, des Africains, travailleurs saisonniers, ont été visés par des tirs de fusils à air comprimé. Trois d’entre eux ont été légèrement blessés.

Entre faits et rumeurs, la colère a explosé. Par centaines, les migrants ont décidé de manifester dans les rues de Rosarno. Et la protestation a dégénéré en émeutes : incendie de voitures et de poubelles, bris de vitrines, déclenchant en retour une réaction violente des forces de l’ordre, mais aussi d’une partie des habitants de la commune qui s’en sont pris aux étrangers.

Le bilan est lourd : 53 blessés dont 21 parmi les immigrés, 18 parmi les policiers, et 14 parmi les résidents. Mais aussi 8 interpellations d’habitants dont une pour tentative d’homicide. Le retour à une paix précaire ne s’est fait qu’après leur exode forcé.

Travaux agricoles sous-payés Ces étrangers sont originaires de l’Afrique noire, du Maghreb ou des pays de l’Est. Nombre d’entre eux sont « clandestins ». Ils sont venus à Rosarno, au cœur de la plaine de Gioa Tauro qui compte 1200 entreprises agricoles pour la récolte des mandarines et des oranges qui commence en décembre et s’achève en mars.

Cela implique pour eux de vivre au milieu des détritus et des rats. Ils dorment entassés dans des usines désaffectées, sans eau, sans électricité, sans sanitaires. Ils travaillent dix à quatorze heures par jour payées 25€, dont 5 prélevés par des soldats de la ’Ndrangheta, la mafia calabraise qui contrôle le marché des agrumes.

Cela fait bientôt 20 ans que les immigrés ont remplacé les Italiens qui refusent ces travaux agricoles sous-payés. « Un peu moins de 3000 » sont venus cette saison, selon un porte-parole du syndicat Cgil, Antonio Calogero, pour qui la réforme du système des aides communautaires à l’agriculture est à l’origine des heurts. « Les nouvelles règles sont entrées en vigueur, explique le syndicaliste. Elles prévoient une aide pour chaque hectare cultivé. Mais il est devenu plus rentable de laisser les agrumes pourrir sur les arbres ». Les migrants ont donc trouvé moins de travail, le climat s’est tendu.

La ’Ndrangheta a décidé que les rebelles devaient être chassés « Les résidents de Rosarno voyaient les migrants traîner dans les rues. Et un vent de racisme a commencé à souffler. La ’Ndrangheta, qui contrôle le territoire, a fait le jeu de certains habitants », raconte Claudia Carloni, employée de la Chambre de commerce de Gioa Tauro.

En effet, comme le rappelle Don Pino De Masi, représentant de l’association anti-mafia Libera, les relations entre migrants et Rosarnesi , étaient plutôt bonnes, dans le passé. Les gestes de solidarité étaient concrets et multiples. « Le jour de l’Épiphanie, 100 bénévoles sont venus nettoyer l’ex-dépot alimentaire Opera et préparer un repas pour 800 immigrés. Depuis leur arrivée, des Rosarnesi se levaient à 5 heures du matin pour leur porter au moins une boisson chaude ».

Ces aides étaient organisées avec le soutien de Médecins Sans Frontière et de la Caritas. Elles ont été utiles, mais elles n’ont pas servi à briser le mur du silence qui entoure les conditions de vie inhumaines de ces migrants. « Ici, rien ne bouge sans le feu vert de la ’Ndrangheta » souligne Antonio Calogero. « Elle a décidé que les rebelles devaient être chassés, elle a gagné ».

Plusieurs centaines se sont enfuis À Rome, samedi 9 janvier, le leader du parti centriste Udc Pierferdinando Casini déclarait : « l’État est mort en Calabre ! ». Pour le ministre de l’intérieur Roberto Maroni ces violences sont uniquement « le signe d’une trop grande tolérance envers les clandestins ». Pas de mea culpa, alors que le gouvernement italien sait bien, pourtant, que pour la seule Calabre, sur 20 000 ouvriers agricoles saisonniers employés en 2008, 6 400 étaient légalement autorisés.

Hier, les premiers travaux de démolition des bâtiments insalubres qui abritaient les immigrés ont commencé. Un millier d’entre eux ont été transférés dans des centres d’accueil et d’identification en Calabre et dans les Pouilles. Tandis que plusieurs centaines se sont enfuis en voiture ou en train.

« Comment pourrions-nous rester, sachant qu’une partie de la population de Rosarno dit qu’elle ne s’arrêtera pas tant que les Noirs ne seront pas chassés ? », s’interroge Abraham, passé à tabac vendredi par huit hommes. Dimanche 10 janvier, le ministre de l’intérieur italien indiquait que tous les migrants de Rosarno sans papiers, seront rapidement expulsés.

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France 2, 09/01/2010 | 23:28

Calabre : le calme revient, les immigrés s’en vont

Environ 900 étrangers ont déjà quitté samedi la ville de Rosarno après une "chasse aux immigrés"

Deux cents autres sont sur le départ. Signes du retour au calme, les barricades érigées par la population ont été levées, l’occupation de la mairie par des habitants a pris fin et les magasins ont ouvert dans la matinée.

Depuis jeudi, les violences ont fait 67 blessés à Rosarno, localité de Calabre du sud de l’Italie (15.000 habitants).

Sur les 67 blessés, 31 sont des étrangers, dont deux grièvement blessés vendredi à coups de barres de fer, 19 des policiers et 17 des Italiens de Rosarno.

"Environ 910 étrangers ont déjà été évacués de Rosarno vers Crotone et Bari", deux autres villes du sud de l’Italie, a déclaré le préfet de police Mario Morcone. Selon le responsable, 65 autres immigrés étaient sur le départ dans la soirée et 150 supplémentaires seront transférés dans la nuit pour un total de plus de 1.100 personnes. M. Morcone a cependant précisé que "la situation revient lentement à la normale".

On nous tirait dessus comme à la fête foraine

Jeudi soir, des dizaines d’immigrés africains ont incendié des voitures, brisé des vitrines et mis le feu à des poubelles de Rosarno. Ces incidents ont éclaté après que de jeunes Calabrais ont tiré à la carabine sur un groupe d’immigrés. "Ces types nous tiraient dessus comme s’ils étaient à la fête foraine, et ils riaient. Je hurlais, d’autres voitures sont passées mais personne ne s’est arrêté, personne n’a appelé la police", a témoigné Kamal, un Marocain, au journal La Repubblica. Les incidents ont été suivis d’affrontements avec la police.

Vendredi matin, 2.000 migrants ont manifesté devant l’hôtel de ville de Rosarno pour protester contre le comportement, à leurs yeux raciste, de certains habitants de la région à leur égard. Des manifestants scandaient "Nous ne sommes pas des animaux !" et brandissaient des pancartes affirmant "Les Italiens ici sont racistes !".

Cette manifestation s’est poursuivie par des actes isolés de vandalisme. Les violences ont repris vendredi dans la soirée et se sont transformées en une véritable chasse aux immigrés.

Manifestation à Rome

Samedi après-midi une manifestation de soutien en faveur des immigrés s’est déroulée à Rome, non loin du siège du ministère de l’Intérieur. Elle a donné lieu à des échauffourées entre policiers, dont un a été légèrement blessé par un jet de pierres, et manifestants qui tentaient de forcer un cordon de sécurité autour du bâtiment, a constaté un photographe de l’AFP. Au cours de cette manifestation, les immigrés présents ont demandé la démission du ministre de l’Intérieur Roberto Maroni.

Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR ) et le principal syndicat italien, la Cgil, ont pour leur part dénoncé les "conditions inhumaines dans lesquelles vivent ces ouvriers : cabanes insalubres, sans eau, sans hygiène". La Cgil a dénoncé l’emprise de la mafia, surtout dans le sud du pays, sur ces immigrés massivement employés dans l’agriculture, qui représentent "une main d’oeuvre à bas coût" payée autour de 25 euros par jour.

Tous les ans, la récolte des fruits - oranges et clémentines - attire quelque 4.000 immigrés à Rosarno, une ville de 15.000 habitants.

Face à la tension persistante, la police a envoyé "un important contingent de policiers" pour "assurer un meilleur contrôle du territoire et garantir la sérénité à toute la population présente", a annoncé le chef de la police Antonio Manganelli, après s’être entretenu avec le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni.

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10 janvier 2010

Italie : le racisme explose

Un calme précaire régnait samedi 9 janvier 2010 à Rosarno en Calabre du Sud. Les violences raciales depuis jeudi ont fait, selon un dernier bilan, 68 blessés. Vendredi, une véritable « chasse à l’homme » a été lancée contre les migrants par la population locale, au cours de laquelle plusieurs étrangers ont été blessés. Près de mille d’entre eux auraient déjà quitté les lieux, évacués vers des centres d’accueil à plus de 100 km de la ville, note Anne Le Nir, la correspondante de RFI en Italie.

“Nous sommes venus pour travailler et, maintenant, on nous tire dessus”, explique Francis, un Ghanéen de 25 ans, à Anne-Sophie Legge de l’AFP , peu avant de partir de son logement de fortune dans une usine désaffectée vers Naples, sans les 200 euros que son employeur lui doit. “Nous avons peur, il n’y a plus rien pour nous ici”, dit Ali, la trentaine, prêt à s’embarquer sur une navette avec quelques affaires dans une petite valise. Son employeur lui doit 500 euros. Son salaire : 20 à 25 euros par jour pour 12 à 14 heures de travail.

Au moins 4000 migrants sont employés, en général illégalement, chaque année à Rosarno pendant deux mois pour cueillir des fruits. Lire à ce sujet ce reportage de l’AFP : “La misère des ouvriers agricoles immigrés de Rosarno” publié par La Tribune de Genève .

Le climat de haine raciste ne cesse de s’amplifier en Italie. “La situation se dégrade. Tous les jours, un noir se fait tabasser. On ne peut pas continuer comme ça”, explique à Ann-Sophie Legge, Gian Antonio Stella, journaliste spécialisé dans les mouvements de droite et auteur du livre “Nègres, tapettes, youpins & co. L’éternelle guerre contre l’autre”, paru début décembre (“Negri, froci, giudei & Co. - L’eterna guerra contro l’altro”). Parmi les derniers exemples relevés, la nuit de la Saint-Sylvestre : un Ethiopien tabassé à Florence, parce que son amie protestait contre des jets de pétards, et un Egyptien frappé aux cris de “pédé de merde”, selon l’organisation Arcigay. Ou encore ces annonces immobilières qui stipulent “Pas d’animaux, pas d’étrangers”. Quelques jours plus tôt, c’était le “Noël blanc” organisé par un maire de la Ligue du Nord, parti anti-immigrés membre de la coalition de droite au pouvoir, qui défrayait la chronique. L’opération visait à recenser les étrangers de Coccaglio (3.000 habitants) et à dénoncer les clandestins en préfecture. Des responsables de la Ligue du Nord ont également proposé de réserver des wagons de train ou des prestations sociales aux Italiens.

Régulièrement, le footballeur italien d’origine ghanéenne, Mario Balotelli, 20 ans, attaquant surdoué de l’Inter de Milan, se fait insulter et huer sur les stades italiens. Cris de singes et chants racistes accompagnent ses dribbles. Mais, toujours le joueur a voulu garder son sang-froid et ne pas répondre. Sauf mercredi dernier, en déplacement à Vérone. Excédé, Mario Balotelli avait insulté les supporters du Chievo Verone qui, eux, n’ont pas été punis. Car c’est Mario Batoletti qui a été sanctionné d’une amende de 7.000 euros par la fédération italienne de football ! (Metro )

“La Ligue est décidée à exploiter le sentiment d’insécurité vis-à-vis de l’immigration”, commente Sergio Romano, éditorialiste du quotidien Corriere della Sera. “Comme (le Premier ministre) Silvio Berlusconi a besoin du soutien de la Ligue, elle peut dire tout ce qu’elle veut”. Le chef de la Ligue, Umberto Bossi a qualifié les noirs de “Bingo Bongo” à plusieurs reprises”, relève M. Stella, en rappelant ce film de 1982 où Adriano Celentano incarne un homme-singe.

C’est à ce point que la direction du Ku Klux Klan imagine de créer une succursale en Italie, un pays qu’elle trouve “génial” en raison de son racisme... (Aglio e Cipolla ) Lire aussi La Repubblica .

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