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Bruxelles - Balade contre les centres fermés et les prisons
(Le 15 mars 2010)

Ce dimanche 14 mars, nous étions quelques uns à faire une balade dans certains quartiers d’Anderlecht, laissant derrière nous une trace d’affiches contre les centres fermés, des dizaines de slogans contre les prisons, les différentes faces de l’exploitation ainsi que des tags qui réfèrent aux compagnons tombés sous les balles des flics, comme récemment le compagnon anarchiste grec Lambros Fountas. Une voiture de ISS Cleaning ainsi que la façade d’une succursale de Dalkia ont été taguées, référant à leur collaboration dans le carcéral. Le tract ci-dessous a également été distribué. A la prochaine.

LA MÉMOIRE EST COURTE...

Aujourd’hui nous partons en balade. Mais même si c’est dimanche, ce ne sera pas une tranquille balade familiale qui se termine avec des gaufres. Ce ne sera pas non plus le défilé ennuyeux de politiciens. Non, nous vous invitons à déambuler avec nous pour prendre le temps et l’espace de parler. Parler de choses qu’on oublie trop vite. Parler de choses dont les médias ne parlent pas, ou si mal. Dire quelque chose qui ne soit pas un slogan de parti politique ou de syndicat, mais qui, par contre, nous invite à penser par nous-mêmes.

La mémoire est courte. De jour en jour, nous sommes bombardés d’informations. Les écrans nous dictent le sujet du jour, et le lendemain, il faut déjà parler du prochain sujet. Pour se poser, discuter et réfléchir un peu, il n’y a pas de temps. Et quand on n’a pas le temps, la possibilité que nos idées se transforment en action est anéantie. En effet, il nous faut prendre le temps par la force, l’arracher avec toute la violence que respire notre volonté de penser par nous-mêmes.

La mémoire est courte. En mai 2009, la construction d’un nouveau centre fermé pour sans papiers a débuté à Steenokkerzeel. L’Etat a voulu le construire dans l’ombre, sans faire trop de bruit à propos de cette prison pour étrangers. Il a peut-être fallu que des enragés dévastent les bureaux de l’entreprise BESIX en octobre 2008, pour arracher l’espace nécessaire à sa remise en question. Pour rappeler que la régularisation et la construction d’un nouveau centre fermé sont effectivement les deux cotés de la même médaille. L’Etat veut gérer et contrôler la migration selon les besoins de l’économie : d’un coté en octroyant des permis de séjour toujours plus courts sur la base de contrats de travail, d’un autre, en expulsant ceux qui ne sont pas « utiles » à l’économie et nuisent par leur présence à la « sécurité ». Et déjà, des dizaines de rassemblements, de harcèlements, d’actions directes, de sabotages contre les rouages de la machine à expulser (les constructeurs de centres fermés comme Besix et Valens, les financeurs comme la Banque de la Poste, les nettoyeurs comme ISS Cleaning ou les fournisseurs comme S.A. Délicatesse et Sodexo), se sont succédés, auto-organisés, hors des partis politiques et des syndicats, pour lutter contre la construction de ce nouveau centre fermé.

La mémoire est courte. Fin janvier, toute la clique politique et la police crie au loup. Parce que les vols et les braquages se sont multipliés. Parce que des gens expriment de manière inacceptable leur colère. Parce que des policiers ont été blessés lors d’affrontements. Et ils proclament la tolérance zéro, c’est-à-dire un prétexte pour pouvoir faire ce qu’ils veulent, tabasser quand ils veulent, humilier ceux qu’ils veulent, dans la rue comme dans les commissariats. Ça fait la une des journaux et ça limite nos possibilités d’en parler par nous-mêmes. Parce que leur « crise » nous touche tous de plus en plus. Parce que le spectre de la pauvreté se rapproche toujours de plus de gens, peu importe leur couleur de peau. Parce qu’il serait absurde de ne pas aller prendre ce dont nous avons besoin.

La mémoire est courte. La tolérance zéro, les flics l’appliquaient déjà bien avant janvier 2010. Un détenu suicidé à la prison d’Andenne, un jeune tué dans un commissariat à Anvers, un sans-papiers assassiné avec des médicaments au centre fermé de Vottem, un braqueur tué par des balles dans la tête, dans les rues de Molenbeek. Tous ces morts en moins d’un mois, tous ces meurtres parce que ces gens, d’une manière ou d’une autre, résistaient à leur enfermement. Parce qu’ils ne voulaient pas passer leur journées derrière les barreaux où même le soleil ne pénètre plus.

La mémoire est courte. Il y a quelques semaines, une quinzaine de policiers de la zone Midi ont été inculpés pour les tortures qu’ils ont pratiqué sur des dizaines de sans-abris, de sans-papiers, d’ex-détenus auprès de la gare du Midi. C’est la même section de police qui a maltraité et torturé des prisonniers à Forest lors de la grève des matons en octobre 2009. Qui se souvient encore de ça ? Apparemment, il fallait brûler le commissariat de la zone Midi à Anderlecht ou encore mitrailler la façade de la prison pour rappeler les faits et riposter.

La mémoire est courte. La semaine passée, les matons de Saint-Gilles ont entamé une énième grève pour exiger plus de barreaux, plus de sécurité. Et les prisonniers ont protesté en occupant le préau. Qui se rappelle encore des dizaines de mutineries et de protestations dans les taules belges ces dernières années ? Ce vent de révolte qui soufflait fort à l’intérieur des murs gris qui respirent toujours les mauvais traitements, la désolation, la privation de liberté, l’annihilation de l’individualité ; qui se le rappelle encore ?

Aujourd’hui, nous nous heurtons de front à cette courte mémoire. Nous voulons prendre le temps et l’espace nécessaire pour réfléchir et agir, hors des cadences dictées par le pouvoir et ses médias. Et cette balade, on la fait ici, à Anderlecht, dans le quartier. Pas devant les institutions, pas devant les sièges des médias. Parce que c’est à nous-mêmes de parler, directement, sans médiation. Parce qu’envers les institutions, toutes les institutions, nous ne pouvons parler que le langage de l’attaque.

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