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Chronologie des protestations et révoltes dans les centres de rétention italiens (juillet-octobre 2009)
(Le 31 mars 2010)

Chronologie des protestations et révoltes dans les centres italiens (juillet-octobre 2009)

Le 8 août 2009 est entrée en vigueur la nouvelle loi sur la « Sécurité » du ministre de l’Intérieur Maroni. Cette loi allonge notamment de 2 à 6 mois la durée de rétention dans les 13 centres et pénalise un peu plus l’aide aux sans-papiers (hébergement, soins médicaux,...). L’Italie a également conclu des accords avec certains pays comme la Libye, où des milliers de sans-papiers croupissent dans des camps en plein désert. Depuis l’an dernier dans une dizaine de villes, ce sont par ailleurs des soldats qui patrouillent avec la police dans la rue, en plus d’être chargés de la surveillance des centres de rétention. Enfin, l’acronyme de ces derniers a changé : de CPT, il est devenu CIE (Centro di identificazione ed espulsione : centre d’identification et d’expulsion).

Mi-juillet 2009, Rovereto : Des inconnus défoncent les vitres du siège de la Croix-Rouge, laissant sur le mur d’à côté : « Dissociez-vous des centres de rétention ».

20 juillet, Bologne : Tentative d’expulsion de trois sans-papiers, mais lorsque les gardiens essayent d’emmener un Marocain de 32 ans, la révolte explose. Près de 40 retenus tentent de bloquer son expulsion, mais aussi celle d’un second, âgé de 40 ans. Les flics blessés sont au nombre de cinq et souffrent de diverses contusions et blessures légères. Deux sans-papiers sont incarcérés.

4 août, Rome : Un groupe d’une quinzaine de sans-papiers algériens du CIE de Ponte Galeria qui protestait contre le tabassage d’un retenu est mis à l’isolement. Des témoins de la scène seront expulsés le lendemain.

6 août, Milan : Vers 17h, début d’une grève de la faim des retenus du CIE de via Corelli, très suivie, également par la section « femmes ».

6 août, Turin : un groupe de sportifs lance des tracts dans toutes les langues insérés dans des balles de tennis, afin d’inviter les reclus du CIE à résister au nouveau « Paquet sécurité ».

7 août, Rome : Les retenus du CIE de Ponte Galeria entament à leur tour une grève de la faim.

9 août, Gradisca d’Isonzo : Une centaine de sans-papiers montent sur le toit vers 22h et résistent aux flics jusqu’à 2h : objets variés, bouteilles et morceaux de portes contre lacrymogènes. Les dégâts dans le centre sont importants, faisant passer ses capacités de 248 à 194 places. Une trentaine de retenus seront par la suite transférés à Milan, et 40 soldats de la brigade « Pozzuolo del Friuli » viendront renforcer les 40 autres de l’unité « Genova Cavalleria » pour remplacer les flics à l’intérieur...

12 août, Milan : Les sans-papiers sont au cinquième jour de grève de la faim, dont trois de grève de la soif. 34 retenus du CIE de Gradisca viennent d’arriver. Un rassemblement s’est tenu devant le centre, et plusieurs sans-papiers ont battu longtemps les barreaux, mais sont aussi parvenus à dégonder plusieurs portes.

13 août, Milan : Une émeute éclate le soir, où tout ce qui peut l’être est brûlé. La police et les militaires interviennent et ont besoin de deux charges successives pour mater tout le monde. Deux modules sur cinq sont détruits. Nombreux tabassages et nombreuses fractures. 14 sans-papiers -5 nigérianes et 7 hommes de diverses nationalité- sont incarcérés pour « incendie volontaire ». Les compagnons qui tentaient d’empêcher dehors le transfert au commissariat sont repoussés par les flics en nombre.

13 août, Turin : Les sans-papiers du CIE de corso brunelleschi commencent une grève de la faim. La police intervient en force pour tenter de les en dissuader, et parce qu’elle craint un début d’émeute.

14 août, Turin : Rassemblement devant le CIE, vite cerné de flics et de Chasseurs-Alpins. A l’intérieur, les retenus dégondent les portes et résisteront à trois charges avant d’être tabassés. Vers 22h30, un retenu monte seul sur le toit et y reste une demie-heure.

15 août, Turin : La nuit dernière vers 2h30, une vingtaine de retenus montent sur le toit, et n’y redescendent qu’une heure et demie après, sous la menace. La grève de la faim s’étiole.

16 août, Bari : Une révolte éclate dans la nuit. Des retenus Marocains et Tunisiens lancent une guérilla pendant cinq heures, provoquant des dizaines de milliers d’euros de dégâts. Cette fois encore, ils ont dévasté les lits, brisé les robinets et les conduites d’eau, les utilisant comme barres pour dévaster tout ce qu’ils ont pu, avant de grimper aux murs et sur les toits. Deux sans-papiers sont incarcérés à cause des images des caméras, un Tunisien de 25 ans et un Marocain de 30 ans. Les soldats du « Bataillon San Marco », chargés de garder le centre, n’ont rien pu faire.

17 août, Modène : Révoltes dans le CIE situé via Lamarmora à Modène. La protestation a commencé la veille dans l’après-midi par une grève de la faim lancée par une trentaine de retenus. Certains brûlent plusieurs matelas le soir, provoquant un incendie que les pompiers mettront près de trois heures à éteindre. Le feu de rage des révoltés a sérieusement endommagé quatre chambres. 12 femmes sont transférées dans un autre centre, 4 Chinois sont relâchés, la police ne sachant plus où les mettre. Quelques jours après, un groupe d’inconnus lancera à l’intérieur du centre des balles de tennis et du citron contenant des billets de solidarité avec les reclus.

17 août, Bari : Deux sans-papiers sont incarcérés en rétorsion de la protestation de la nuit précédente, accusés de « dévastation » et de « saccage ». Selon la police, la protestation de la nuit du 15/16 août aurait causé des milliers d’euros de dégâts et aurait été une tentative d’évasion collective.

18 août, Milan : Après les manifestations de protestation et le battage des barreaux du 12 août dans le CIE, puis la révolte du lendemain contre la décision punitive de prolonger la rétention de 60 jours supplémentaires contre les sans-papiers en grève de la faim, la répression policière et judiciaire s’est abattue avec violence. Ses effets se résument par ces chiffres : 14 incarcérés (9 hommes et 5 femmes), 29 sans-papiers transférés dans le centre de Bari-Palese (un des plus grands du pays), 19 transférés à Brindisi (où vient d’ouvrir un nouveau centre).

18 août, Turin : Des tags (“Cie lager” et “No Cie”) apparaissent entre la veille dans l’après-midi et la nuit. Ce sont les murs extérieurs du siège de l’entreprise Camst qui ont été pris pour cible, soit « la plus grande entreprise à capital italien de restauration collective » qui fournit les repas à l’intérieur.

19 août, Bari : « Solidarité avec les immigrés enfermés dans le CIE. Solidarité avec les révoltés. Liberté pour tous » est ce qu’il y avait écrit sur une gigantesque banderole fixée avec des chaînes entre deux feux rouges de la ville, bloquant la circulation corso Benedetto Croce.

19 août, Taranto : Enorme tag sur le siège de la Croix-Rouge.

20 août, Gradisca di Isonzo : Au matin, malgré le régime de sécurité maximale imposé par le préfet de Gorizia suite à la dernière révolte, 7 reclus du CIE réussissent à s’évader en forçant les barreaux des cellules. Deux autres sont capturés sur les toits.

21 août, Milan : Début du procès des 14 incarcérés suite à la révolte du CIE de via Corelli. Beaucoup de personnes solidaires au tribunal, et un grand bordel entre les protestations des reclus et les cris du public. Prochaine audience le 25 août.

23 août, Turin : Nouveau rassemblement sous le CIE. Une cinquantaine de participants, trois heures de musique, de cris et de tags dans toutes les langues sur les murs du centre. Un contre-rassemblement de la Ligue du Nord en solidarité avec les flics et la Croix-Rouge restera à distance pendant une demie-heure.

23 août, Otranto : Des inconnus balancent de la viande bien avariée sur les tables d’un prestigieux restaurant, laissant un tract : « L’indifférence pue la mort ! Gavez-vous, seigneurs et bien-pensants ! Nous sommes là pour vous rappeler et vous renvoyer la puanteur et la pourriture de cette société basée sur l’exploitation de trop de personnes qui perdent leur vie dans les lagers (Cie), les camps, les usines et la mer de ce beau pays ! (...) Bon appétit ! Solidarité avec ceux qui se rebellent et luttent ! Feu aux C.i.e. ».

23 août, Florence : Banderole accrochée à un pont en solidarité avec les enfermés des prisons et des centres de rétention.

24 août, Gradisca : Tentative d’évasion éventée, et la police découvre le trou encore frais creusé dans le plafond d’une cellule.

24 août, Bari : Un sans-papier parvient à s’évader de l’hôpital où il avait été porté, après avoir ingéré trois vis démontées d’une table du CIE.

26 août, Gradisca : Un groupe est surpris entrain d’élargir un des trous laissés par la révolte du 9 août, après avoir fait sauter auparavant la serrure de leur chambre.

28 août, Turin : Malgré la présence rapide de la Digos et la fréquence des patrouilles, un groupe réussit à s’approcher des murs du CIE et à crier sa solidarité avec les reclus. De l’autre côté du centre éclatent des pétards et des feux d’artifice.

29 août, Restinco (Brindisi) : Douze jours après l’inauguration de ce CIE (qui était auparavant un centre pour demandeurs d’asile et où ont été transféré les révoltés du CIE de Milan), vingt sans-papiers parviennent à s’évader, un seul est repris.

31 août, Turin : La cathédrale est couverte de slogans contre les flics, tandis qu’apparaissent des tags contre les CIE dans les rues voisines.

2 septembre, Gradisca : Six sans-papiers sont capturés sur les toits dans la nuit lors d’une tentative d’évasion. Idem à Bari.

8 septembre, Lamezia Terme (Catanzano) : Evasion de six sans-papiers du CIE, qui ont réussi à franchir les grillages. Seuls trois seront repris par les nombreuses patrouilles dans la campagne environnante.

9 septembre, Rovereto/Trento : Quatre stations-essence Agip sont sabotées : une quarantaine de tuyaux des pompes sont coupés, des distributeurs cassés. Une revendication parviendra aux journaux locaux : « Stations Agip sabotées. L’Italie fait du fric avec la Libye : les deux massacrent des immigrés. Vos mains sont tâchées de sang : maintenant ça suffit ».

13 septembre, Turin : Feu d’artifice sous le CIE.

14 septembre, Bologne : Tentative d’évasion de 25 sans-papiers, arrivés jusqu’au toit et repris. Les quatre qui ont tenté de sauter se sont tous fracturés des membres.

19 septembre, Turin : Un groupe se rend au siège de la Croix-Rouge de via Moncalieri. Il tente d’y instaurer le dialogue avec les membres de l’institution présents, diffusant les témoignages enregistrés de reclus et proposant un contact téléphonique en direct. Sans succès. Le ton monte au milieu des affiches collées et des banderoles déployées, puis la douzaine d’individus s’en va comme il était venu.

19 septembre, Rome : Un groupe d’anarchistes interrompt les courses tranquilles du centre commercial de Parco Leonardo. Des tracts sont distribués et des banderoles accrochées au milieu de la stupeur et de l’intérêt (parfois) de la foule, généralement habituée à travailler pour dépenser et acheter. Cette action démonstrative est réalisée pour mettre au jour ce qui arrive à deux pas du centre commercial, dans le lager de Ponte Galeria. Un tract précisait aussi que « l’action d’aujourd’hui au centre commercial a été réalisée par rapport à la reprise le 21 septembre du procès contre les 14 révoltés du centre de rétention, via Corelli, à Milan ».

21 septembre, Gradisca : Révolte collective suite à la tentative d’évasion éventée de 35 sans-papiers. Tous les autres montent ensuite sur les toits et y restent la nuit. Un retenu de 21 ans sera incarcéré le 12 octobre, accusé d’avoir en cette occasion fait tomber un flic d’une échelle. Une vingtaine de d’autres sont massacrés par les flics lors de la perquisition des chambres après la reddition des toits..

22 septembre, Bologne : Révolte collective de 13h à 17h suite à un auto-mutilé que les gardiens laissaient se vider de son sang. Matelas brûlés et casse. Des compagnons soutiennent les révoltés à l’extérieur, et un groupe d’inconnus se rend au siège de la Misericordia à Modène (qui gère le CIE de Bologne) avec tracts et peinture rouge.

22 septembre, Trofarelo : Des anarchistes perturbent l’ouverture du Musée de la Croix-Rouge.

22 septembre, Rome : Une dizaine de personnes masquées fait irruption le matin devant siège du Comité régional de la Croix-Rouge, dégradant sa façade de copieux jets de peinture rouge, laissant aussi sur place des tracts dénonçant la complicité de la Croix-Rouge dans la gestion des centres de rétention (CIE). Dans un journal local, il est reporté que les vitres du local de la Croix-Rouge de Trento ont aussi été cassées.

26 septembre, Turin : Les bureaux de Kairos, qui collabore à la gestion du CIE de Gradisca, sont tagués.

26 septembre, Gradisca : Deux tentatives d’évasion le matin, trois l’après-midi. Tous ont été repris (l’un après avoir brisé une fenêtre, l’autre entrain de grimper sur le mur d’enceinte, l’un dans le camp pour demandeurs d’asile situé à côté,...).

27 septembre, Turin : Tentative d’évasion collective : profitant de l’ouverture de la porte d’entrée, les sans-papiers ont affronté les gardiens et quatre ont réussi à passer. Là, ils ont dû escalader le mur du chantier qui construit un second mur d’enceinte. Un seul est passé vers la liberté, aidé par les trois autres qui lui ont fait la courte-échelle. Ces derniers ont été arrêtés et tabassés.

28 septembre, Rome : Début d’une grève de la faim massive qui durera quatre jours. Suite à cela, 12 reclus sont transférés disciplinairement dans d’autres CIE, tandis qu’arriveront en échange 30 Algériens du CIE Bari.

29 septembre, Crotone : Deux reclus montent sur les toits, menaçant de se jeter dans le vide, et deux autres grimpent en haut des grillages.

2 octobre, Rome : Tentative d’évasion de trois sans-papiers à partir des toits. L’un se fracture une jambe en sautant, le second fait marche arrière sans être vu et le dernier est repris avant : il sera durement tabassé et placé en isolement.

4 octobre, Brindisi : Huit sans-papiers parviennent à s’échapper du centre vers 5h du matin, 15 autres poursuivent une grève de la faim depuis une semaine.

4 octobre, Crotone : Protestations au CIE, puis mobilier brisé et jeté contre les flics lors de leur intervention.

5 octobre, Cormano (Milan) : Une dizaine de personnes se rendent devant le siège de la Croix-Rouge, où se déroule l’inscription à ses cours du soir. Pendant une heure, il est discuté avec les gens du rôle de cette organisation et des tracts sont distribués, bien que son responsable ait comme d’habitude appelé les flics.

9 octobre, Turin : Un groupe se rend au siège de la Camst, qui gère la bouffe du CIE. Mégaphone, un bref tour des bureaux avec des tracts et ciao !

9 octobre, Turin : Un groupe de réfugiés somaliens bloque pendant des heures l’entrée de l’autoroute Turin-Milan pour protester contre les conditions du centre d’accueil (ouvert) de la Croix-Rouge où ils ont été parqués après leur expulsion d’un immeuble squatté.

12 octobre, Milan : Une poignée d’individus s’invite à la cantine d’une entreprise gérée par la Sodexo. Un tract est distribué et lu, tandis qu’une banderole explique « Sodexo se fait du fric sur les prisonniers du lager de via Corelli ». Dans les CIE de Milan et Gradisca, cinquante et trente sans-papiers observent un jour de grève de la faim en solidarité avec les 14 inculpés de la révolte du 13 août.

13 octobre, Milan : verdict du procès des 14 sans-papiers. 13 se prennent de 6 à 9 mois de prison, un est acquitté (le procureur avait demandé deux ans et demi pour tous). La veille à Bologne s’est déroulé un rassemblement itinérant sur la ligne de bus 14/a qui mène au CIE de via Mattei, et qui s’est terminé avec banderole et feu d’artifice devant le centre. A Rivoli, un groupe de compagnons a diffé au siège de la Sodexo, rappelant leur colère contre cette boîte qui fournit la bouffe des CIE de Milan et de Rome.

17 octobre, Rome : Grosse manifestation de gauche, les reclus du CIE de Ponte Galeria mettent quatre banderoles aux fenêtres : « Nous voulons la liberté » et « Nous refusons les 6 mois ».

23 octobre, Gradisca : Tentative d’évasion à trois à partir des toits. Malheureusement, l’un est arrêté juste avant et un second se brise une jambe en sautant, mais le dernier réussit à disparaître dans la nature.

25 octobre, Turin : Rassemblement d’une trentaine de personnes sous le CIE de corso Brunelleschi, avec musique, pétards et mégaphone et une connection radio en direct du CIE de Milan. Une révolte s’y déroule en effet suite à plusieurs épisodes (tabassages, cas de grippe A sans soins, déportation de deux Marocains et un Tunisien... en Algérie, 28 reclus en grève de la faim depuis deux jours pour protester) : deux sections y sortent les matelas des chambres et les incendient.

26 octobre, Milan : Un prisonnier brûle des matelas après avoir parlé avec le consul du pays où il doit être expulsé. Les grévistes de la faim ne sont plus que trois.

[Traduit de l’italien. Publié dans Etrangers de partout n°1, novembre 2009, pp. 20-21]

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