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La Justice et la Vengeance, une lettre d’Arturo [mis à jour]
(Le 16 décembre 2011)

Arturo a été arrêté le 26 novembre 2011 à Cuneo (Italie) pour purger deux mois de prison ferme restant d’une vieille condamnation (en partie effacée par l’amnistie de 2006). Accusé avec deux autres compagnons d’avoir tabassé le journaflic local Daniele Genco pendant l’enterrement de Baleno en mars 1998 (compagnon mort en prison suite à l’accusation de sabotages contre le TAV en Valsusa), il a passé 9 années en clandestinité. Après son retour fin 2006, il a continué d’être actif dans les luttes contre les nuisances, comme le projet du TAV, le nucléaire et pour l’autonomie des luttes dans les montagnes.
On peut retrouver quelques traces de l’histoire d’Arturo ici sur le site de Tout le monde dehors... et sur Sole et Baleno, voir la brochure "Un Poignard et un talisman", qui avait été traduite fin 2008 dans Cette Semaine n°97.

Il est enfin sorti le 21 décembre 2011 !

La Justice et la Vengeance

L’histoire d’Edoardo Massari, ou Baleno, assassiné dans une cellule de la prison de La Vallette à Turin alors qu’il était accusé de sabotages contre le chantier du TAV en Val Susa, est desormais tristement connue. Mais la trame judiciaire de cette histoire va en avant. J’étais de ceux qui ont chassé les journalistes du cortège funèbre à Brosso, en Val Chiusella. Un des pourrisseurs de Baleno et des anarchistes recevait ce jour-là une sonnante leçon de vie.

Dans les jours qui suivirent furent émis trois mandats de recherche, l’un d’entre d’eux contre moi. Après avoir participé à la manifestation de Turin contre les assassinats étatiques, je me mettais en cavale.

C’était le 4 avril 1998, et je ne savais pas encore que cette fuite durerait presque 9 ans, jusqu’à la fin d’octobre 2006, date à laquelle Clemente Mastella (ministre de la justice à l’époque NDT), noyé dans des histoires de pot de vin et dans des scandales de corruption, fit une faveur à ses amis du gouvernement et politicards, avec des remises de peines qui annulèrent toutes les condamnations pour faux bilans et détournement de fonds publics (le ministre élargit la liste des délits concernés par ces remises de peines, justement pour faire ce cadeau à ses amis du pouvoir, NDT).

Naturellement, j’en profitais moi aussi. Je retournais ainsi à ma vie de toujours. La remise de peine qui me permettait de retourner à la maison (à condition de ne commettre aucun délit pendant 5 ans), “annulait” 3 ans de prison ferme. Il me restait à purger 2 mois de prison. En juillet 2010, j’avais fait la requête de mesures alternatives à la prison, que j’ai présenté lors d’une audience du tribunal de surveillance de Turin. La juge Bonu, après avoir lu le rapport des carabiniers de Vico Canavese, rédigé du commandant Francesco Malloci, a décidé d’empêcher l’annulation de la peine alors que je travaillais, et aussi de transformer la peine en arrestation à domicile dans ma maison de montagne, où j’effectue des travaux de rénovation.

Le rapport des carabiniers de Vico, considéré “louable” par la juge, disait que je n’avais pas de travail fixe, que je continuais à participer aux manifestations de défense de la Val Susa, contre le racisme de la Ligue du Nord (parti politique nationaliste au pouvoir dans le Piemont, NDT) et contre les centres d’expulsions pour étrangers, que j’étais présent au rassemblement qui a chassé les fachos de Forza Nuova (autre organisation nationaliste, NDT) de la place San Carlo à Turin, toutes ces initiatives que je revendique à tête haute. Durant une autre audience, le 6 octobre dernier, le procureur général a exprimé un jugement contradictoire, permettant une arrestation à domicile, et la juge s’est réservée le droit de décider...

Il m’est difficile de tolérer l’arrogance avec laquelle ces personnes, desquelles il m’est difficile de croire qu’elles sont du même genre humain que moi, s’élèvent aux rangs de juges et de bourreaux, après m’avoir assassiné un ami et un compagnon, après m’avoir contraint à neuf ans de cavale (qui n’est pas une promenade, mais bel et bien une vraie peine).

Ils n’approuvent pas le fait que le geste de Brosso fut applaudi par tous et toutes, à l’exception des flics et des journalistes, ils n’approuvent pas le fait que tant de personnes m’ont été proches, dénonçant la vérité en écrivant “journalistes infâmes” et “État assassin”.

Pour cela ils se vengent. Je pense n’avoir aucune dette envers la “société civile”, j’ai déjà assez payé. Je n’irais pas de moi même en prison. Qu’ils viennent me chercher.

Avec toute ma haine, pour une société libérée des flics et des patrons.

Arturo Fazio

Traduction de l’italien (reçue par mail), texte publié sur informa-azione, Mer, 30/11/2011 - 00:12

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