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Italie : quelle solidarité avec les compagnons incarcérés suite aux perquisitions No-Tav ?
(Le 26 mars 2012)

Italie : quelle solidarité avec les compagnons incarcérés suite aux perquisitions No-Tav ?

Face à la répression, et particulièrement à l’incarcération de compagnons, on sait que la question de la solidarité n’est pas toujours évidente. Pour ne pas repartir à chaque fois de zéro, l’expérience nous transmet qu’une des manières de ne pas se laisser abattre et d’exprimer sa solidarité est celle de continuer la lutte, en défendant aussi les idées que nous partageons avec les compagnons qui se retrouvent entaulés. C’est notamment pour cette raison que constituer des "fronts unitaires" avec les autoritaires (sans parler des syndicats ou des partis de gôche) face à la répression ne peut que porter à la confusion et à l’affaiblissement de ces mêmes idées, du pourquoi de notre lutte pour la liberté.
Malheureusement, il arrive parfois aussi que certains autoritaires tentent de mêler leur grain de sel à l’élan de solidarité envers des compagnons, malgré les positions des incarcérés ou celles qui s’expriment dans la rue et les assemblées. Une des possibilités de contrer cette récupération peut être alors de clarifier ses propres contenus lorsque cela n’avait pas été fait suffisamment, ou en exprimant par exemple publiquement pourquoi leur « solidarité » n’est pas la bienvenue, d’un côté ou de l’autre des barreaux.

En Italie, Alessio est un des compagnons qui a été mis en examen après les perquisitions du 26 janvier dernier, suite aux affrontements en Val Susa de l’été 2011. Toujours incarcéré à la prison « Le Vallette » de Turin, une de ses lettres a déjà été publiée ici. Dès le lendemain des incarcérations, deux lieux de Naples liés aux centres sociaux (post-Disobbedienti) ont publié un communiqué de « solidarité et complicité » avec lui. Après en avoir pris connaissance à l’intérieur, Alessio a publié une semaine plus tard une lettre dans laquelle il tient à mettre au point deux trois petites choses. Nous en proposons une traduction ci-dessous.


« Solidarité avec Alessio : liberté immédiate ! Liberté pour tous !

Nous avons appris qu’un camarade de Naples, du SpazioAnarchico 76A, a été incarcéré à Turin. Nous ne connaissons pas clairement les raisons qui ont mené à son incarcération, mais nous pouvons bien voir l’habituel dessein répressif contre des camarades qui s’impliquent depuis toujours dans les luttes contre ce système fasciste, dans les luttes écologistes, les luttes contre la précarité et en défense du territoire. Nous exprimons notre solidarité militante à Alessio et avec tous ceux qui sont actuellement aux prises avec le bras armé de l’Etat.

Solidaires et complices !

Laboratorio Occupato S.K.A
C.s.o.a Officina 99
 »


Réponse d’Alessio au communiqué de solidarité de Ska et Officina99

Par rapport au communiqué de solidarité du ska et d’officina 99, je me dois d’apporter quelques précisions. Quelques lignes seulement, très faciles à comprendre si on les lit avec attention, puis je ne reviendrais plus sur le sujet, à moins que je n’y sois contraint par un autre communiqué aussi rebutant que celui-là.

Les paroles, et surtout les textes, ont toujours un poids, il est donc important d’en tenir compte lorsqu’on s’adresse à d’autres individus, surtout lorsque ces derniers sont en prison.

Dans votre communiqué, vous me traitez comme un camarade qui s’implique contre ce système fasciste, dans les luttes écologistes, contre la précarité et en défense du territoire.

Je vous rappelle que je suis anarchiste. Je ne m’implique pas dans la lutte comme si c’était un passe-temps du dimanche : je cherche quotidiennement des angles d’attaque et je les utilise pour frapper le système politique économique en vigueur. En tant qu’anti-autoritaire, je hais tout système de pouvoir, qu’il soit démocratique ou fasciste, communiste ou libéral. Je combat contre l’Etat et le capital.

Et c’est justement parce que je considère l’Etat comme le chien de garde de la propriété des patrons que je me suis affronté à plusieurs reprises contre ses troupes armées.

Ce n’est certainement pas suite à des velléités écologistes que je me suis battu contre l’ouverture de nouvelles déchetteries [à Naples] ou contre la construction du TAV [en Val Susa]. J’ai simplement apporté dans ces luttes mes méthodes et mes idées pour affronter le pouvoir. Parce que je considère la solidarité comme une arme, et que je sais l’utiliser. En plus, vous vous permettez de lier mon action aux luttes contre la précarité.

Il n’y a rien de plus faux.

Je suis pour la destruction complète de la propriété, je considère le racket du travail salarié, quelque soit la forme qu’il emprunte, comme un cancer qui a réduit les individus en êtres consentants qui se sont pliés pour un peu plus de 30 ans [référence au crédit, NdT] à n’importe quelle saloperie patronale.

Cet ersatz de vie dans lequel nous autres exploités nous démenons quotidiennement, est basé sur la production de marchandises et de services. Et les responsables de tout cela sont aussi les travailleurs. Qu’ils soient précaires ou en contrat à durée indéterminée.

Quant à la défense du territoire, ne vous méprenez pas.

J’interviens dans des situations de ce type parce que je suis conscient que l’arrogance du pouvoir se manifeste partout.

Et c’est donc partout que je m’y oppose, que ce soit entre les murs d’une prison ou dans la rue. Partout, il est nécessaire de se battre pour faire que la conflictualité sociale s’enflamme toujours plus, sans médiation aucune avec les institutions.

C’est en particulier en prenant en compte cette dernière phrase que je vous invite chaleureusement à ne plus vous permettre, y compris de loin, à vous déclarer mes complices.

Je suis complice avec les individus qui ne disposent d’aucune protection lors des assauts contre le pouvoir, sinon la pratique de leurs idées, le respect de la parole donnée et l’absence de calculs politiques, sans aucune médiation avec l’Etat et ses institutions.

Je conclurais en faisant remarquer une dernière chose : lorsque vous affirmez exprimer votre solidarité militante avec tous ceux qui sont aux prises avec le bras armé de l’Etat, avez-vous à l’esprit qu’il existe en prison des sections entières remplies de balances, d’ordures de différentes natures et de quelques fascistes ?

Pensez bien à cela : en tant qu’anarchiste, je suis pour la destruction totale de tout le système carcéral. Je ne souhaiterais pas même la prison à une balance, mais je me garderais pourtant de lui envoyer ma solidarité.

Comme je le disais au début de ce texte, les paroles comme les écrits ont un poids, il convient de bien les peser.

Alessio del Sordo

Pour lui écrire :
Alessio Del Sordo
c.c. via pianezza, 300
10151 - torino
italie

[Traduit de l’italien par nos soins. Le premier texte a été publié sur Indy Naples le 27 janvier 2012, la réponse sur arraggia le 5 mars 2012]

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