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La systématisation des violences autour des rassemblements festifs inquiète la police
(Le 13 juillet 2006)

La systématisation des violences autour des rassemblements festifs inquiète la police

LE MONDE | 13.07.06 | 15h30 • Mis à jour le 13.07.06 | 15h30

Violences lors des rassemblements spontanés autour du Mondial de football, incidents lors de manifestations de lycéens ou d’étudiants, agressions en marge de la Fête de la musique, du Nouvel An ou du 14-Juillet : toutes les manifestations populaires en Ile-de-France soulèvent désormais l’inquiétude des pouvoirs publics pour ce qui concerne le maintien de l’ordre et la gestion des violences.

A la veille des soirées des 13 et 14 juillet, le ministère de l’intérieur devait annoncer la mise en place d’un dispositif similaire à celui utilisé lors de la finale du Mondial : plusieurs milliers de CRS et de gendarmes mobiles épaulant les policiers des commissariats pour faire face aux incidents, devenus habituels à cette période.

Le ministère de l’intérieur souligne que ce phénomène a toujours existé mais reconnaît une évolution, depuis quelques années, avec l’intervention de groupes ou de "bandes". "Les mouvements de foule liés à des rumeurs ou les bagarres qui dégénèrent sont des phénomènes relativement classiques. Mais on constate une évolution avec l’arrivée de groupes plus ou moins structurés, qui viennent pour se battre ou faire des razzias", note Hubert Weigel, directeur adjoint de la sécurité publique au ministère de l’intérieur.

Les syndicats policiers établissent un constat similaire. "Le phénomène a toujours existé. Mais, aujourd’hui, il est devenu systématique lors des grands regroupements. Surtout, au lieu d’être 20 ou 30, ces jeunes, qui profitent des attroupements pour casser ou voler, arrivent en grand nombre, parfois par centaines", souligne ainsi Didier Ponzio, secrétaire national de l’UNSA-police chargé de la capitale.

Au stade Charléty, à Paris, pour la retransmission des matches de la Coupe du monde, lors des manifestations anti-CPE, en mars, ou contre la loi Fillon sur l’école, en 2005, des bandes s’en étaient prises aux participants. La police avait procédé à des dizaines d’interpellations.

La consommation massive d’alcool, y compris lors des manifestations revendicatives de jeunes, tend également à modifier les comportements. "On note une tendance à l’augmentation des cas d’ivresse. L’alcool favorise le passage à l’acte et les bouteilles en verre servent ensuite de projectiles", indique M. Weigel. La police fait aussi état d’incidents fréquents dans les villes étudiantes du fait d’une très forte alcoolisation. A Rennes, par exemple, autour de la "rue de la soif", et à Grenoble, pour la Fête du beaujolais, des affrontements violents ont opposé jeunes et forces de l’ordre.

INCENDIES VOLONTAIRES

La nature des violences semble également évoluer, même si, sur ce point, les données sont limitées. "On fait face à une dégradation monstrueuse. Là où les blessures par armes étaient rarissimes, elles sont aujourd’hui fréquentes, comme lors des matches du Mondial", indique Patrick Pelloux, urgentiste à l’hôpital Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris.

La police redoute des violences lors des rassemblements, mais également dans les quartiers sensibles de banlieue, où de nombreux véhicules avaient été incendiés les années précédentes pour la Fête nationale. Lors des festivités du 14-Juillet 2005, 449 véhicules avaient été brûlés. "Depuis plusieurs années, des véhicules mais aussi des conteneurs à poubelles sont incendiés par "jeu" ou par défi lancé aux autorités à l’occasion de la Fête nationale. Pour certains jeunes, il s’agit de passer outre aux dispositifs policiers (...) et de montrer qu’ils ont, malgré tout, la maîtrise de leur territoire", souligne l’Observatoire national de la délinquance (OND) dans son dernier rapport annuel. En 2005, en dehors des émeutes de novembre, c’est le mois de juillet qui avait été le plus touché par les violences urbaines.

"En France, certains rendez-vous violents ont été institutionnalisés avec, par exemple, les voitures brûlées à Strasbourg le 31 décembre ou le 14-Juillet. Il semblerait que ces rendez-vous se transmettent de génération en génération", constate Sebastian Roché, chercheur au CNRS, spécialiste des questions de sécurité.

"Depuis 1997, des émeutes ludiques, dénuées d’incident déclencheur, éclatent lors des fêtes de fin d’année et du 14-Juillet", signalait Lucienne Bui Trong, commissaire honoraire spécialiste des violences urbaines, lors d’un colloque organisé en février par le Centre de recherches politiques de Sciences-Po (Cevipof).

Pour les 13 et 14 juillet, la police s’inquiète de l’utilisation de feux d’artifice par les particuliers. Tirées sur les policiers, les fusées peuvent occasionner de sérieux dégâts. Dans quelques cas, en banlieue parisienne, la police a noté qu’elles avaient été modifiées pour être plus dangereuses. Lors des soirées autour du Mondial, sur les Champs-Elysées, de nombreux feux d’artifice avaient été tirés en l’air mais aussi sur la foule ou sur les CRS.

Luc Bronner Article paru dans l’édition du 14.07.06

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