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Espinar (Pérou) : affrontements contre une mine de cuivre, deux morts et l’état d’urgence
(Le 30 mai 2012)

Pérou : état d’urgence dans le sud-est, deux manifestants tués

AFP / 29 mai 2012 13h06

LIMA - L’état d’urgence a été décrété dans le sud-est du Pérou, après de violents heurts entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait deux morts et plusieurs blessés, au 8e jour d’un mouvement déclenché contre le groupe minier suisse Xstrata, accusé de polluer des cours d’eau voisins en exploitant une mine de cuivre.

Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans la province d’Espinar, dans la région de Cuzco, afin de sauvegarder la sécurité de la population et la libre-circulation dans cette zone du pays, face aux violentes manifestations qui ont fait deux morts et conduit à la séquestration d’un procureur, a déclaré lundi le Premier ministre péruvien Oscar Valdes, lors d’une conférence de presse.

Cette mesure suspend pendant 30 jours les garanties constitutionnelles concernant la liberté et la sécurité des personnes, ainsi que la liberté de réunion et de circulation dans le territoire.

M. Valdes a affirmé que cette mesure était due au fait qu’il ne s’agit pas d’une mobilisation pacifique, mais de personnes extrémistes qui attaquent l’autorité de la police.

Le procureur Hector Herrera, qui a été retenu par les manifestants, a été remis en liberté pendant la nuit et est arrivé en bonne santé dans une station de police, a indiqué à la radio RPP Elizabeth Ortiz, présidente des procureurs de Cusco.

Le Premier ministre a appelé la population d’Espinar à cesser les actes de violences pour dialoguer avec le gouvernement.

Les manifestations ont provoqué lundi la mort de deux civils, 50 personnes ont été blessées dont 30 policiers, et le procureur de la province d’Espinar, Hector Herrera, a été séquestré, a indiqué le ministre de l’Intérieur.

Il a précisé que les manifestants étaient arrivés près de la mine de Xstrata à bord de 10 véhicules, avant de lancer des pierres et de placer des troncs d’arbres sur la route qui relie la capitale régionale Cuzco à la mine.

Réagissant à ces violences, Xstrata a indiqué dans un communiqué transmis à l’AFP travailler avec les autorités nationales et régionales pour établir un dialogue avec les personnes impliquées dans les manifestations afin de trouver une solution et rétablir la paix et l’ordre dans la province.

Les autorités régionales d’Espinar accusent Xstrata de polluer deux rivières et exigent une étude environnementale.

Le groupe minier a pour sa part affirmé respecter les normes environnementales. Nos activités sont conformes aux obligations définies par la loi. Cela a été prouvé par divers processus de surveillance réalisés par des agences compétentes, a-t-il précisé.

Xstrata s’est néanmoins déclaré prêt à réaliser des études complémentaires pour répondre aux craintes de la population, a souligné le géant du secteur.

Les heurts sont intervenus quand les forces de l’ordre ont voulu disperser les centaines de manifestants qui bloquaient la route. La police a fait usage de gaz lacrymogène.

Ce mouvement de protestation a été lancé le 21 mai, lorsque les autorités d’Espinar ont dénoncé une apparente pollution chimique des fleuves Salado et Cañipa, proches de la mine de Tintaya.

Elles réclament en outre une augmentation des subsides reversées par le groupe suisse aux communauté locales, réunies sous la bannière du Front de défense d’Espinar.

Xstrata a réagi sur ce point, affirmant avoir exprimé publiquement sa volonté d’améliorer l’accord cadre réglant le versement des subsides.

Dans le cadre de cet accord, le groupe s’est engagé à verser 3% du bénéfice avant impôt dégagé par la mine de Tintaya à des projets sociaux, soit 10 millions de dollars (8 millions d’euros) en 2011. Ce montant vient s’ajouter aux impôts et autres taxes que paie le groupe, a-t-il souligné.


La révolte contre les projets miniers prend de l’ampleur au Pérou

LE MONDE | 02.06.2012 à 11h23

Agua, si ! Oro, No ! ("L’eau, oui ! L’or, non !"). Le slogan a de nouveau résonné dans la région de Cajamarca, au nord du Pérou, où, jeudi 31 mai, plusieurs milliers de personnes se sont réunies dans les villes de Bambamarca, Celendin et Cajamarca, pour réaffirmer leur opposition au projet de mine d’or et de cuivre Conga, qui met, selon eux, en danger les ressources hydriques de la région.

Le comité de lutte, soutenu par de nombreuses organisations civiques du reste du pays, a appelé à une grève illimitée. "Le mouvement ne s’arrêtera pas jusqu’à ce que le projet soit annulé", avertit Marco Arana, un membre du parti écologiste Terre et liberté, qui s’est imposé au fil des mois comme l’un des porte-parole des "anti-Conga".

Cette mobilisation marque la reprise d’un conflit qui a débuté en novembre 2011. Inquiets pour l’eau de leur commune, les agriculteurs ont été les premiers à attirer l’attention contre cet immense projet d’exploitation à ciel ouvert, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Porté par la compagnie Yanacocha, détenue en majorité par l’américain Newmont, le projet minier, qui représente un investissement de 4,8 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros), prévoit en effet d’assécher quatre lagunes.

Les manifestations en faveur de la sauvegarde des lagunes ont pris rapidement de l’ampleur, finissant par obliger Yanacocha à suspendre le projet en décembre. Une demi-victoire pour les protestataires qui réclament son abandon définitif.

MONTÉE DE LA VIOLENCE

En avril 2012, une expertise internationale commandée par le gouvernement a conclu que le projet réunissait "toutes les conditions techniques exigées pour son approbation". Le rapport précise toutefois que de nombreuses améliorations devraient être apportées pour réduire les impacts environnementaux.

Pour le gouvernement, le projet Conga peut donc être mené à bien si ces modifications sont faites. Mais Yanacocha ne s’est toujours pas prononcée sur ces nouvelles obligations. "Cette expertise a été faite pour permettre au gouvernement de justifier le projet minier", juge Marco Arana qui, comme le reste des manifestants, persiste à exiger l’annulation du projet.

Sans attendre davantage, les opposants à Conga ont donc repris la lutte. Tous craignent cependant une montée de la violence, comme cela a été le cas, en début de semaine, au sud du pays. Le 28 mai, deux personnes sont mortes à Espinar, dans la région andine de Cusco, durant de violents affrontements entre la police et des milliers de manifestants qui protestaient, eux, contre le géant minier suisse Xstrata, qu’ils accusent de polluer les eaux de deux rivières. Une accusation que réfute l’entreprise.

A Espinar, la situation est cependant très différente de celle de Cajamarca. "A la question environnementale s’ajoute celle de la redistribution des richesses par l’entreprise. C’est un conflit typique de l’industrie minière", note l’anthropologue Javier Torres. "Les gens ne sont pas contre la mine, mais ils se sentent maltraités par l’entreprise, avec qui la relation est trop verticale", souligne-t-il.

Dans ce contexte, le rôle de l’Etat, généralement perçu comme un allié des compagnies minières, est au cœur du problème. "Il devrait retrouver son rôle de régulateur et de garant des droits", exhorte M. Torres. Au lieu de quoi le gouvernement a adopté une attitude très controversée à Espinar, en militarisant la zone et en multipliant les arrestations, souvent jugées arbitraires, contre les dirigeants du mouvement protestataire.

Des critiques dont s’est défendu le président Ollanta Humala, jeudi, en affirmant que le rôle du gouvernement était de "protéger les intérêts nationaux" et de faire régner le "principe d’autorité". Il est peu probable que ces déclarations calment la colère des manifestants.


Les habitants d’Espinar défient le géant minier suisse Xstrata

France24, 31/05/2012

Depuis dix jours, de violents affrontements opposent les forces de l’ordre aux habitants d’Espinar, une ville de la région de Cuzco, au Pérou. À l’origine de la colère de la population, une mine de cuivre, accusée de polluer l’eau des rivières.

Les paysans de la région d’Espinar, une petite bourgade nichée au cœur de la province andine de Cuzco, dans le sud du Pérou, sont tourmentés. Depuis plusieurs années, ils assistent, impuissants, à la lente agonie de leur bétail. Vaches, moutons et lamas tombent malades et meurent à tour de bras. Les avortements tardifs sont légion et beaucoup de petits, quand ils naissent à terme, sont morts ou gravement malformés. "Un de mes agneaux est né sans tête", témoigne ainsi Julio Magaño Umasi, un éleveur interrogé par une télévision locale. Il saisit délicatement le corps de l’animal, et le montre à la caméra. Le cou de l’agneau se termine par deux oreilles retombant l’une sur l’autre dans le vide, là où aurait dû se trouver sa tête. "Les animaux ne naissent pas malformés seulement chez moi, poursuit l’éleveur. Ma tante a un lama qui a trois doigts. Ma vache aussi a trois doigts. Ce n’est plus une coïncidence". Le coupable selon lui ? La mine de cuivre toute proche, exploitée par le groupe suisse Xstrata.

Bébés malformés

Pour Giovanni Rossinelli, le responsable des questions environnementales à la mine de Tintaya cité par le quotidien péruvien El Comercio, les malformations et les maladies constatées sur les animaux sont simplement dues à des pâturages trop pauvres et à la consanguinité. Pourtant, les responsables de la mine se sont montrés particulièrement empressés de récupérer le corps malformé de l’agneau, en proposant - en vain - à l’éleveur de l’échanger contre un taureau et de la nourriture. Et pour cause : de récentes analyses d’eau effectuées par des ONG sont accablantes pour la mine. Elles font état de concentrations élevées de plomb, de cuivre, d’arsenic et de cadmium (un produit utilisé pour l’extraction du cuivre) dans les rivières de la zone. "Les humains aussi sont malades, poursuit l’éleveur. Le cancer est de plus en plus répandu. Ma tante est morte du cancer. Quelqu’un lui a payé les traitements. Pourquoi tant de générosité ? Parce que les responsables de la mine savent ce qui provoque tout ça".

Partout autour de l’exploitation de Tintaya, on raconte les mêmes histoires : des troupeaux décimés, des animaux malades... On parle également de femmes qui accouchent de bébés malformés. L’inquiétude est prégnante. Mais depuis une dizaine de jours, elle a laissé place à la colère. Le 21 mai dernier, des manifestations ont éclaté dans la petite ville d’Espinar. Au fil des jours, la protestation s’est radicalisée. Les forces de l’ordre, dépêchées en masse sur place, se sont violemment heurtées aux populations locales. Aux jets de pierre, la police a répondu par des coups de feu. Neuf jours après le début du conflit, le bilan est lourd : au moins deux manifestants ont été tués et une cinquantaine de personnes ont été blessées, dont une trentaine de policiers. Lundi, le gouvernement d’Ollante Humala a décrété l’état d’urgence dans la région, restreignant la liberté de réunion et de circulation. Mercredi, selon une chaine de télévision péruvienne, le maire d’Espinar, en tête de la contestation, a été arrêté.

Les mines au centre des révoltes

Ce n’est pas la première fois que le Pérou est confronté à ce type de révolte. En 2005, Espinar a déjà connu un violent mouvement contre la pollution provoquée par l’exploitation de la mine de cuivre de Tintaya, alors en activité depuis huit ans. Plus récemment, en novembre 2011, la mine d’or de Conga dans le nord-est du pays - le plus grand investissement minier de l’histoire du Pérou - a connu un scénario très similaire : les paysans se sont révoltés contre ce projet, accusé de mettre en péril les ressources en eau de la région - 80 lacs se trouvent dans cette zone, où prennent source plusieurs rivières majeures du Pérou. Comme pour Tintaya, un bras de fer s’est engagé entre le gouvernement et les populations locales, l’état d’urgence a été décrété.

"Il n’y a rien de vraiment étonnant de voir les populations locales se révolter", estime Juliette Renaud, chargée de campagne sur les industries extractives pour l’ONG environnementale les Amis de la Terre. Selon elle, les exploitations minières ont des conséquences extrêmement vastes et néfastes sur les populations locales. "Ces mines provoquent inexorablement des pollutions, affirme-t-elle. De ces pollutions découlent des problèmes sanitaires, sociaux et économiques : les populations locales finissent par abandonner leurs activités traditionnelles d’élevage et de culture, détruites par les produits chimiques et l’utilisation excessive d’eau par l’industrie minière."

Un impact environnemental que réfute le groupe suisse Xstrata, exploitant de la mine de Tintaya. "Nos opérations sont conformes à toutes les exigences fixées par la loi. Cela a été démontré par la surveillance effectuée par divers organismes compétents", assure le groupe dans un communiqué laconique publié mardi. Une réponse qui ne satisfait pas l’environnementaliste. "Il est impossible de contrôler la pollution provoquée par ce type de mines", assure-t-elle. "Elles polluent l’air, du fait de l’explosion de pans entiers de montagnes, qui disséminent des particules et provoquent des pluies acides. Elles polluent également les sols et les nappes phréatiques par le ruissellement des eaux des bassins de décantation [gigantesques piscines où les roches sont séparées des minéraux grâce à des mélanges de produits chimiques, ndlr]", assure Juliette Renaud, avant de poursuivre : "Partout dans le monde, là où il existe des mines à ciel ouvert, on constate des atteintes environnementales et humaines majeures".

Xstrata traine, en la matière, une réputation sulfureuse. Le groupe, installé dans le très lucratif paradis fiscal de Zoug, en Suisse, a par exemple fini par avouer en 2003, au terme d’une longue polémique, être à l’origine d’une pollution majeure au chrome en Afrique du Sud. En Colombie, la firme est soupçonnée d’avoir effectué des expropriations forcées sur le site d’un projet d’exploitation. Sa filiale en Argentine a également fait l’objet de poursuites judiciaires pour violation des lois environnementales dans la mine de Bajo La Alumbrera, la plus grande du pays. "Le manque d’eau et la pollution de l’air, de l’eau et des sols ont provoqué [à La Alumbrera, ndlr] la mort de nombreux animaux d’élevage, la disparition de 70 % des exploitations agricoles dans le département de Santa Maria. De plus, ces différentes pollutions [...] ont affecté la santé des populations locales : on observe la montée continue des cas de cancer et des maladies respiratoires", note l’ONG les Amis de la Terre dans un rapport publié en octobre 2010. La liste est longue. Xstrata est également au cœur de diverses actions en justice pour évasion fiscale, contrebande de minéraux, atteinte aux droits de l’Homme...

Ménager la chèvre et le chou

Pour autant, Xstrata fait partie des entreprises étrangères dont l’économie péruvienne peut difficilement se passer. Ce sont elles qui permettent l’exploitation des gisements de minerais au Pérou, un secteur clé pour le pays, en effectuant des investissements que les entreprises locales ne sont pas en mesure de faire. En résumé, sans ces firmes étrangères, pas d’exploitation minière dans le pays. "Les produits miniers représentent 60 % des exportations du Pérou. Le gouvernement sait combien les projets miniers sont fondamentaux pour l’économie", explique Cécile Lavrard-Meyer, maître de conférences associée à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine à Paris.

Le président Ollanta Humala tente ainsi de ménager la chèvre et le chou. Ceux qui l’ont porté au pouvoir il y a à peine un an, en juin 2011, sont ceux qui, aujourd’hui, contestent l’exploitation minière et affrontent les forces de l’ordre : les populations pauvres des Andes. À ce titre, les conflits, récurrents ces derniers mois autour des mines, sont un enjeu majeur à relever pour le gouvernement. "C’est l’épreuve du feu pour le gouvernement, qui doit prouver que soutenir la croissance - et donc les investissements miniers - peut servir les engagements sociaux qu’a pris Humala au moment de son élection", assure Cécile Lavrard-Meyer.

Car pour la chercheuse, au-delà de la question environnementale, les violentes contestations autour des mines trouvent leur origine dans un partage inéquitable des richesses. Les manifestants, en plus de leurs revendications écologiques, demandent d’ailleurs une augmentation des contributions volontaires que verse la mine aux collectivités locales. Elles s’élèvent aujourd’hui à 3 % de son chiffre d’affaire - soit 10 millions de dollars en 2011, selon des chiffres donnés par Xstrata -, les manifestants exigent désormais qu’elles soient de 30 %. "Le Pérou est un pays qui connaît une forte croissance économique mais où les inégalités restent très marquées, au détriment des populations andines, assure Cécile Lavrard-Meyer. Le cœur du problème est là".

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